La chaîne commence avec le gnomon égyptien et les décans, une ombre qui avance sur le sol. Elle passe par la base soixante babylonienne, comptée en doubles heures, celle là même qui nous donne encore nos soixante minutes et nos soixante secondes. Vient ensuite la clepsydre, qui mesure une durée, l’eau qui s’écoule d’un point à un autre, jamais un instant précis. L’horloge mécanique du treizième siècle change la donne sans encore la résoudre · une seule aiguille, elle sonne les heures, elle ne les montre pas en chiffres. L’aiguille des minutes ne devient courante qu’après le pendule de Huygens, en 1656. Vient enfin un saut de plus de trois siècles · la Hamilton Pulsar, en 1972, la toute première montre bracelet à affichage numérique. Les réveils à chiffres se répandent ensuite dans les foyers, pendant les années soixante-dix et quatre-vingt. Le téléphone mobile, dans les années deux mille, met cet affichage dans toutes les poches, en permanence, sous les yeux.
Une heure miroir est impossible en analogique. Pose deux aiguilles sur un cadran rond et cherche 23:23 · rien ne s’y dessine, aucune symétrie, aucun signe. Le motif que tu vois naît avec le chiffre numérique lui même, il n’existe pas avant lui. Ce signe a donc moins de cinquante ans, quand la matière qu’il habille, le calcul du temps, en compte cinq mille.
La naissance du signe
1972 · la Hamilton Pulsar, toute première montre bracelet à affichage numérique. C’est à partir de cet objet, et des écrans qui l’ont suivi, qu’un œil humain a pu voir, pour la première fois, deux chiffres identiques posés côte à côte sur une horloge. Avant cet objet, le motif 23:23 n’avait tout simplement aucun support pour apparaître.
Un second argument tient dans le réglage de l’appareil, pas dans le ciel. Sur un affichage de douze heures, l’heure miroir de l’après midi s’écrit exactement comme celle du matin · 23:23 devient 11:23 PM, identique en apparence à 11:23 AM. Le même instant, selon que l’écran affiche douze ou vingt-quatre heures, ne porte donc pas le même signe. Ce n’est pas le ciel qui décide si tu vois un motif, c’est un choix technique fait par un fabricant d’horloge, longtemps après que le ciel, lui, a fini de tourner sans se soucier d’aucun chiffre.