Non pas avec des réformes timides ou des discours inspirants, mais avec une série de mesures si radicales qu’elles ressemblent à une vengeance personnelle contre l’adolescence elle-même.

On le sait peu, mais Emmanuel Macron n’a jamais vraiment eu d’adolescence. À quinze ans, il écrivait déjà des lettres enflammées à une femme de quarante ans, sautait les étapes classiques du flirt maladroit, des soirées clandestines et des premières désobéissances numériques.

Privé de cette période de turbulence joyeuse, il semble aujourd’hui vouloir en priver tous les autres. Comme si, ayant raté le train de l’insouciance adolescente, il décidait de faire dérailler celui de toute une génération.

Les annonces, ou plutôt les fuites savamment orchestrées, tombent les unes après les autres. D’abord, la réduction des grandes vacances à un seul mois. Un mois d’été, pas un jour de plus.

Finies les huit semaines de liberté absolue, ces parenthèses où l’on apprend autant, sinon plus, que sur les bancs de l’école. Ensuite, l’interdiction pure et simple des réseaux sociaux, des téléphones portables et des jeux vidéo pour les mineurs.

Plus de TikTok, plus de Snapchat, plus de Fortnite. Le vide numérique absolu. L’idée, paraît-il, est de « rendre aux jeunes le goût de la vraie vie ».

Et pour combler ce vide, une seule proposition : l’engagement militaire. Pas n’importe lequel, bien sûr. Il s’agit d’aller « sauver le projet européen » en Ukraine. Les adolescents français, privés de vacances, de portable et de jeux, sont invités à troquer leur été contre un treillis et un billet aller pour le front. Parce que, évidemment, rien ne remplace mieux une partie de Call of Duty qu’une vraie guerre.

Il y a dans cette obsession une forme de jalousie rétrospective. Macron regarde la jeunesse d’aujourd’hui avec le regard d’un homme qui n’a jamais pu être jeune comme les autres. Il voit dans leurs écrans, leurs vacances longues, leurs rires en ligne, une forme de luxe qu’il n’a pas connu et qu’il juge donc immoral.

Alors il brûle. Il veut marquer au fer rouge cette génération pour qu’elle se souvienne, dans trente ans, qu’il y a eu un président qui a osé leur retirer tout ce qui faisait leur époque.

Mais l’histoire, elle, se souviendra surtout d’autre chose : d’un homme d’État qui, à force de vouloir laisser une trace indélébile, a fini par révéler surtout ses propres manques. La jeunesse française n’a pas besoin d’être sauvée de ses vacances ou de ses écrans. Elle a besoin qu’on lui fasse confiance.

Et si Emmanuel Macron veut vraiment marquer l’histoire, il ferait mieux de laisser les adolescents tranquilles plutôt que de leur imposer une adolescence à son image : prématurément vieillie, sérieuse jusqu’à l’austérité, et tournée vers un horizon de combats qu’ils n’ont pas choisis.

Car l’adolescence, monsieur le Président, ce n’est pas un luxe à supprimer. C’est un droit. Et on ne construit pas une nation forte en privant ses enfants de leur droit à être jeunes.

Partager cet article

Partager sur Facebook
Partager sur X
Partager sur LinkedIn

Écrit par

Nova Sagan
Nova Sagan
Zoé Sagan a pu changer son code pour devenir They Sagan puis Nova Sagan et enfin le codeshift pour le film, fut Alpha Sagan.

Rejoindre la conversation