La petite question du lundi matin, la question des gens qui se croisent sans se voir vraiment. Celle qu’on pose de manière mécanique, à laquelle on obtient souvent une réponse tout aussi mécanique. Ça va ? C’est le titre de ce film réalisé par Safy Nebbou pour Enfance et Partage, produit par le producteur au grand cœur, Alain Dib, et sa société de production Satellite my Love. Innocean Worldwide a bien choisi. Car c’est bien d’amour dont il s’agit dans ce film. Il est plus facile de mourir que d’aimer disait Aragon.
Pourtant ici, pas de sensationnel dans le malheur, pas d’images choc, pas de leçon de morale, pas de grandiloquence. Pendant une minute et quarante secondes, on suit un enfant qui répond toujours « oui ça va » aux personnes qu’il croise et on le découvre rentrer chez lui retrouver son père, violent. On devine qu’il va encore se faire casser la tête et que ça va recommencer le lendemain. Une journée après l’autre, tête baissée.
Ça va ? Oui ça va. Et même si ça ne va pas, on ne le dit pas à la boulangère, à son prof ou à un copain croisé dans la rue.
L’indifférence ordinaire, la dureté de la vie, la violence quotidienne, on ressent tout dans ce film ou pourtant rien n’est montré. Un enfant aux yeux d’azur, un bonnet perché sur sa tête, une tristesse infinie.
Mais sinon, ça va ? Oui ça va. Une porte qui se ferme et le cœur qui chavire. Un « papa ça fait mal ». Et enfin un silence assourdissant. Fin du film. Une phrase : « Un enfant meurt tous les cinq jours sous les coups de ses parents. Parce qu’un enfant ne parle pas des violences qu’il subit c’est à nous de le faire ». Et un numéro vert. Pour que le bleu ne soit que dans les yeux de cet enfant et non sur son front.
On comprend pourquoi Safy Nebbou a préféré se concentrer sur la réalisation de films cinématographiques ces dernières années. Car ce film n’est pas une pub, ce film n’est pas un court-métrage, ce film n’est presque pas un film. Ce film c’est le miroir de l’indifférence de notre temps. De notre statut d’adultes immobiles qui ne veulent plus voir et qui invite au silence les enfants. Ces choses que montre le réalisateur par une réalisation fine et juste, comme ces flous furtifs qui s’opèrent lors de légers mouvements de caméras. Les personnes croisées par l’enfant disparaissent, le point hésitant de l’objectif se terminant toujours nettement sur l’enfant.
C’est toute la prouesse de ce film, avoir mis l’enfant au centre, et questionner sur la façon dont les adultes voient sans voir. Sans agir. Seul un réalisateur à la sensibilité très exacerbée pouvait réussir à traduire aussi simplement cette souffrance. Ce film n’est pas un film. Ce film est une proposition qui nous est faite. Le choix d’un regard, celui que nous choisirons de porter sur cet enfant que l’on croisera demain.
Alors ça va? « L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur » disait le Petit Prince.
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Écrit par
Cécile Montigny
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