Ah, Paul Thomas Anderson, ce vieux renard de la Valley qui, à 55 ans passés, barbe blanche et lunettes éternelles, nous balance un pavé de 2 h 40 comme si le temps n’avait pas de prise sur lui. Une bataille après l’autre – ou One Battle After Another, pour les puristes anglophones qui préfèrent les titres qui sonnent comme un slogan de manif – n’est pas seulement une adaptation libre de Vineland, le labyrinthe pynchonien de 1990 ; c’est une réinvention qui nous crache au visage notre Amérique fracturée, celle des rafles ICE et des suprémacistes blancs en costard de Père Noël.

Tourné avant la réélection de Trump (parce que, bien sûr, Hollywood adore anticiper le chaos), avec un budget pharaonique de 150 millions chez Warner Bros. – argent bien dépensé pour des explosions qui font passer Mad Max pour un feu d’artifice de jardin d’enfants –, ce film file comme une balle traçante, nous laissant essoufflés, exaltés... et un brin moqueurs devant tant d’ambition.

Imaginez : deux générations d’activistes d’extrême gauche, menés par une Teyana Taylor incandescente (dans son premier grand rôle, et on se demande pourquoi on l’a attendue si longtemps) et un Leonardo DiCaprio perpétuellement stone – oui, Leo, encore un junkie visionnaire, parce qu’apparemment, il n’a pas assez souffert dans The Revenant pour varier les plaisirs.