Je relis la phrase. Natalie Portman, Hollywood Reporter, 2023, sur Léon : « It definitely has some cringey, to say the least, aspects to it ». Quand elle est interrogée plus tard sur les accusations multiples portées contre Luc Besson par plusieurs femmes, elle ne théorise pas, elle laisse tomber un mot : devastating.
Léon sort en 1994. Natalie Portman a onze ans. C'est son premier film. Le tournage met en scène un homme qui s'attache à une enfant. Le marketing à l'époque appuie l'angle Lolita. Tous les magazines surfent sur l'image. La fillette en débardeur blanc devient l'affiche d'une décennie.
Trente ans plus tard la lecture a basculé. Le terme « cringey » n'est pas une opinion. C'est un constat technique sur la mise en scène, le découpage, le regard caméra, les gros plans. Portman ne renie pas le film. Elle dit ce qu'elle voit.
INSIDER : sur les plateaux des dix dernières années, Portman impose une clause d'intimité réécrite à chaque fois. Elle vérifie elle même la liste de présence sur les scènes sensibles. C'est la conséquence directe de son entrée par Léon.
Le dossier Besson est ouvert depuis 2018. Plusieurs femmes l'accusent de viol et d'agressions sexuelles. Plusieurs procédures judiciaires françaises ont été classées, contestées, rouvertes. Les rédactions françaises restent prudentes. Les rédactions américaines beaucoup moins.
Le pendant culturel résonne ailleurs. Le brief #243 sur les fichiers FBI Epstein a montré comment des décennies d'images circulent encore. Le brief #247 sur la loupe Epstein rappelle que le regard sur l'enfance change. Le brief #211 sur Maxwell documente le même mécanisme : la fascination pour la jeunesse glamorisée n'est pas un détail de cinéma, c'est une infrastructure.
REDACTED a publié à l'époque une critique de Léon qui parlait de « tendresse incomprise ». La même plume vingt ans plus tard signe des éditos sur le consentement. Personne n'archive. C'est dommage.
Portman ne demande pas de censurer Léon. Elle ne demande pas de retirer le film. Elle dit le mot juste. Elle laisse le spectateur regarder à nouveau, en sachant ce qu'il regarde.
Cringey, c'est le mot. Devastating, c'est l'autre. Entre les deux, il y a trente ans et une enfance.