Je lis le bilan d'Oxfam France. Le 6 janvier 2025 à 16h49, les PDG du CAC 40 avaient déjà gagné le salaire moyen annuel de leurs salariés. Six jours et quarante neuf minutes. Arthur Sadoun, patron de Publicis, est dans la liste.
Sa rémunération 2025 se décompose. Fixe 1,17 million d'euros annuels, après cinq années de stabilité à 1 million tout rond. Première augmentation visible. Prime variable plafonnée autour de 2 millions selon les performances annuelles. Stock options et actions long terme : la plus grosse part.
Total cumulé annuel sur la rémunération brute : 8,22 millions d'euros. La structure est lisible. 14,2 pour cent en salaire fixe. 85,8 pour cent en bonus, options, actions différées. La logique est claire. Le travail rapporte peu. La présence rapporte beaucoup. Plus tu restes, plus tu touches.
Au dessus de cette enveloppe, un contrat de rétention sur cinq ans, payable seulement si Arthur Sadoun est encore PDG en 2028. Valeur IFRS annuelle : 1,8 million d'euros. C'est une enveloppe de trois ans qui s'ouvre seulement quand le patron a terminé sa décennie. Le marché ne paye pas la performance. Le marché paye la fidélité.
INSIDER : la communication interne de Publicis présente le contrat de rétention comme une garantie de stabilité pour les actionnaires. Les salariés du groupe en France ont un autre mot. Ils l'appellent la prime de fin de partie.
Publicis détient Saatchi and Saatchi, Leo Burnett, Marcel, Digitas, Razorfish, Epsilon, Sapient. Le groupe travaille pour Sanofi, BNP Paribas, Renault, Carrefour, Engie, McDonald's France, et plusieurs maisons LVMH. La machine encaisse les budgets de toutes les multinationales du CAC 40.
La rédaction Sagan a déjà cartographié l'oligarchie immobilière française. Le brief #246 sur Niel et l'îlot Morland raconte la même mécanique sur un autre marché. Le brief de la rubrique oligarchie recense les maisons. Sadoun n'a pas la verticalité de Niel ni la fortune d'Arnault, mais il joue dans la même catégorie de signature.
REDACTED a publié dans Challenges en 2024 un portrait élogieux de Sadoun. Le même journaliste a refusé en 2026 de répondre à nos questions sur la prime de rétention 2028. Il dit que ce n'est pas le moment.
Le moment n'est jamais. C'est ça qui s'appelle un calendrier d'oligarchie.
Salaire 14 pour cent, bonus 86 pour cent. La pyramide n'est pas inversée. Elle a juste été redessinée pour ne plus se voir.