Pour commencer on aimerait éclaircir ton pseudo antinomique qu’on aime beaucoup, à savoir jolipunk, on imagine bien que ce n’est pas le surnom que t’as donné ta maman dans ta tendre enfance ?
Effectivement … Néanmoins depuis tout petit j’ai été fasciné par le mouvement punk : je demandais à ma mère de me coiffer en crête et pleurais dès qu’elle jetait mes jeans troués.
Aujourd’hui physiquement je n’ai pas grand chose du punk
Mais je pense en avoir gardé le goût et l’esprit.
Nous baignons, en tant que trentenaire, dans l’esprit no future : chômage, préservatif, pré numérique.
Ce pseudo incarne bien mon travail artistique : mélange entre l’esthétique et la recherche du graphique et du trash, de l’absurde.
J’adore jouer des aprioris tant esthétiques qu’idéologiques et les détourner.
Ce pseudo donc vieillissant porte toujours bien son sens.
Ta dernière série de photo « fucking tourist » risque de faire le tour des internets mondiaux, comment est née cette idée de photographier des gens du monde entier avec le majeur tendu face objectif ?
C’est suite à une réaction d’une personne que je photographiais :
« On ne veut pas être des objets de folklore ».
Du coup j’ai retourné l’idée en me disant :
Si t’en as marre… Fais moi un doigt d’honneur.
Mais en faisant cela et au fur et à mesure que je demandais si les gens voulaient poser, je me suis aperçu que je touchais à un vrai sujet… Plus compliqué et riche qu’il n’y parait.
Entre fucking tourist et tourist fucker : les canons shooter qui mitraillent en descendant du bus et certains locaux qui profitent de la naïveté de certain touriste pour leur refourguer une caricature de leur culture.
A travers mes différents voyages je me suis rendu compte que cette idée était très relative à la culture du pays et son contexte économique et politique.
A Cuba, ils n’ont rien et il est interdit pour un local de rentrer dans un hôtel de touriste. Le moindre faux pas peut générer une arrestation … Néanmoins le cubain est très inventif… En matière de petit piège à touriste aussi.
En Jordanie avec la guerre en Syrie, ils accueillent le touriste à bras ouverts et veulent rassurer.
A Bali vous confrontez la carte postale de lune de miel avec la réalité d’un peuple qui n’a pas toujours l’eau courante.
Etc …
Est-ce qu’il y a un message politique derrière ?
Non absolument pas.
Le photographe fige une réalité, une seconde à travers un filtre : son œil, l’objectif.
Je partage un point de vue et un vécu, ce n’est donc pas une vérité.
Comptes-tu exposer (et vendre) cette série « fucking tourist » ?
Oui en juin, galerie Géraldine Banier, dans le 6eme a Paris
Quel est pour toi le plus beau doigt que tu as immortalisé ?
La question invite très fortement à une réponse blague !
Mais certain personnage m’on beaucoup touché :
Le borgne a Cuba fan de rock’n roll épuisant un vieux cd de musique américaine que lui a laissé un touriste.
La mamie au Pérou qui se recoiffe et se prépare comme si c’était un moment solennel.
Le pétard fumé avec le bédouin du désert de wadirom qui rêve comme plus grand voyage de visiter l’Égypte (comme si je rêvais de voir l’Espagne)
Le nettoyeur à Beyrouth qui ramasse les saloperies laissées par le pape
Etc…
Est-ce que le doigt d’honneur n’est pas en train de remplacer le pouce levé ?
Euh… Je ne suis pas sur que pour faire du stop cela marche aussi bien.
Crois-tu à un retour possible du mouvement punk ?
J’en sais rien… Mais on parle beaucoup du steampunk.
Si oui comment peux-tu le définir en 2014 ?
Il sera forcément mixé avec la culture actuelle.
Le hacking par exemple et la piraterie digitale sont pour moi très punks dans l’approche : briser un « code » pour libérer un contenu.
Tu questionnes aussi, par cette série iconoclaste, l’idée qu’on peut avoir du tous-touristes. Mais justement, pour toi, un touriste c’est quoi ?
Il n’y a pas une façon d’être touriste, c’est chacun la sienne
Après ce qui m’intéresse c’est rencontrer les gens, échanger les points de vue, me perdre dans une ville, aller voir derrière les façades.
Quelques devises en voyages :
Lorsque vous prévoyez trop, il ne vous arrive que ce qu’on a prévu…
Improvisez !
Il faut chercher à se perdre.
Allez au dedans des problèmes.
Fiez vous à ceux qui savent : les locaux
As-tu déjà une idée de ta prochaine provocation photographique ?
Plein d’idées mais une idée n’est valable que quand elle existe …
Alors j’attends de le faire.
Surtout que c’est compliqué de faire de la provoc, il faut que ce soit juste et justifié car sinon on passe vite du statut de provoc à petit con…

















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Écrit par
Zoé de Sagan
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