Il expose partout dans le monde, vient de signer pour une galerie Allemande en ce début d’année, et vit entre Paris et Clermont-Ferrand. Il vient de terminer une exposition solo à la galerie Onega à Paris, juste après s’être exposé à Los Angeles. Un street artist particulièrement doué, venu d’Auvergne. Voilà au moins deux raisons de notre curiosité. Suffisamment pour faire parvenir quelques questions à l’artiste, avant sa prochaine exposition personnelle a la Richard Gallery à Genève courant Février.

Quel est ton parcours ?
J’ai eu le parcours d’un graffeur standard. J’ai commencé à peindre à l’âge de 17 ans avec une bande de potes. Au début c’était le fait de partager une passion commune, de faire des pièces sur les spots les plus visibles.
Par la suite, les potes n’ont pas tous suivi le chemin du graff, j’ai continué à travailler et à trouver mon style dans les terrains vague. Faire de la fresque. À une époque le mot street art n’existait pas.
J’ai diversifié mes techniques, je suis un touche à tout, j’ai travaillé le pochoir, la photo, le collage, et tous les moyens techniques que nous avons à notre disposition aujourd’hui, et aussi tous les supports. C’est comme ça que j’en suis venu à faire de la toile.
Au fils des rencontres, et des propositions, j’ai été amené à exposer en galerie, et par conséquent devoir produire plus… mais pour moi c’est important que cela reste toujours du plaisir..! Je n’oublie jamais que ce n’est qu’un jeu.

Une question large, mais peut-être sans réponse : qu’est-ce que le street art, aujourd’hui que chaque galerie veut son street artist et que JR ou Banksy risquent de devenir des Jeff Koons ?
Le street art ça veut tout et rien dire, c’est un terme tellement large. Cela englobe beaucoup de techniques différentes.
Il y aussi du star system dans tout ça, heureusement il y a encore de la création, et des messages forts proposés par les artistes, sous des formes tellement différentes. Je ne m’attarde pas trop à me poser ce genre de question, je préfère travailler et essayer de proposer quelque chose d’intéressant.

Ton jeu des couleurs rappelle la scène de la petite fille au blouson rouge dans La Liste de Schindler de Spielberg.
Oui c’est vrai ! J’adore travailler en dégradé de gris, cela vient de mon attachement pour les images et l’atmosphère des années 30, j’aime mettre en parallèle cette période, avec la société contemporaine. Je m’attache à mélanger les contextes, les atmosphères et mettre l’accent sur l’excès, la froideur et l’individualisme qui caractérisent notre époque par des détails souvent en couleurs

Dans tes peintures, c’est souvent l’outil dangereux, contesté qui est en couleur, et l’enfant, l’innocent, la victime qui est en noir et blanc. L’inverse aurait presque paru plus logique. Pourquoi dans ce sens ?
Pour moi c’était évident que ce soit dans ce sens la. Le message est plus franc et plus direct de cette façon. Le détails de couleur symbolise la société contemporaine et ses dérives, alors que les enfants, eux, symbolisent une époque, et une atmosphère.. celle du début du 20ème siècle.. c’est l’objet de couleurs qui est l’intrus, graphique, visuel et idéologique dans la toile. Il saute au yeux, et agit comme un perturbateur dans une vision d’un autre temps.

L’art peut-il être non contestataire ?
C’est un outil très puissant, et le reflet d’une période et d’une société à un temps donné. Pour moi il est bien plus intéressant et stimulant quand il y a de la profondeur et et un réel sens à une oeuvre. Que ce soit ironique ou plus dramatique. Après, il en faut pour tout les goûts, et certains s’attachent à créer quelque choses de plus visuel et graphique, mais aussi de plus inédit. C’est tout aussi respectable comme démarche.

Tu fais un travail sur les icônes modernes, ce qui évidemment rappelle Warhol en un sens. Mais évoquer Warhol à tout va, c’est lassant non ?
Je ne fais pas de toile avec des icônes, si ce n’est une seule avec Chaplin, car je voulais évoquer le parallèle avec Les temps modernes de Chaplin et les réalités de l’industrie, et plus globalement du marché du travail de notre société..
Au contraire j’aime à travailler avec des visages totalement anonymes, proches de la réalité de Mr tout le monde.

Tu pointes du doigt les grands travers de notre époque. Justement, alors que tout va mal, la culture ne s’est jamais aussi ben portée. Les théâtres sont pleins, les ciné aussi, les prix de l’art s’envolent, les gens créent de plus en plus. En quoi, selon toi, l’art est-il une réponse à la merde ambiante ?
Là aussi c’est une photo de notre époque. Certaines choses vont mal, mais l’individualisme règne. Ça va mal, mais pas pour tout le monde.
L’art quand il dénonce, apporte une certaine satisfaction. Il permet de se dresser en porte-parole d’une société qui n’en pense pas moins ! Certaines personnes se mettent elles-mêmes à créer car il sont directement touchés et inspirés par la vérité des messages. Est-ce une réponse en soi ? Je ne sais pas, mais c’est peut-être un début de prise de conscience.

Partager cet article
Écrit par
Zoé de Sagan
Rejoindre la conversation
Emmanuel Perrotin vend sa galerie plus de 106 millions d'euros
Emmanuel Perrotin, figure emblématique du monde de l'art contemporain, a récemment conclu une transaction historique avec Colony Investment Management (Colony IM), un fonds d'investissement européen, en cédant une participation majoritaire de sa célèbre galerie.
La Fondation Jean Jaurès dépense plus de 100 000€ pour une « radiographie » de Zoé Sagan puis censure le résultat final
David Medioni, Victor Mottin Depuis des années, le compte « Zoé Sagan » sur Twitter, puis X, s’est construit une influence en ligne grâce aux insultes et aux calomnies qu’il répand à longueur de journée à l’encontre de personnalités politiques, médiatiques ou culturelles. Quel est le but de cette
La chute de Zoé Sagan : entre vérité, pouvoir et liberté d’expression
L’affaire Zoé Sagan, bien plus qu’un simple procès pour diffamation ou cyberharcèlement, révèle une tension profonde et existentielle : jusqu’où peut aller la critique d’un pouvoir en place avant de devenir une menace qu’il faut réduire au silence ? Naissance d’une figure subversive Zoé Sagan n’