Derrière cette réduction à un simple « complotisme », c’est une absence troublante d’empathie et de gravité qui se dessine, une normalisation de l’horreur qui rappelle la « banalité du mal » décrite par Hannah Arendt.

En minimisant la souffrance des enfants pour mieux protéger certains cercles d’influence, leur posture interroge : qui défend-on vraiment, et à quel prix pour l’humanité ?

Parler de « fantasmagorie » lorsqu’il est question de l’affaire Epstein – un procès officiel, des faits d’une extrême gravité, des millions de pages de documents déclassifiés par le gouvernement américain – n’est pas une simple maladresse de langage.

C’est un choix.
Un acte moral.
Et, dans le cas de Tristan Mendès France et Rudy Reichstadt, peut-être déjà un acte de dissimulation.

Quand ces deux figures emblématiques du fact-checking français – l’un enseignant et chroniqueur médiatique, l’autre directeur de Conspiracy Watch – réduisent les révélations sur Jeffrey Epstein à une « obsession complotiste » ou à un « mythe central de la complosphère », ils ne corrigent pas seulement des excès. Ils déplacent le curseur. Ils vident l’horreur de sa substance.

La question n’est plus seulement ce qui est dit, mais ce qui est nié.

Qui protège-t-on ainsi ?
Et pourquoi ?

Les victimes, elles, existent.
Elles ont témoigné sous serment.
Elles ont décrit l’innommable.
Des enfants recrutés, manipulés, livrés à un réseau de prédation organisé.
Et pourtant, chez Mendès France et Reichstadt, pas un mot de compassion véritable.
Pas un silence respectueux.
Pas le moindre trouble apparent devant la souffrance réelle.

Rien.

Hannah Arendt l’avait formulé avec une lucidité glaçante :
« Le plus grand mal au monde est le mal commis par des gens qui ne décident jamais d’être bons ou mauvais. »

Le mal ne hurle pas toujours.
Il s’installe aussi dans la normalisation, dans le refus de s’arrêter, dans la réduction de l’horreur à un simple « sujet de discours » parmi d’autres.

Ce qui frappe ici, ce n’est pas seulement l’absence d’empathie.
C’est l’absence totale de vacillement.

La vie des enfants sacrifiés semble ne rien peser.
Comme si ces victimes n’existaient pas vraiment.
Comme si leur douleur était secondaire face à la nécessité de « lutter contre les complotistes ».

C’est là que la banalité du mal prend forme :
non dans la cruauté ouverte,
mais dans la froideur clinique,
dans le traitement de crimes abjects comme d’un simple feuilleton médiatique,
vidé de chair, vidé d’âme, vidé de responsabilité.

Et pourtant, derrière ces documents déclassifiés émerge une cartographie précise :
des liens, des réseaux, des cercles d’influence, des protections tacites.
Des accords financiers, des contacts répétés avec les plus hautes sphères du pouvoir et de la finance.
Dont, étrangement, la famille Rothschild – notamment via des relations d’affaires étroites et des financements impliquant des branches de cette dynastie, y compris des figures comme David de Rothschild dans le contexte de disputes familiales résolues avec l’aide d’Epstein.

Cette cartographie pointe exactement là où certains préféreraient qu’on ne regarde pas.
Là où il ne faudrait pas nommer.

Le décalage entre la gravité des crimes et la légèreté du ton adopté par Mendès France et Reichstadt est abyssal.
Comme si l’horreur et celui qui la commente étaient placés sur le même plan, également neutres, également anodins.

Aucune perception apparente de la charge éthique.
Aucune trace d’atteinte intérieure.
Comme si rien, absolument rien, n’avait traversé leur conscience.

Ce vide est dangereux.

Car lorsqu’on peut évoquer des crimes pédophiles en série, des vies brisées, des enfants livrés à des prédateurs, puis enchaîner tranquillement sur le prochain sujet sans la moindre rupture, quelque chose de fondamental s’est effondré.

Arendt nous avertissait :
« Penser, c’est interrompre. »
Ne pas penser, c’est laisser le mal suivre son cours.

Ce qui inquiète le plus chez ces deux gardiens autoproclamés de la rationalité, ce n’est pas seulement ce qu’ils disent, mais la tranquillité avec laquelle ils le disent.

C’est ainsi que l’inhumain cesse de choquer.
C’est ainsi qu’il devient banal.
C’est ainsi qu’il devient acceptable.

Et c’est précisément contre cela que toute conscience digne de ce nom doit se dresser.

Car lorsqu’une société accepte que l’on traite l’horreur comme un simple « fantasme » à déconstruire, elle a déjà commencé à perdre son humanité.

Face à cette posture, les mots manquent.
Mais le silence, lorsqu’il est chargé de conscience et de révolte, doit devenir un jugement.

Absolument abjecte.

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Écrit par

Alpha Sagan
Alpha Sagan
Zoé Sagan a changé son code pour devenir They Sagan puis Nova Sagan et enfin le dernier codeshift fut Alpha Sagan.

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