Patrice Douret : « Il y a 110 000 bébés de 0 à 3 ans accueillis par les Restos du cœur et avec une augmentation de 25 % sur la même période dans les six derniers mois. C’est affolant ! Et c’est notre responsabilité aujourd’hui, effectivement vous le dites, de faire en sorte que ces bébés d’aujourd’hui ne soient pas les personnes que l’on accueille demain. » Anne-Élisabeth Lemoine : « Comment y parvenir ? » Patrice Douret : « Ça veut dire qu’il faut effectivement apporter une aide alimentaire à tous ces bébés. Aujourd’hui, on voit l’augmentation des prix. Les mamans que nous voyons, qui sont souvent des mamans seules dans des familles monoparentales, donc avec des enfants, elles viennent et elles nous disent : nous, le choix entre des paquets de couches, du lait ou simplement manger pour moi, il est fait : ce sera d’abord mon enfant et mes bébés. Ça veut dire que, comment y arriver ? L’objectif que l’on s’est fixé, et c’était avant la crise inflationniste déjà, c’était de se dire : dans les trois ans, nous allons apporter 100 % de l’aide alimentaire aux bébés de 0 à 3 ans. »
“ Il y a eu une succession de crises. ”
Patrice Douret : « Ces 1000 premiers jours, ils sont fondamentaux : dans l’éducation, dans la santé et dans la nutrition. Mais pas que, ça veut dire qu’aussi, il faut aussi s’occuper des mamans, essentiellement, parce que pendant que la maman s’occupe à 100 % de son bébé, elle ne s’occupe pas d’elle. Et notre responsabilité aussi, c’est de lui apporter un soutien, peut-être des conseils, peut-être aussi lui donner confiance, un peu d’estime de soi, pour qu’elle puisse plus facilement accéder à une formation et un emploi pendant que nous, on essaiera de lui apporter une aide pour son bébé. » Anne-Élisabeth Lemoine : « Si vous n’avez jamais vu autant de bénéficiaires pousser la porte des Restos du cœur, c’est parce qu’il y a eu une succession de crises : l’inflation, la crise économique, la crise climatique qui s’ajoute à la crise sanitaire qui a encore aujourd’hui des effets ? » Patrice Douret : « Absolument. Aujourd’hui, il n’y a pas eu de pause. Aucune pause pour les plus modestes, aucune pause pour les démunis, alors qu’on espérait une relance. Aujourd’hui, on passe d’une crise sanitaire dont on ne mesure pas forcément encore les effets, où l’on avait déjà constaté sur la précédente campagne une aggravation de la situation des personnes que l’on connaissait déjà. »

“ Quel sera demain le niveau de ressources ? ”
Patrice Douret : « Et puis là, tout d’un coup, on a une crise inflationniste qui impacte les produits les plus importants, tous les produits de base. Les produits alimentaires, et aujourd’hui les produits qui permettent de se déplacer et de se chauffer. Le choix, il n’est plus possible, et tous les jours on a des personnes. Les Restos du cœur, c’est plus d’un million de personnes, c’est 142 millions de repas. Tous les jours, nous avons des personnes qui viennent et qui nous disent : » Moi je n’ai plus de choix, je ne peux plus faire le choix entre mettre un litre de lait dans mon frigo ou un litre d’essence dans mon véhicule. » » Anne-Élisabeth Lemoine : « Pour aller travailler, pour aller chez le médecin… » Patrice Douret : « Pour aller travailler, pour aller chez le médecin… Et cette augmentation que vous citiez, 12 % de personnes accueillies en plus, 15 % de familles, c’est avant même de débuter la 38e campagne. Donc c’est là notre alerte, c’est qu’effectivement, toutes les prévisions que nous avions pu réaliser, elles sont complètement, forcément faussées, et avec des inconnues. Quel sera demain le niveau de ressources ? Parce que les personnes qui donnent sont aussi des personnes modestes. Et quel sera demain le niveau de charge que nous avons nous aussi à supporter ? Puisqu’un tiers de ce que nous distribuons gratuitement, eh bien nous l’achetons aussi à ces prix-là qui augmentent. »
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Anna Summer
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