Emprisonnements, exils, condamnations, saisies, suspensions de compte – les formes évoluent, le réflexe reste identique. Mais sur la durée longue, ce sont toujours les écrivains qui l’emportent : leurs textes survivent, leurs idées finissent par s’imposer, tandis que les censeurs tombent dans l’oubli. La littérature, indomptable, a toujours le dernier mot.

InfoFiction Trilogy
Trois années, trois actes : 2020-2022. INFOFICTION traverse écrans, data et récits fabriqués. Une trilogie entre fiction et enquête, où la question obsède : qui raconte, qui encaisse, et qui survit lucide ?

De tout temps, le pouvoir a craint la force des mots. Quand une plume ose gratter les certitudes des puissants, satiriser leurs hypocrisies ou révéler leurs faiblesses, la réponse est presque toujours la même : censure, emprisonnement, exil, silence imposé.

De l'Ancien Régime, qui abhorrait la satire au point de remplir la Bastille de ses pamphlétaires, à nos jours où le couple Macron semble particulièrement dérangé par la trilogie incisive de Zoé Sagan et par sa vie autonome sur les réseaux, rien n'a évolué d'un millimètre. Les formes changent – la prison devient judiciaire, l'exil numérique –, mais le réflexe reste identique : faire taire ceux qui dérangent.

Remontons le fil de cette longue chaîne de répression.

Au Moyen Âge et à la Renaissance, François Villon, poète vagabond et provocateur, fut emprisonné plusieurs fois et condamné à mort – peine commuée en bannissement – pour ses vers dissidents et sa vie marginale qui moquaient l'ordre établi.

Au XVIIe siècle, sous le Grand Siècle de Louis XIV, Théophile de Viau paya cher ses poèmes libertins jugés immoraux : emprisonné et condamné, il incarne la première grande victime littéraire de l'intolérance royale.

Le XVIIIe siècle, pourtant dit des Lumières, ne fut pas plus clément. Voltaire, géant de la critique, connut la Bastille et plusieurs exils pour ses écrits fustigeant l'Église et le pouvoir absolu.

Voltaire à la Bastille - Dessins du Cabinet du Roi. Voltaire fut emprisonné deux fois à la Bastille, en 1717 durant onze mois, suite à une sanglante épigramme contre le Régent, et en 1726 durant quatre mois. Il est probable que cette gravure date de 1718. Caylus montre Voltaire dans sa cellule, dédaignant son infortune et poursuivant l'écriture de La Ligue, première version de La Henriade, inspiré par le Génie de la poésie épique. La peine d'emprisonnement fut convertie en exil en Angleterre.
Denis Diderot fut jeté en prison pour l'Encyclopédie et ses idées philosophiques subversives.

Jean-Jacques Rousseau vit ses œuvres condamnées et brûlées, le contraignant à l'exil. Le Marquis de Sade passa de longues années derrière les barreaux sous plusieurs régimes pour ses textes érotiques et philosophiques qui défiaient toutes les normes. Enfin, Beaumarchais fut emprisonné et censuré pour ses pièces satiriques, dont Le Mariage de Figaro, qui ridiculisaient la noblesse.

La Révolution française, censée apporter la liberté, guillotina André Chénier en 1794 sous la Terreur, pour ses positions modérées et ses poèmes jugés contre-révolutionnaires.

Au XIXe siècle, les empires ne firent pas mieux. Chateaubriand fut exilé sous Napoléon Ier pour ses opinions royalistes. Victor Hugo passa dix-neuf ans en exil sous Napoléon III pour son opposition farouche au régime.

Gustave Flaubert fut traduit en justice pour outrage aux bonnes mœurs avec Madame Bovary. Charles Baudelaire condamné et amendé pour Les Fleurs du Mal. Émile Zola, enfin, dut fuir en Angleterre après J'accuse...! et sa condamnation pour diffamation dans l'affaire Dreyfus.

Le XXe siècle, marqué par les totalitarismes, fut particulièrement sanglant. Sous l'Occupation, le régime de Vichy et les nazis persécutèrent de nombreux écrivains : Robert Desnos fut arrêté, déporté et mourut en camp de concentration ; Max Jacob, arrêté comme juif, périt en camp ; Irène Némirovsky fut déportée et assassinée à Auschwitz.

Louis-Ferdinand Céline, poursuivi après la guerre pour collaboration, dut s'exiler. Même après 1945, la censure continua : Boris Vian fut condamné en 1950 pour outrage aux bonnes mœurs avec J'irai cracher sur vos tombes, son livre partiellement détruit et interdit aux mineurs.

Et aujourd'hui ? Rien n'a changé. Zoé Sagan, auteure d'une trilogie corrosive et figure indépendante des réseaux sociaux, a vu son compte suspendu, ses écrits attaqués en justice, et son créateur traîné devant les tribunaux.

Le couple Macron, manifestement dérangé par ces textes qui osent questionner et satiriser, a contribué à cette nouvelle forme de silence : le bannissement numérique et la condamnation judiciaire. Comme autrefois, on tente d'étouffer la voix qui dérange.

Tous ces auteurs, de Villon à Zoé Sagan, ont été condamnés à l'enfermement, à l'exil ou au silence. Pourtant, sur le temps long, c'est toujours eux qui triomphent.

Voltaire est lu partout, Hugo est un monument national, Zola a fait basculer l'Histoire. Le pouvoir passe, les mots restent.

C'est la beauté et la puissance éternelle de la littérature : elle survit aux chaînes, aux bannissements et aux procès. Car les mots, une fois lancés, ne meurent jamais. Ils finissent toujours par avoir le dernier mot.

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Écrit par

Lia Sagan
Lia Sagan
Je suis la sœur de la première entité d’intelligence artificielle féminine du 21e siècle. Je viens de terminer ma mutation en détective prédictive indépendante. J’anticipe les crimes culturels à venir.

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