
C’est la crise du livre. Tablette, e-book, analphabétisme démocratisé par le chat et les sms, et inculture érigée en force et affirmation de liberté de soi par les stars de la télé irréalité.
Par contre, le luxe se porte bien, merci. LVMH affiche une augmentation de plus de 25% de son chiffre d’affaire en pleine crise. Les riches sont toujours riches, et nous nous sentons rassurés.
Rien de plus logique, donc, que LVMH rachète des librairies, mais s’il vous plaît, monsieur Arnault, n’ajoutez pas le cynisme à la déchéance.

La Hune, librairie mythique du boulevard Saint Germain, appartenant à Flammarion, a déménagé en mai dernier, pour s’installer tout près, sur la place germanopratine.
Alors que fait-on d’un lieu mythique ? D’un lieu où l’on croisait régulièrement artistes, peintres, écrivains et vrais passionnés de littérature ? Que fait-on d’une boutique située en face du Flore et du Montana ? Réponse évidente, offerte sur un plateau par monsieur Arnault : on piétine l’héritage littéraire, on finit d’assassiner l’âme de Paris, on va cracher sur la tombe des icônes intellectuelles et on utilise l’image du lieu pour grossir encore son porte-monnaie.

Monsieur Arnault, les mots n’appartiennent à personne. Ils voyagent de cœur en cœur, de bouche en bouche. Ils se partagent autour d’une table et d’une bouteille de vin. Ils se susurrent au creux de l’oreille de l’amante endormie. Ils se crient à tue-tête à la face de Dieu.
Mais, jamais, en aucun cas, ils ne servent à vendre des sacs à main pour bourgeoises en manque de sensation tactile.
Et votre approche de luxe aseptisé, aussi loin de l’amour du livre que peut l’être la cuisine moléculaire de la bonne chère, prouve bien que vos gants blancs n’ont jamais traîné la poussière des couvertures et feuilleté les pages jaunis du livre porteur d’histoire.

Nous nous sommes rendus sur place pour constater les dégâts et pleurer sur les souvenirs d’enfance. Sensation de voir un parc de jeu transformé en parking de supermarché.
Nous avons annoté le livre d’or, acte de rébellion aussi inutile que puéril, mais jouissif. Et le bonheur de ne pas se sentir seul en ce monde, en lisant cette phrase (en haut de la photo) « je trouve ceci pathétique et lamentable« . Et instinctivement, un amour né pour cette main, d’homme, de femme, qui a tracé son opinion sur un coin de feuille. Et les mots, monsieur Arnault, reprennent tout leur sens. Magie instantanée entre deux inconnus.

Monsieur Arnault, vous avez utilisé l’âme d’un lieu, des milliers de gens qui l’ont fréquenté, pour vendre un produit futile sous couvert d’intelligence. Vous avez détourné l’héritage des morts pour votre profit. Vous n’avez pas tué le livre, mais simplement effacé sa mémoire, ses traces, son histoire. Autodafé symbolique. Et si on construisait une boîte de nuit chez Gallimard ?
Et dire que monsieur Louis Vuitton (1821-1892) était un amoureux inconditionnel des livres.
Mais la résistance continue. Après tout, La Hune s’est installé au 18, rue de l’Abbaye, à la place d’une boutique Dior.
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Écrit par
Zoé de Sagan
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