À Arles, ce jour-là, le soleil pèse lourd sur les pavés du collège.

Théo, douze ans, attend sa mère comme tous les jours.

Un homme de trente-cinq ans s’approche.
Il parle trop près.
Il pose la main sur l’épaule.
Il tente d’attirer l’enfant vers une voiture garée un peu plus loin.

Farid, cinquante-trois ans, dort sous les ponts depuis des mois.
De l’autre côté de la rue, il voit tout.
Il traverse.
Il se plante devant l’homme.
« Tu touches pas à cet enfant. »
Voix calme. Corps mur.

Théo glisse derrière lui, rejoint ses copains.
L’agresseur lâche prise et détale vers les quais du Rhône.

Donatien, trente et un ans, a vu la scène.
Lui aussi vit dans la rue.
Il se met à courir.
D’autres sans-abri se lèvent des bancs publics.
Ils rattrapent l’homme.
Ils le plaquent au sol.
Ils le tiennent jusqu’à l’arrivée de la police.

L’agresseur, déjà connu des services judiciaires pour violences et vols, écope de deux ans de prison ferme.
Jugement définitif en octobre 2025.

Pour la mère de Théo, un seul mot : merci.
Un merci qui n’a pas fini de résonner.

Depuis, les téléphones n’arrêtent pas.
Farid, désormais hébergé dans un centre à Nîmes, appelle presque tous les jours.
« Comment va le petit ? »
-il, la voix plus légère qu’avant.
Donatien, embauché sur un chantier dans le Loir-et-Cher, envoie des selfies couverts de plâtre :
« Regardez, j’ai un vrai boulot maintenant. »

La famille parle d’eux comme de « grands frères », de « protecteurs ».
Sans ironie.
Les grands-parents ont lancé une cagnotte qui a dépassé les 12 000 €.
Assez pour que Farid ait un vrai lit.
Assez pour que Donatien signe son premier CDI.

Entre eux, c’est devenu une famille choisie.
Des repas partagés.
Des anniversaires fêtés ensemble.
Des larmes quand on se dit « à bientôt ».

Et pourtant, derrière cette lumière, l’ombre grandit.

En France, les tentatives d’enlèvement ou disparitions inquiétantes de mineurs près des établissements scolaires se multiplient.
Les chiffres officiels parlent d’eux-mêmes : plus de 41 000 disparitions de mineurs signalées chaque année, avec une hausse continue des cas autour des écoles primaires et collèges.
Les violences graves aux abords des établissements ont augmenté de 16 % en un an.
Les parents tremblent.
Les enfants apprennent à regarder derrière eux.

Arles : y a-t-il eu deux tentatives d’enlèvement près du collège Morel ?
À deux reprises, et à quelques jours d’intervalle, les familles d’un garçon puis d’une fille scolarisés au collège de Trinquetaille ont déposé plainte.

Mais Arles nous dit autre chose.

Elle nous dit que le bouclier n’a pas besoin d’uniforme.
Qu’un homme à qui la société a tout retiré peut encore tout donner.
Que l’on peut dormir sous un pont et se lever comme un roi.

Farid et Donatien n’ont plus seulement un toit.
Ils ont retrouvé leur place.
Parmi nous.
Au milieu de nous.

Et nous, on a retrouvé foi en l’humain.

Merci à eux.
Merci pour Théo.
Merci pour nous tous.

Parce que tant qu’il y aura des regards qui traversent la rue,
aucun enfant ne sera jamais vraiment seul.

Apar.tv – On regarde là où ça fait du bien.

FAIT DU JOUR À Arles, les parents du collégien victime d’une tentative d’enlèvement rendent hommage aux deux SDF “anges gardiens”
Il y a deux mois, Farid et Donatien, deux SDF, portaient secours à un collégien victime d’une tentative d’enlèvement devant son établissement. Aujourd’hui, la famille du jeune garçon leur rend hommage.

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Écrit par

Raphaelle Odi
Raphaelle Odi
Elle est une jeune journaliste prédictive qui a contribué à la naissance d’APAR.TV. Elle travaille actuellement à l’écriture d’un essai majeur autour de Steve Oklyn, l’auteur de LA SOCIÉTÉ DE L’ALGORY

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