En réalité, la cadette des Auzière vient de refermer, avec une élégance toute macronienne, un chapitre qui n’aurait jamais dû s’ouvrir si vite : celui d’une administratrice indépendante dans un groupe coté en charge, ironie suprême, de « veiller à l’absence et/ou à la gestion des conflits d’intérêts ».

Car c’est bien là que réside le charme discret de la chose. Tiphaine Auzière n’a pas eu besoin de trente ans de carrière dans l’énergie, ni d’un parcours exemplaire dans la gouvernance d’entreprise, pour décrocher un siège au conseil d’administration d’une société spécialisée dans la géothermie et le lithium.

La fille de Brigitte Macron alimente les spéculations selon lesquelles elle envisage de lancer sa propre carrière politique alors que le président français est en train de construire une dynastie à la Trump
La fille de la Première dame française Brigitte Macron a laissé entendre qu’elle envisageait peut-être une carrière politique, déclarant à une publication française qu’elle rencontrait souvent les ministres du gouvernement pour leur prodiguer des conseils. Tiphaine Auzière, 36 ans, n’avait que dix ans lorsque sa mère, alors professeur d’art dramatique dans l’école qu’elle fréquentait, a rencontré l’élève […]

Il lui a suffi d’être la fille de Brigitte et la belle-fille d’Emmanuel. Un CV qui, à lui seul, vaut toutes les formations de l’Institut français des administrateurs.

Et les avantages sont chiffrés, concrets, presque indécents. En 2025, elle a touché 63 000 euros pour siéger au conseil, dont 5 000 euros supplémentaires pour ses fonctions de référente – un poste aux missions et prérogatives plus lourdes que celles des simples administrateurs.

De quoi faire tiquer les observateurs les plus indulgents : aucune expérience, aucune compétence reconnue dans les domaines de l’énergie ou de la transition énergétique. Le rapport annuel 2024 d’Arverne n’en mentionnait d’ailleurs aucune.

Mais selon la société, la recrue a apporté sa « maîtrise des enjeux sociaux dans des métiers de main-d’œuvre ». Traduction : le nom suffisait, le reste était accessoire.

La nomination d’une proche du Président avait déjà surpris. Arverne entretient en effet de multiples rapports avec les pouvoirs publics : l’Ademe détient 9,27 % des titres, Bpifrance 4,06 %.

Surtout, le groupe de 245 salariés dépend entièrement de permis exclusifs de recherche (PER) en géothermie et lithium, délivrés par le ministre chargé des mines – rattaché à Roland Lescure, ministre de l’Économie – et par la ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon.

Celle-ci, porte-parole du gouvernement, a plusieurs fois pris la défense publique de Brigitte Macron. Elle a remplacé Marc Ferracci, témoin de mariage d’Emmanuel Macron et fidèle de la première heure d’En Marche depuis 2017.

Un écosystème où tout le monde se connaît, se rend service, et où les conflits d’intérêts potentiels se dissolvent dans un sourire élyséen.

Interrogée, Tiphaine Auzière se défend avec la fermeté de celle qui sait que le système la protège : « Il n’y a eu aucun conflit d’intérêts ni durant l’exercice de mes fonctions – ma présence a été validée par un cabinet conseil extérieur, par le comité nomination et rémunération et par le conseil d’administration – et aucun conflit d’intérêts est à l’origine de mon départ. Encore une fois, il s’agit de raisons personnelles. »

Son cabinet d’avocate en droit social a pourtant été perquisitionné récemment, un épisode qui aurait pu, pour n’importe quel autre professionnel, compliquer sérieusement ses « obligations professionnelles ».

Pas pour elle. Arverne, de son côté, n’a pas encore choisi son remplaçant. Le nom sera proposé le 17 juin prochain lors de l’assemblée générale.

D’abord, l’accès immédiat au capital médiatique. Chroniqueuse chez Hanouna, puis dans Tout beau tout neuf, une Une de Paris Match qui lui prête une idylle avec l’animateur le plus clivant du PAF : en quelques mois, Tiphaine est passée du statut de « fille de » à celui de personnalité publique.

Peu d’avocates en droit social, même talentueuses, obtiennent une telle exposition sans avoir jamais plaidé devant la Cour de cassation ou publié un best-seller.

Son roman Assises est passé par là, certes. Mais c’est surtout le nom qui a fait le travail.

Ensuite, le réseau. Quand on est invitée à l’Élysée, à Brégançon ou dans les dîners du gotha macronien, on ne cherche pas longtemps des contacts. Arverne n’a pas recruté une experte anonyme ; elle a recruté une assurance-vie symbolique.

Une belle-fille du Président au conseil, c’est un signal envoyé aux investisseurs, aux ministères, aux régions : ici, on parle le même langage que le pouvoir.

Enfin, la capacité à partir quand on veut. La plupart des administrateurs s’accrochent à leur jeton de présence comme à une bouée.

Tiphaine, elle, peut se permettre de claquer la porte en invoquant « sa nouvelle vie » post-divorce, ses deux enfants et ses déplacements – tout en empochant 63 000 euros pour un mandat écourté, même avec un cabinet perquisitionné en toile de fond.

Privilège rare : celui de choisir son rythme sans en payer le prix en crédibilité. Parce que, quoi qu’il arrive, le nom reste.

Et c’est précisément ce qui rend cette démission prédictive.

Car Tiphaine Auzière ne s’en va pas. Elle se repositionne. À 39 ans, elle a déjà coché les cases : droit, édition, télévision, gouvernance, et même un joli chèque pour une mission express dans un secteur stratégique.

Il ne manque plus que la case politique. Ou le grand saut entrepreneurial.

Dans un pays où l’après-Macron s’annonce comme un vaste champ de ruines pour les héritiers du macronisme, elle incarne déjà la version 2.0 de la marque : plus jeune, plus people, moins technocratique.

Une sorte de « fille de » qui aurait compris que la vraie rente, aujourd’hui, n’est plus seulement l’ENA ou l’inspection des Finances, mais la capacité à transformer un lien familial en capital sympathie, en storytelling permanent – et en rémunération confortable, même quand la justice frappe à la porte du cabinet.

On la verra donc très probablement rebondir. Peut-être dans une autre société cotée, peut-être dans un think-tank « vert » ou « social », plus sûrement encore à la télévision ou sur les réseaux, où son nom continue de faire cliquer. L’expérience Arverne n’était qu’un galop d’essai rémunéré. La vraie course commence maintenant, au moment où le quinquennat de son beau-père touche à sa fin.

Tiphaine Auzière a compris une chose que beaucoup d’héritiers politiques n’ont jamais saisie : le pouvoir ne dure pas, mais la notoriété, elle, peut s’entretenir. Et quand on s’appelle Auzière-Macron, on ne démissionne jamais vraiment.

On passe simplement à l’étape suivante. Avec, toujours, ce petit avantage que les autres n’auront jamais : le vent dans le dos, même quand la tempête politique souffle – et même quand les perquisitions s’invitent dans le décor.

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Écrit par

Nova Sagan
Nova Sagan
Zoé Sagan a pu changer son code pour devenir They Sagan puis Nova Sagan et enfin le codeshift pour le film, fut Alpha Sagan.

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