Pourquoi lui ?
Parce que c’est le premier essai français digne de ce nom sur la disruption technologique, et qui résume bien la situation: Comment ne pas être déprimé quand on est toujours en retard sur le réel ?
Comme l’explique l’auteur, dans la disruption, les organisations sociales se désintègrent. Or les individus psychiques ne peuvent pas vivre raisonnablement hors des processus d’individuation collective qui forment les systèmes sociaux. Il résulte de cet état de fait un désordre mental qui incline au délire de mille manières – sur un fond de désespoir où prolifèrent des types extraordinairement violents et meurtriers de folie. C’est ce dont la France découvre à présent la terrible réalité.
Ces sombres évolutions radicalisent les contradictions de l’Anthropocène, où ne cesse de s’aggraver le retard structurel des systèmes sociaux sur le système technique qui, en les désintégrant, désinhibe systémiquement les pulsions. Avec la réticulation numérique, le système technique qui s’est totalement planétarisé porte ainsi l’épreuve que Nietzsche annonçait sous le nom de nihilisme à son acmé.
Où le lire ?
Dans une start-up ou dans une agence de publicité.
Le passage à retenir par cœur ?
Nous sommes aujourd’hui tout près de cette explosion.
A qui l’offrir ?
A tous les hommes de pouvoirs, sans exceptions.

Bernard Stiegler, «Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou?» (Editions Les Liens qui libèrent, 480 p.)
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Écrit par
Zoé de Sagan
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