Pourquoi lui ?
Il aurait pu s’agir d’un récit de pervers narcissique classique et alors, même avec le talent de Delphine de Vigan, l’histoire aurait eu si peu de relief, d’originalité qu’il nous serait tombé des mains. Mais le livre est beaucoup plus. Il est surtout une réflexion sous forme d’illustration, de témoignage de la question ancestrale de la dichotomie réalité/fiction.
Depuis le titre jusqu’au dernier mot (absolument jusqu’au dernier mot), l’auteur questionne (parfois), joue (beaucoup) avec ces notions. Entre ses deux personnages. De façon théorique tout au long du livre, puis incarnée dans les cinquante dernières pages. Entre Delphine de Vigan et les lecteurs de ses précédents livres, auxquels elles semblent répondre. Entre le livre et son lecteur. Entre son moi médiatique et elle. Entre vous et vous-même (par d’incessants clins d’œil à des histoires entrées dans la culture commune). Et à chaque fois que le débat semble se poser, il vous glisse entre les mains pour surgir des pages et s’insérer plus ou moins violemment dans votre propre monde.
L’expression consacrée dans ces cas-là est : faire le funambule sur la ténue frontière entre fiction et réalité. Mais ce n’est pas le cas. Ici, on se casse la gueule. Sans cesse. D’un côté puis de l’autre. Avant de tenter de regrimper péniblement sur cette frontière instable. Une tentative sisyphienne de trouver un point d’équilibre qui n’existe pas.
En citant Stephen King a plusieurs reprises, c’est clairement dans la lignée de l’écrivain du Maine que se situe Delphine de Vigan, traînant avec elle des films comme La main sur le berceau ou même Duel ( et évitant en permanence de tomber dans le piège de Fight Club, Usual Suspect, à la manière Adaptation de Spike Jonze).
Un écho à la fameuse citation de Chesterton, « le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison ».
Où le lire ?
Dans une salle de ciné qui diffuse Respire de Mélanie Laurent.
Incipit.
Quelques mois après la parution de mon dernier roman, j’ai cessé d’écrire.
Le passage à retenir par cœur.
J’ignore pourquoi je ne lui ai pas parlé ce jour-là. Pourquoi je n’ai pas mentionné .? et cette impression à son contact, que les serres d’un rapace broyaient mon cerveau.
Quiconque a connu l’emprise mentale, cette prison invisible dont les règles sont incompréhensibles, quiconque a connu ce sentiment de ne plus pouvoir penser par soi-même, cet ultrason que l’on est seul à entendre et qui interfère dans toute réflexion, toute sensation, tout affect, quiconque a eu peur de devenir fou ou de l’être déjà, peut sans doute comprendre mon silence face à l’homme qui m’aimait.
C’était trop tard.
À qui l’offrir ?
À tout ceux qui adhère à cette grande tendance actuelle de mettre l’amitié au-dessus de l’amour.

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, éd. JC Lattès, 479 p., 20 €
Partager cet article
Écrit par
Rejoindre la conversation
D’Ernest Hemingway à Anne Frank: des milliers de livres censurées en Amérique
Ils ont rallumé les flammes, mais sans le panache des sorcières d’antan. 4.239 livres crevés, jetés au ban des écoles US, comme des carcasses qu’on laisse pourrir sous le soleil texan. PEN America a compté, et ça fait 10.046 coups de hache dans le papier, de
L’ancien Prix de Flore 2011 condamné à de la prison pour un « resto basket »
Écrivain-poète à la précocité remarquable, ancienne gloire littéraire du début des années 2010, Marien Defalvard fait aujourd’hui parler la chronique judiciaire pour des faits de toute petite criminalité. Il lui est en effet reproché d’être parti sans payer d’un restaurant orléanais, laissant derrière lui une note de
« Scandale », le nouveau roman de Schiappa est pire que le braquage du Fonds Marianne
Qui arrêtera la plume de Marlène Schiappa ? L’ancienne ministre sort courant mai un roman de « new romance » intitulé « Scandale » aux éditions Fayard. Et le résumé rappelle les grandes heures de « Marie Minelli ». Et si la réelle passion des ministres d’Emmanuel Macron n’était pas la politique, mais l’