Pourquoi lui ?
Parce que tout a été dit sur la période Gatsby. Tout a été dit sur la grandeur de Francis Scott Fitzgerald. Tout a été dit sur son idylle avec Zelda.
Mais l’un des plus grands écrivains du XXème siècle a fini sa vie dans la difficulté. Tentant un chant du cygne en se cognant l’industrie hollywoodienne. Et tombant amoureux de celle que l’histoire ne retiendra pas, malheureusement, Sheilah.
Stewart O’Nan a l’intelligence de savoir que c’est loin de la gloire qu’un homme se révèle. Les icônes tombent. Et Fitzgerald s’illumine. Humain, trop humain. Oui, tellement humain.
Où le lire ?
Au milieu de la superficialité.
Incipit.
Ce printemps-là, il se réfugia dans les Smokies et s’installa dans un petit hôtel qui avait connu des jours meilleurs, proche de la clinique où elle résidait.
Le passage à retenir par cœur.
La saison touchait à sa fin, le couperet de la Fête du travail, le premier lundi de septembre, s’apprêtait à tomber, mais la meilleure société de Charleston se pressait encore sous les arcades qui ouvraient sur les jardins ! même les hommes étaient entièrement vêtus de blanc, sirotant des gins tonics et grignotant des canapés. À l’intérieur, au pied d’un escalier monumental, un homme en queue-de-pie jouait sur un piano de concert et couvrait un basso continuo de conversations. Il y avait une file d’attente devant la réception. Faisaient-ils partie des invités du mariage Cabbagestalk ? Autrefois, ils auraient répondu oui, dansé avec les mariés et bu du champagne jusqu’à chanceler. En déclinant l’invitation, il se senti terne, responsable et paternel. À ses côtés, Zelda avait fini par se taire et regardait alentour, bouche bée, comme si l’élégant décor l’éblouissait, tandis que Scottie demeurait plongée dans son livre. Lui se rappelait qu’il était à l’origine de ce voyage et que tout se déroulait du mieux possible.
À qui l’offrir ?
À Hemingway.

Derniers feux sur Sunset, Stewart O’Nan, éd. de l’Olivier, 389 p., 23 €
Partager cet article
Écrit par
La rédaction
Rejoindre la conversation
Rick Perlstein, le prophète qu’on aurait dû écouter
De Barry Goldwater à Ronald Reagan, en passant par Richard Nixon, l’historien américain a décrypté depuis vingt ans la mécanique infernale du conservatisme moderne : une machine à exploiter les peurs, à transformer la rancœur en vote et à renaître plus forte après chaque défaite.
Les écrivains en prison ou l'histoire d'une persécution ininterrompue
Depuis François Villon condamné au bannissement jusqu’à Zoé Sagan traînée en justice et bannie des librairies pour avoir osé critiquer le pouvoir en place, une constante traverse l’histoire française : les puissants n’ont jamais supporté que des mots les mettent en cause.
George Saunders veille sur nos âmes en péril
Avec Vigil, son deuxième roman, George Saunders nous entraîne une fois encore dans l’entre-deux-mondes, au chevet d’un magnat du pétrole agonisant. Entre fantômes bienveillants et bilan implacable, l’auteur signe une méditation sur la rédemption possible, même pour les plus coupables d’entre nous.