Pourquoi lui ?
Disons que Jonathan Littell ait eu une relation avec Gabriel Garcia Marquez. Si un enfant naissait de ce miracle, il s’appellerait Négar Djavadi.
La scénariste pour son premier livre nous offre un récit dense. Un livre qui glisse au fond du crâne sans peine mais laisse son emprunte à chaque phrase. Étrange impression d’avaler l’encyclopédie comme on lirait Martine en Iran. 350 pages pour redécouvrir l’une des plus anciennes civilisations de l’humanité, qui s’est retrouvée le jouet de toutes les manipulations des empires du XXème siècle. Ah oui, on oubliait, l’histoire est racontée depuis la salle d’attente d’un hôpital avant une FIV. Rien que du léger. Le pitch de départ ressemble à un film de 23 heures sur Arte ou à l’un des coups de cœur de Télérama.
Sauf que le livre se dévore. Et quand on arrive enfin à le refermer, on garde longtemps cette sensation si agréable, celle d’être devenu plus subtil, plus clairvoyant. En un mot, plus intelligent.
Vous allez redécouvrir ce que signifie le mot exil. Le deuil d’une chose en vie.
Où le lire ?
Dans le salon, au moment où vous êtes tentés d’allumer la télé pour suivre les infos.
Incipit.
À Paris, mon père, Darius Sard, ne prenait jamais d’escalator.
Le passage à retenir par cœur ?
De toute façon, c’était la mort ou l’exil, avec ou sans Révolution. Ou bien une vie gâchée à faire semblant. Comme Oncle Numéro 2. Éteinte, honteuse, frustrée, malheureuse. Devenir épouse et mère pour avoir la paix, se dissoudre dans la masse, échapper aux souffles dévastateurs des rumeurs. Mais même l’exil n’a pas suffi. Il paraît qu’un jour l’humoriste américain Jack Benny a demandé à Sammy Davis Jr., rencontré sur un terrain de golf, à combien se montait son handicap. Celui-ci lui aurait répondu : « Je suis borgne, noir et juif, ça ne suffit pas ? » L’exil me rapprocha beaucoup de Sammy Davis Jr.
À qui l’offrir ?
À votre pote qui se prend pour Bernard Guetta.

Désorientale, Négar Djavadi, éd. Liana Levi, 347 p., 22 €
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La rédaction
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