Pourquoi lui ?
L’histoire de Phil Klay, tout le monde la connaît. Parce qu’il a reçu en 2014 le prestigieux National Book Award en 2014. Le retour d’Irak du marine, son errance, et l’atelier d’écriture qu’il intègre. Écrire pour guérir.
La genèse du livre vaut déjà un film, mais le livre, lui, est certainement l’un des plus exceptionnel témoignage de la guerre. Une suite de nouvelles, de situations, de personnages… De la violence pure, aux taches administratives. De Falloujah au retour aux États-Unis. On y retrouve les ingrédient d’un exaltant Full Metal Jacket comme du magnifique Jarhead de Sam Mendes.
Où le lire ?
Entre un beatnik et un va-t-en-guerre, parce que le livre se situe juste au milieu.
Incipit.
« On a tiré sur des chiens. »
Le passage à retenir par cœur.
« C’était pas un fusil de chasse que j’avais, mais un AR-15. Identique, en fait, au M-16, avec lequel j’avais été formé, et on m’avait appris à faire les choses correctement. Viser, contrôler la détente, contrôler sa respiration. Fixer le cran de mire en acier, pas la cible. La cible doit être floue.
J’ai fixé Vicar, puis le cran de mire. Vicar a disparu dans un flou grisâtre. J’ai enlevé la sécurité. il fallait tirer trois fois. ce n’est pas simplement, j’appuie sur la détente et c’est terminé. Il faut faire les choses correctement. Deux balles dans le corps. Une dernière dans la tête, précisément.
Il faut tirer les deux premières rapidement, c’est très important. Votre corps est constitué d’eau, pour l’essentiel, et quand une balle le traverse, c’est comme une pierre lancée dans un étang. Ça fait des ondulations. Lancez une deuxième pierre tout de suite après la première, vous verrez comment l’eau est agitée entre les deux endroits où elles ont frappé la surface. La même chose se produit dans votre corps, surtout quand il s’agit de deux balles de 5.56 qui vous percutent à des vitesses supérieures à celle du son. Ces ondes de choc sont capables de déchiqueter certains organes.
Si je devais tirer deux balles sur vous, une de chaque côté du cœur, une première balle…, puis une autre, vous auriez les deux poumons perforés, deux blessures aspirantes à la poitrine. Bon, évidemment, vous êtes foutu. Mais vous allez rester en vie assez longtemps pour sentir vos poumons se remplir de sang.
Si je tire deux balles au même endroit mais très rapidement, pas de problème. Les ondes de choc vont vous déchiqueter le cœur et les poumons, vous n’agonisez pas, vous mourez, tout simplement. Il y a un choc violent, mais aucune douleur.
J’ai pressé la détente, j’ai senti le recul, et j’ai fixé la mire, pas Vicar, à trois reprises. Deux balles lui ont perforé la poitrine et une autre s’est logée dans son crâne, et elles l’ont frappé rapidement, trop rapidement pour qu’il sente quelque chose. C’est ainsi que ça doit être fait, chaque balle venant immédiatement après la précédente, pour que vous ne puissiez même pas essayer de récupérer, parce que c’est là que ça fait mal. »
À qui l’offrir ?
À tout ceux qui se réjouissent dès que l’Élysée vend trois Rafales à un pays.

Fin de mission, Phil Klay, éd. Gallmeister, 309 p., 23,80 €
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