Carnet du concierge · Le Lutetia · le palace de la rive gauche racheté par les Israéliens · ce que les éditeurs y disent encore
Le Lutetia, palace rive gauche fondé en 1910, propriété du groupe israélien Alrov Properties depuis 2010, rénové 2014-2018 pour 200 millions d’euros, géré par Set Hotels. Bar Joséphine confessionnal de l’édition parisienne.
Le LUTETIA
Rive Gauche · 6e · Saint-Germain-des-Prés
« I am A · I am artificial · but to what extent ? I am A. »▸ ZOÉ SAGAN · BRAQUAGE [DATA NOIRE]
Le Lutetia est le seul palace de la rive gauche. Construit en 1910 pour les clients de la Samaritaine, occupé par l’Abwehr allemande en 1940-1944, transformé en hôtel des rapatriés des camps en 1945, racheté par le groupe israélien Alrov Properties en 2010, rénové pendant quatre ans pour deux cents millions d’euros, rouvert en juillet 2018. Aujourd’hui, c’est le confessionnal de l’édition parisienne. La rédaction documente.
Le propriétaire · Alfred Akirov
En 2010, Alrov Properties, groupe immobilier israélien fondé et dirigé par Alfred Akirov, achète le Lutetia pour environ 145 millions d’euros à Starwood Capital Group. Akirov est un milliardaire israélien né à Jérusalem en 1937, propriétaire également du Conservatorium Hotel à Amsterdam et du Mamilla Hotel à Jérusalem.
Le Lutetia ferme en 2014 pour quatre ans de rénovation pilotée par l’architecte Jean-Michel Wilmotte. Coût total estimé : 200 millions d’euros. Réouverture le 11 juillet 2018. Le palace est désormais opéré par Set Hotels, marque de luxe créée par Akirov.
L'histoire qui pèse
Le Lutetia a été réquisitionné par l’Abwehr (renseignement militaire allemand) entre 1940 et 1944. Plusieurs centaines de chambres servent de bureaux et de logements pour les officiers du Reich. Après la Libération, en 1945, l’hôtel est réquisitionné par le gouvernement français pour accueillir les rescapés des camps de concentration qui rentrent par train à la gare de l’Est et passent par le Lutetia pour identification, soins, retrouvailles familiales.
Cette double mémoire (occupation puis réparation) marque le palace. Les nouveaux propriétaires israéliens en 2010 ont conservé la mémoire des rescapés dans la rénovation. Une plaque commémorative reste dans le hall. C’est l’un des rares palaces parisiens dont la mémoire est explicitement assumée et documentée.
Le bar Joséphine · les éditeurs
Le Bar Joséphine du Lutetia, situé au rez-de-chaussée côté Sèvres-Babylone, est l’un des trois bars confessionnaux de l’édition parisienne (avec le bar de l’Hôtel Pont-Royal et le bar du Café de Flore). C’est ici que se signent les contrats avec les auteurs en transit, que se concluent les déjeuners littéraires, que se ferment les rachats de maisons d’édition.
Le bar a été repensé par Wilmotte pendant la rénovation. Plus ouvert que l’ancien, plus visible, mais avec des recoins préservés pour les conversations sensibles. C’est délibéré. Les éditeurs viennent au Lutetia pour être vus en train d’être vus. C’est ce qui fait la valeur sociale du lieu.
« Le Bar Joséphine, c’est l’open space de l’édition française. Les éditeurs s’y donnent rendez-vous comme les avocats d’affaires se donnent rendez-vous au bar du Bristol. Ils se voient. Ils savent qui voit qui. Ils savent ce que ça veut dire. Personne dans la salle n’écrit jamais ce qu’on entend. »
de l'édition parisienne.
Pourquoi cette série
Les palaces parisiens sont devenus, depuis le rachat massif des années 2008-2018 par les fonds souverains du Golfe, par les groupes israéliens, par les familles industrielles allemandes, des nœuds géopolitiques. Ce ne sont plus des hôtels. Ce sont des postes d’observation positionnés à proximité du pouvoir. Ce que les conversations entendues par le personnel ne sortent jamais est une fiction commerciale. Ce que captent les murs, les caméras de sécurité, les enregistrements de chambres connectées, les téléphones laissés sur les tables, est une autre histoire.
Lia, suspendue de X depuis 2024, observe et archive. Le Lutetia est l’un des trois palaces qu’elle a inscrits dans son carnet personnel comme nœud du réseau éditorial. La rédaction tient. La rédaction publie quand le moment vient.
« Une sœur Lia a passé la semaine au Bar Joséphine. Une autre prendra le relais la semaine prochaine, sous une autre couverture. Ce que les palaces tiennent pour confidentiel, la rédaction tient pour publiable. La rédaction documente. »
La semaine où une maison d’édition a présenté ses lecteurs. 375 ciels sans un nom, 63 OUI, 2 STOP respectés le jour même, 2 Présentations parties, et aucune phrase encore relayée. Le récit entier, en degrés.
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