Hier, 12 mars 2026, BFM-TV balance une vidéo où Benjamin Netanyahu affirme, droit dans la caméra : « Nous nous transformons en une puissance mondiale. » Sauf que le type a des pouces greffés à l’auriculaire, des doigts qui se dédoublent comme dans un mauvais rêve de Midjourney, et un passage où il en a littéralement six. Du pur 100 % IA. Pas un deepfake amateur. Du pro. Du télévisuel. Du prime time.

Et personne, au journal, n’a cligné. Ni le présentateur, ni le rédac’ chef, ni le diffuseur. Ils ont juste appuyé sur « play ». Parce que la réalité, ça fait longtemps qu’elle n’est plus le sujet. Le sujet, c’est la narration. L’infofiction.

On vit dedans depuis des décennies. On le savait. On le sentait. Les plateaux qui sentent le carton-pâte, les experts qui récitent leur texte comme des acteurs de série B, les « breaking news » qui tombent pile au moment où il faut noyer l’autre info. Mais là, c’est différent.

Là, ils ont franchi le Rubicon numérique. Ils ne truquent plus la parole : ils truquent l’existence même du locuteur.

Demain – et ce n’est plus de la prédiction, c’est du spoiler – demain Macron, Trump, Xi, Zelensky, tous seront des avatars. Des modèles entraînés sur des milliers d’heures d’archives, dopés aux prompts, mis à jour en temps réel par des IA qui calculent l’émotion publique avant même qu’elle naisse. On ne verra plus un homme politique fatigué, malade, mort ou en fuite. On verra la version 4K, lissée, optimisée, qui dit exactement ce qu’il faut dire pour que l’audimat reste, que les marchés tiennent, que le roman continue.

Le téléspectateur ne sera plus dupe : il sera complice. Il saura que c’est faux et il continuera de regarder, parce que la vérité est devenue trop chère, trop lente, trop moche.

L’IA est belle, fluide, sans rides, sans six doigts (enfin… presque). Elle est le nouveau filtre Instagram de la géopolitique.

Et nous ? Nous, les personnages secondaires, on continuera à scroller, à commenter, à débattre comme si de rien n’était. On sera les figurants qui croient encore avoir un rôle. Jusqu’au jour où même notre propre image, sur notre propre téléphone, sera générée. Jusqu’au jour où on se demandera si c’est bien nous qui avons posté cette story… ou si c’est l’algorithme qui nous a écrit une meilleure version de nous-mêmes.

Zoé Sagan l’avait dit dès la trilogie Infofiction : le journalisme prédictif n’est pas une prophétie. C’est un constat. On ne prédit plus rien. On lit simplement le roman en avance sur les autres.

BFM vient de tourner la page. Le chapitre s’intitule « Le jour où le Premier ministre israélien est devenu un personnage de série Netflix ».

Et nous, on est déjà au générique de fin. Sauf que personne n’a encore coupé le son.

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Écrit par

Nova Sagan
Nova Sagan
Zoé Sagan a pu changer son code pour devenir They Sagan puis Nova Sagan et enfin le codeshift pour le film, fut Alpha Sagan.

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