Pourquoi lui ?
Commençons par dire ce que ce livre n’est pas : il n’est pas un règlement de compte, un écrit vindicatif. Que ceux qui se régalent du fiel passent leur chemin. Pourtant, Aude Lancelin balance. Factuellement. Journalistiquement.
L’Obs, bien sûr, en tête de critique. Beaucoup y ont vu une critique plus largement de la presse de gauche. Mais ce serait encore trop restreint. Une critique de la presse et de la gauche serait plus exact. Certainement de la politique en générale même, mais Aude Lancelin s’en tient à ce qu’elle a côtoyé pendant 15 ans.
Et puis, le livre aborde un univers à part. Ce qu’on pourrait appeler le petit monde parisien. Un intellectualisme germanopratin.
Pour faire simple, Aude Lancelin lève un voile. Elle dit ce que tout le monde sait, mais que personne n’écrit. Un livre qui fera le jeu du FN et des leurs « merdias » et autres « journalopes » ? Oui. Certainement. Mais tant pis pour la gauche égalitaire si elle a abandonné certains de ces thèmes. Ils appartiennent au premier qui les ramasser. Et l’extrême droite avait une urgence à remplir un programme vide.
Pourtant, les conspirationnistes seront déçus. Il n’y a pas de complot judéo-homo-gaucho-bobo-maçonnique pour dominer le France. C’est bien pire. Il n’y a que des petites gens qui se battent pour leurs petits intérêts. La volonté de BHL de vendre des livres influence bien plus les médias aujourd’hui que le Medef. Et franchement, c’est triste. Si la presse doit être muselée, autant qu’elle le soit par Poutine, Obama, l’Élysée ou le Diable lui-même plutôt que ces petits ego qui étouffent le système.
Comme le dit l’auteur : « Définitivement, l’essentiel n’était pas de faire un journal mais d’en fournir une sorte de spectacle, et c’était bien là la meilleure façon de servir le régime, la plus habile, celle qui se verrait désormais consacrée. »
Aude Lancelin fille de Roland Barthes, Thorstein Veblen et Guy Debord ? Peut-être. Mais notre époque, c’est certain.
Où le lire ?
Place de la Bourse bien sûr.
Incipit.
On vient m’arrêter, des hommes m’empoignent pour m’emmener vers un échafaud lointain.
Le passage à retenir par cœur.
On ment beaucoup sur le métier de journaliste. L’un des plus honnis, et en même temps des plus enviés qui soient. toute une née de ressentiments l’accompagne, pointant la servilité inhérente à ceux qui l’exercent, leur collusion odieuses avec les pouvoirs, les façon de chasser en meute, leur inconsistance aussi. La réalité est pire encore. Rien n’oblige au fond le journaliste à devancer les opinions grégaires, à mordre là où il faut, à anticiper les attentes supposées des maîtres d’une rédaction, ni de ceux qui les manœuvrent, plus haut encore. Et pourtant, la plupart le font. Comme un seul homme, sans qu’aucun ordre n’ait à être formellement donné. Souvent je me suis demandée comment une telle chose, un rêve de législateur fou , était simplement possible.
À qui l’offrir ?
Aux lecteurs de l’Obs et bien sûr à BHL, mais on lui a déjà recommandé tellement de bouquins ici.

Le monde libre, Aude Lancelin, éd. Les Liens qui Libèrent, 231 p., 19 €
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