Pourquoi lui ?
Parce qu’on pourrait le prendre pour un hater moderne, mais que Richard Millet se place plus dans la lignée des insatisfaits perpétuels que sont Céline, Topor ou Matzneff.
Et puis, tant qu’à lire une prose réac, autant qu’elle soit moderniste, plutôt que le passéisme de Zemmour.
Où le lire ?
Dans un aéroport avec dans votre poche votre aller simple pour Moscou. Ou dans une file d’attente pour une rétrospective Jean-Pierre Léaud.
Le passage à retenir par cœur ?
« Une langue qui s’oublie à tel point dans la bouche de ses locuteurs qu’on ne peut que leur pardonner, vu qu’ils ne savent pas ce qu’ils font ; mais nous ne sommes plus leurs frères de langue : nous ne parlons plus le même langage qu’eux et nous ne saurions nous compromettre avec ceux qui ont bradé politiquement la langue, depuis une quarantaine d’années, pour mieux effacer la dimension littéraire d’un pays dont Mai 68, c’est son unique mérite, aura rappelé que la langue s’y incarnait au plus haut d’elle-même.
Elle est, cette langue, à présent balbutiée par d’éternels adolescents hantés par le sexe, le binarisme du rock et du rap, la théosophie des droits de l’homme, la gnose de l’antiracisme, le refus de l’héritage, la haine de la vérité – mais extraordinairement vertueux. »
À qui l’offrir ?
À ceux qui répètent sans cesse : « On ne va pas se prendre la tête ».

Le corps politique de Gérard Depardieu, Richard Millet, éd. Pierre Guillaume De Roux, 109 pages, 17,90 €.
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La rédaction
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