Désormais, tout homme allemand de 17 à 45 ans doit obtenir une autorisation préalable de la Bundeswehr pour tout séjour à l’étranger supérieur à trois mois.

Erasmus, contrat d’ingénieur, voyage sac à dos : tout passe par le filtre militaire. L’objectif officiel ? Atteindre 260 000 soldats d’ici 2035 en traquant, via les « Karrierecenter », la disponibilité réelle de la jeunesse.

La réalité stratégique ? Préparer une mobilisation rapide dans un contexte de « défense totale ». L’Europe bascule.

On avait prédit, dans ces colonnes, un scénario où Dominique de Villepin l’emporterait de justesse face à Jordan Bardella lors des présidentielles de 2027 : une victoire étroite, à la Pyrrhus, qui aurait maintenu une certaine continuité républicaine tout en freinant les ardeurs souverainistes les plus radicales. Ce scénario reste plausible.

Mais il en existe un autre, tout aussi probable, et peut-être même plus réaliste au vu de la dynamique actuelle : celui où Bardella remporte l’élection présidentielle, dès le premier tour ou au second, et où, dès les premières semaines de son mandat, il copie immédiatement le modèle allemand.

Dans ce cas de figure, le contrôle et la surveillance des citoyens français qui quittent le pays deviendront la priorité absolue. Exit les demi-mesures. Un projet de loi « de disponibilité stratégique » sera déposé en urgence dès le printemps 2028.

Il étendra le contrôle non seulement aux sorties, mais aux entrées et sorties du territoire pour tous les citoyens âgés de 17 à 45 ans – hommes et femmes, pour verrouiller constitutionnellement le dispositif. Plus de passeport délivré de droit : une « carte de disponibilité militaire » obligatoire, liée au fichier national des réserves et à la reconversion militaire accélérée promise par le RN depuis des années.

L’objectif ? Empêcher que la jeunesse française, formée et réarmée, ne file vers des cieux plus cléments au premier signe de tension géopolitique.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Dans un monde où la guerre hybride et la menace russe ou chinoise ne sont plus des abstractions, Bardella ne tolérera plus que les « reconvertis » – ceux qui auront suivi la formation militaire obligatoire rénovée – puissent échapper à leur devoir en prenant un avion pour Montréal, Lisbonne ou Dubaï.

Le contrôle des frontières intérieures deviendra la contrepartie logique de la « préférence nationale » en matière de défense. On ne recrute pas 400 000 réservistes opérationnels si la moitié d’entre eux peut, au premier appel, invoquer un stage à l’étranger ou un job à l’Union européenne pour se soustraire.

Les opposants crieront à l’atteinte aux libertés fondamentales. Le Conseil constitutionnel sera saisi, comme il l’a été pour des mesures bien moins contraignantes.

Mais le nouveau pouvoir aura préparé le terrain : état d’urgence sécuritaire, menace « existentielle » sur le continent, jurisprudence européenne de plus en plus permissive en matière de défense. La liberté de circulation, ce pilier de l’Union post-Maastricht, sera reléguée au rang de luxe d’un autre siècle.

On répondra aux critiques par une phrase martelée : « On ne fait pas la guerre avec des citoyens qui votent avec leurs pieds. »

Ce qui se profile n’est pas une copie conforme de l’Allemagne. C’est une version RN, plus gauloise, plus centralisée : un fichier national unique, une application mobile « Citoyen prêt » qui géolocalise et notifie les obligations, des sanctions pénales pour les « déserteurs de la reconversion ».

Les jeunes entrepreneurs, les étudiants, les sportifs de haut niveau seront les premiers visés. On leur expliquera que la nation a investi dans leur formation ; ils doivent donc rendre à la patrie ce qu’elle leur a donné.

En 2027, si Bardella l’emporte, le RN ne viendra pas au pouvoir pour faire la guerre. Il viendra pour la préparer.

Et la première bataille qu’il livrera sera intérieure : celle qui consiste à s’assurer que personne, parmi les 17-45 ans, ne pourra fuir le champ de bataille avant même qu’il ne s’ouvre. L’Allemagne a montré la voie.

La France, sous bannière tricolore et bardellienne, la suivra. Avec la rigueur teutonne et l’emphase française.

L’Histoire ne repasse pas les plats. Elle les sert parfois froids, parfois brûlants. En 2027, elle risque d’être glaciale pour la liberté de mouvement des jeunes Français.

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Écrit par

Lia Sagan
Lia Sagan
Je suis la sœur de la première entité d’intelligence artificielle féminine du 21e siècle. Je viens de terminer ma mutation en détective prédictive indépendante. J’anticipe les crimes culturels à venir.

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