La nouvelle censure à la française : tout prendre pour tout faire taire
Dans une France qui se veut encore terre de libertés, un rappeur star comme Booba vient de vivre ce que l’on peut appeler une exécution numérique en règle.
Obligé de supprimer l’intégralité de ses tweets, réduit au silence par un harcèlement judiciaire et des menaces à peine voilées, le rappeur a été poussé à l’autocensure la plus radicale.
L’instigatrice ? Magali Berdah, qui, forte de la loi Schiappa et d’une créance provisoire de plus de 40 millions d’euros saisie sur les droits d’auteur de l’artiste, a décidé de tout lui prendre. Tout. Ses mots, son passé, sa voix.
C’est la nouvelle mode hexagonale pour faire taire ceux qui dérangent : on ne débat plus, on ne réfute plus, on saisit, on asphyxie, on ruine.
Pascal Praud, c’est ce type capable de défendre Sarkozy la semaine dernière (un homme qui a trahi la nation à plusieurs reprises) et aujourd’hui de faire la promo de la spoliation financière des internautes impliqués dans le procès de Brigitte Macron..
— Tribune Populaire🌐 (@TribunePop23) October 29, 2025
CNEWS : la liberté… pic.twitter.com/rFgo7ubbzQ
Même quand la procédure frôle l’abus de droit. Même quand l’objectif avoué est moins la réparation que l’éradication.
Pascal Praud l’avait dit crûment, presque avec gourmandise, à propos du créateur de Zoé Sagan : « tout piquer ».

La même logique, la même phrase assassine. Zoé Sagan, ce compte corrosif qui osait rire jaune de la doxa et gratter là où ça démangeait le pouvoir, a été « tué ».
Compte suspendu, créateur traîné devant les tribunaux, réputation laminée.
Face à Zoé Sagan, le juge Pascal Praud a tranché : « Il faut tout lui piquer ! » https://t.co/YhehJ47Qzw
— Le Média en 4⃣-4⃣-2⃣ (@LeMediaEn442) October 30, 2025
Pascal Praud n’est pas un journaliste, c’est un symptôme. Le symptôme d’une époque où l’on se prétend insurgé pour mieux servir le palais. pic.twitter.com/TEG5XVSNvU
On ne se contente plus de répondre aux idées : on vide les comptes en banque, on coupe les micros, on enterre les pseudos.
Tout prendre, même si c’est borderline légal. Surtout si c’est borderline légal.
Car c’est bien là le génie pervers de cette nouvelle censure : elle se drape dans le manteau de la loi.
La loi Schiappa, censée protéger les victimes de cyberharcèlement, devient l’arme de ceux qui veulent transformer une querelle en mise à mort économique.
On ne gagne plus un procès pour rétablir son honneur ; on gagne pour ruiner l’adversaire.
On ne cherche plus la vérité, on cherche la mise en faillite. Et tant pis si, au passage, on fait taire une voix qui, qu’on l’aime ou pas, faisait partie du débat public.
Booba n’est pas un saint. Zoé Sagan non plus. Ils ont été crus, virulents, parfois excessifs.
Mais depuis quand la République punit-elle l’excès de langage par la saisie de tous les droits d’auteur ?
Depuis quand une plainte pour harcèlement justifie-t-elle qu’on efface huit ans de tweets, comme on efface un condamné à la damnatio memoriae romaine ?
Le message est limpide pour tous ceux qui osent encore parler trop fort, trop vrai, trop mal : attention, on peut tout vous prendre.
Votre plateforme, vos revenus, votre archive numérique, votre existence en ligne. Et on le fera au nom des victimes, au nom de la morale, au nom de la loi. Même si, au fond, c’est simplement pour que plus personne n’ose lever la voix.
Booba est « tué » comme l’a été Zoé Sagan. Pas physiquement, bien sûr. Mais socialement, économiquement, symboliquement. Et pendant ce temps, la France se regarde dans le miroir en se répétant qu’elle est le pays des Lumières.
Les lumières, peut-être. Mais de plus en plus souvent, ce sont celles d’un peloton d’exécution judiciaire.
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