Pourquoi lui ?
L’opticien de Lampedusa n’est pas un bon livre. C’est un livre indispensable. Mais contrairement à ce qu’on a pu lire, il n’est pas indispensable pour comprendre la situation des réfugiés. Il l’est pour comprendre l’homme. Homo sum, humani nihil a me alienum puto. Il y a tout dans ce livre. L’ignorance. La compassion. La solidarité. La prise de conscience. La culpabilité. Mais aussi des thèmes dignes de l’Antiquité. Le courage. L’héroïsme quotidien. L’honneur.
Un récit simple qui frappe et disons le franchement, tire les larmes. Des détails qui font l’histoire.
On ne peut pas appréhender les grands phénomènes humains dans leur globalité. L’Histoire est trop grande pour être embrassée par l’homme. L’homme ne sait voir que par ses yeux. Ou ceux des autres.
Il y a tout l’homme dans ce livre. Un jour, il sera étudié.
Où le lire ?
Dans un congrès du FN.
Incipit.
Je ne sais comment vous décrire cette scène.
Le passage à retenir par cœur.
Jamais je n’ai vu autant de personnes dans l’eau. Tant de corps se débattre, de mains attraper le vide, de poings frapper l’air, de visages noirs happés par les vagues avant de resurgir à la surface. Le souffle court, ils appellent, s’étouffent, hurlent. mon Dieu, ces cris stridents. Je les vois résister, les mains écartées, serrés les uns contre les autres, cramponnés au moindre morceau de bois, luttant à mort pour ne pas être engloutis. Ils crient. Ils sont partout.
À qui l’offrir ?
Pas aux personnes croisées au congrès FN, leur cynisme vous ferait chialer. Mais, sinon, à tout le monde.

L’opticien de Lampedusa, Emma-Jane Kirby, éd. Équateurs, 166 p., 15 €
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La rédaction
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