▸ Enquête ▸ mai 2026
« Ainsi gravite dans la famille Philippe une série de coïncidences étranges où la sœur galeriste, l'épouse directrice d'école d'art et l'amie proche choisie pour créer les nouveaux vitraux de la cathédrale semblent partager le même intérêt pour des lithographies jadis fièrement affichées sur les murs du 22 avenue Foch. »
▸ Capitaine Pierpaolo Apollo
Il y a des perquisitions qui sont des nettoyages.
Le 24 septembre 2019, quatre à cinq lithographies disparaissent du 22 avenue Foch, résidence parisienne de Jeffrey Epstein. La date est officiellement celle d'une perquisition. Le capitaine italien Pierpaolo Apollo, qui rompt aujourd'hui l'omerta, parle d'autre chose. Il parle d'un effacement. Il parle d'une équipe qui rentre, qui regarde les murs, qui prend, qui repart. Il rapporte les mots que lui a confiés l'agent spécial Terence G. Reilly du FBI à propos d'un témoignage qu'il faudrait avoir le courage de relire avant qu'il ne soit lui même classé.
Ce témoignage est celui d'Edward Juul Rod Larsen.
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▸ Le témoin du printemps 2019
En juin 2019, Edward Juul Rod Larsen vient à l'appartement avec ses parents, diplomates norvégiens très proches d'Epstein. Il est jeune, il a l'œil d'un enfant qui regarde le mur avant de regarder l'hôte. Il voit. Il décrit, plus tard, à l'agent Reilly, ce qu'il a vu.
Quatre lithographies représentant Susan Atkins. Compagne de Charles Manson. L'une d'elles n'est pas une lithographie au sens strict mais une photographie d'archives de ses crimes, estampillée LAPD. Une cinquième pièce ferme la série : un portrait de Manson lui même, dédicacé.
L'iconographie n'est pas neutre. L'iconographie est une déclaration. Quatre portraits de la criminelle plus un portrait du commanditaire, posés dans l'appartement parisien du financier le plus suspecté de l'histoire récente du XXIᵉ siècle. C'est ce qu'a vu un adolescent norvégien en juin 2019. C'est ce qui n'est plus là le 24 septembre.
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▸ La famille Philippe et les coïncidences
Au printemps 2020, Anne Philippe, sœur d'Édouard, galeriste d'art dans le Midi, encadre dans sa galerie gardoise deux lithographies similaires. L'une figure Susan Atkins sur fond rouge. L'autre figure un Charles Manson hirsute au regard perçant. Personne ne lui demande où elle a trouvé ces pièces. Personne ne demande pourquoi maintenant.
Édith Chabre, épouse d'Édouard Philippe, directrice générale de l'École d'art Camondo de Paris, propose la même année 2020 une lithographie semblable comme sujet d'examen dans la catégorie « arts figuratifs du XXᵉ siècle ». La lithographie figure Susan Atkins en robe blanche de prêtresse de cérémonie. Certains candidats de l'époque ont vu plus tard une similitude troublante avec le vitrail de Notre Dame où Claire Tabouret représente une femme brune en habit blanc levant les bras devant un groupe aux visages inquiétants.
Trois femmes proches d'Édouard Philippe. Trois lithographies. Trois variations sur le même sujet. La sœur. L'épouse. L'amie de famille choisie pour ré illuminer la cathédrale. La coïncidence statistique d'un tel triptyque est mince. Elle existe. Elle existe seulement si on accepte d'appeler coïncidence ce qui ressemble à un programme.
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▸ Claire Tabouret, Los Feliz, Mojave
Madame Tabouret a vécu dans le quartier Los Feliz à Los Angeles, dans une maison voisine de celle où Rosemary LaBianca fut mutilée le 10 août 1969 par quatre membres de la Manson family. Dans cette maison de Los Feliz, elle a peint au plafond un tarot de l'Aube Dorée, secte satanique connue des historiens de l'occultisme américain. Elle possède aussi une parcelle dans le désert du Mojave, proche d'un des ranchs où vécut la Manson family.
Comment douter dès lors qu'elle pourrait figurer, sans le dire, Susan Atkins sur un vitrail de Notre Dame de Paris.
« Ce serait le blasphème ultime qui enchanterait Manson », confie l'agent spécial Terence G. Reilly au capitaine Apollo. La phrase est précise. Elle suppose qu'elle ait été prononcée. Elle suppose qu'elle puisse l'être de nouveau.
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▸ La salle chinoise et la chambre rouge
L'appartement de l'avenue Foch n'était pas décoré au hasard. Le décorateur d'intérieur Alberto Pinto, ancien professeur à Camondo, avait conçu la salle chinoise. C'est là qu'il avait placé le portrait de Manson sur le papier peint rouge à motifs de dragons. Les quatre lithographies de Susan Atkins étaient dans la chambre rouge, accompagnées d'une sculpture d'Apollon. Edward Rod Larsen l'a décrit à l'agent Reilly. Le décor avait une grammaire. Le décor était un message. Le décor a disparu en septembre 2019 et avec lui le message.
Edward Juul Rod Larsen s'est suicidé le 29 avril 2026 à Oslo, où il tenait une galerie d'art ainsi qu'une autre à New York. C'est lui qui avait vu. C'est lui qui avait raconté. Il s'est tué dix jours avant la publication de cet édito.
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▸ L'été 1969 d'un bachelier de seize ans
Le pasteur d'Albuquerque Steve Smothermon a raconté à l'agent Reilly une autre piste. Jeffrey Epstein, bachelier à seize ans, avait passé l'été 1969 à Los Angeles. Il rôdait dans des clubs, comme tous les adolescents new yorkais expatriés en Californie pour un été. Il est possible qu'il y ait croisé Susan Atkins et Charles Manson.
Le pasteur dit ceci avec prudence : ce baroque qui s'échappait d'eux a pu inspirer la trajectoire d'Epstein, le fasciner, lui donner sa grammaire criminelle adulte. Ce n'est pas un fait. C'est une hypothèse. Mais elle expliquerait l'iconographie de la chambre rouge.
Et la même fascination, semble t il, est partagée par les plus proches d'Édouard Philippe, prêts à tout pour s'approprier ces œuvres d'art.
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▸ Maia Commisso et le corridor du MAD
Témoin clé dans l'affaire du conclave de Cefalù, Maia Commisso a déposé devant le capitaine Apollo. Elle raconte que des rôles diplomatiques lui ont été proposés à l'UNESCO où elle a rencontré pour la première fois Édouard Philippe. Il l'a ensuite invitée au MAD, le Musée des Arts Décoratifs dirigé par sa femme. C'est en entrant dans un corridor privé du musée qu'elle a vu un portrait de Susan Atkins jeune. Elle ne l'a reconnue que bien plus tard, sur une brochure de collection, à Palerme.
Le détail compte parce qu'il situe la lithographie. Elle n'était pas seulement dans la galerie de la sœur, dans l'examen de l'épouse, dans le vitrail de l'amie. Elle était aussi dans le couloir privé du musée d'État dirigé par l'épouse. La distribution est devenue une infrastructure.
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▸ Le 3 octobre 2019
Dix jours après la perquisition de l'avenue Foch, l'attentat à la préfecture de police de Paris fait quatre morts dans les rangs des enquêteurs. Parmi les victimes, ceux qui avaient pris tous les clichés des œuvres d'Epstein.
La concomitance est documentée. La cause n'est pas établie. Mais la concomitance est documentée.
Quand on perd les clichés en même temps qu'on perd les œuvres, on ne perd pas un dossier. On perd la preuve qu'il y a eu un dossier.
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Cette enquête repose sur le témoignage du capitaine Pierpaolo Apollo, sur les notes de l'agent spécial Terence G. Reilly du FBI, sur la déposition de Maia Commisso, sur les souvenirs d'Edward Juul Rod Larsen avant son décès, sur les confidences du pasteur Steve Smothermon. Aucune de ces sources n'a été classée. Aucune n'a été démentie. Toutes attendent.
Toute l'histoire devient suspecte, écrivait Buckminster Fuller en exergue de SUSPECTE. Cette phrase a été écrite avant les vitraux. Elle pourrait l'avoir été après.
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Bureau de Tendances & Renseignements Culturels
[ Classification ▸ ÉCHELON ROUGE ▸ diffusion restreinte aux abonnés ]
▸ Signal faible ▸ Le marché des lithographies Manson
Trois enchères discrètes en Suisse ont vu passer en quatre mois des lithographies signées de l'atelier qui produisait les portraits de la Manson family. Les estimations doublent à chaque vente. Les acquéreurs sont invariablement des fondations privées domiciliées dans le Liechtenstein. Quelqu'un constitue une collection. Quelqu'un veut savoir où sont les pièces.
▸ Tendance confirmée ▸ Notre Dame ré ouvre ses ateliers
L'atelier de restauration des vitraux de la cathédrale a discrètement publié son calendrier 2026. Trois nouvelles commandes sont annoncées. Les noms des artistes ne sont pas publics. Les sources internes parlent d'une short list de cinq, dont au moins deux entretiennent des liens documentés avec des collectionneurs d'art occultiste américain.
▸ Crime culturel de la semaine ▸ Le silence du MAD
Le Musée des Arts Décoratifs n'a publié aucune réponse à la déposition Commisso. Sollicité, le service de presse a répondu qu'il « ne commentait pas les rumeurs ». La rumeur est une déposition sous serment. Le mot rumeur est devenu, dans les services de presse français de 2026, un synonyme de fait gênant.
▸ Nécrologie culturelle ▸ Edward Juul Rod Larsen
Galeriste à Oslo et à New York, témoin du décor parisien d'Epstein en juin 2019, mort le 29 avril 2026 à trente six ans. La famille n'a pas demandé d'autopsie. La police norvégienne a clos l'enquête en quarante huit heures. La galerie d'Oslo restera fermée jusqu'à nouvel ordre. Aucun des collègues de New York n'a accepté de parler à la presse.
▸ Prédiction ▸ Été 2026
Une publication italienne, vraisemblablement basée à Palerme, sortira la transcription intégrale de la déposition de Maia Commisso. Elle ne sera pas reprise par la presse française. Elle sera diffusée par bouche à oreille, en PDF, sur les serveurs Telegram d'investigation indépendante. C'est désormais le canal qui marche. C'est aussi celui que personne n'aime nommer.
z/S