Toutes les histoires d’amour sont des questions sans réponse : où commence l’indifférence ? CDD ou CDI ? Comment se dire adieu ? Quel rapport entre le yéti et le point G ? Est-ce que ronfler, c’est tromper ? Deux garçons, une fille, combien de possibilités ? Sur fond d’Internet et de chansons populaires, Le Saut du requin explore le fonctionnement d’un couple moderne perdu entre non-dits et pas chassé. Bref, ceci n’est pas une comédie romantique, mais ça y ressemble.

Prologue
Internet n’avait rien arrangé. L’amour – si tant
est que ce truc ait un jour existé – était devenu
un jeu de hasard dont on avait perdu le mode
d’emploi. Sans foi. Ni loi. On y jouait en ligne,
à tâtons, à plusieurs, sans réfléchir, vaille que
vaille, pour un résultat chaque jour un peu plus
incertain.
Auraient-ils été plus heureux s’ils avaient su s’y
prendre ? Pas sûr. Peut-être. Qui sait. Au moins
se seraient-ils vus plus souvent, avec projets et
vacances à la clé.
Au bout d’un an, sans doute auraient-ils fait
le tour du monde, se seraient dit je t’aime : avec
les mains, du bout des lèvres, en dothraki. Ils se
seraient suivis sur Twitter, auraient été amis sur
Facebook, se seraient dit « I like », « #FF », avec
ou sans commentaires, auraient échangé des liens,
des poke, des gifs, des charmes ; peut-être même se
seraient-ils permis les smileys en ps.
Il ne se serait pas détagué des photos de crainte
que son nom soit associé au sien. Elle aurait connu
ses parents, lui aurait parlé de son enfance, ses
traumas, ses envies. Ils se seraient présenté leurs
amis, auraient fait des soirées – chez les uns, chez
les autres ; auraient osé ces platitudes dont certains
font des chansons comme « Besoin de rien, envie
de toi », « Donne-moi ton corps baby » ou « Pense
à moi ».
Leur bonheur n’aurait tenu à rien : un sourire, un
post-it, un parfum ; peut-être même aurait-il tenu
sur un plateau-repas. La date de leurs anniversaires
et leurs couleurs préférées auraient relevé de l’évi-
dence – non de la question subsidiaire.
Ils ne se seraient pas regardés par défaut, encore
moins de travers. Ils auraient eu un compte en
commun, un statut, une salle de bains ; pourquoi
pas des enfants, tiens. Ils auraient regardé dans la
même direction sans que lui soit tenté de laisser
traîner son regard, si ce n’est plus, sur les fesses
des filles alentour. Il n’aurait pas essayé de lui faire
avaler des couleuvres, elle n’aurait pas eu de scène à
lui faire. Ils auraient mangé face à face, dormi côte
à côte, vécu sous le même toit ; ils n’auraient plus
été contraints de s’envoyer des textos dans la nuit
pour demander « Tu fais quoi ? »
Ils auraient eu ce qu’il convient d’appeler une vie
de couple. Reconnue d’utilité publique. Avec ses hauts,
ses bas, sans le besoin d’aller voir ailleurs
pour se prouver quoi que ce soit.
Ils auraient été ensemble.
(C’est tout.)
Romain Monnery // Le Saut du Requin // Editions Au Diable Vauvert.
Partager cet article
Écrit par
Zoé de Sagan
Rejoindre la conversation
D’Ernest Hemingway à Anne Frank: des milliers de livres censurées en Amérique
Ils ont rallumé les flammes, mais sans le panache des sorcières d’antan. 4.239 livres crevés, jetés au ban des écoles US, comme des carcasses qu’on laisse pourrir sous le soleil texan. PEN America a compté, et ça fait 10.046 coups de hache dans le papier, de
L’ancien Prix de Flore 2011 condamné à de la prison pour un « resto basket »
Écrivain-poète à la précocité remarquable, ancienne gloire littéraire du début des années 2010, Marien Defalvard fait aujourd’hui parler la chronique judiciaire pour des faits de toute petite criminalité. Il lui est en effet reproché d’être parti sans payer d’un restaurant orléanais, laissant derrière lui une note de
« Scandale », le nouveau roman de Schiappa est pire que le braquage du Fonds Marianne
Qui arrêtera la plume de Marlène Schiappa ? L’ancienne ministre sort courant mai un roman de « new romance » intitulé « Scandale » aux éditions Fayard. Et le résumé rappelle les grandes heures de « Marie Minelli ». Et si la réelle passion des ministres d’Emmanuel Macron n’était pas la politique, mais l’