Pourquoi lui ?
Joann Sfar réussit ce que Woody Allen et Jean-Jacques Rousseau n’ont réussi qu’à effleurer : être totalement honnête en parlant de soi. Le livre est quasiment conçu comme une logorrhée. Rarement on a pu suivre d’aussi près le cheminement d’une pensée. Appuyé par les dessins enfantins et souvent allégoriques de Sfar, ce chemin prend la forme même de la pensée.
Il faut lire cet ouvrage avec le respect dû à un homme qui ouvre son cœur. Mais aussi avec légèreté, parce qu’après tout il ne s’agit que d’un homme. Nous sommes tous les Sisyphe de nos vies. Nous pensons tous être Atlas. Joann Sfar l’assume. Dans un élan très judaïque diront certains. Très humain, dirions-nous.
Où le lire ?
Dans la salle d’attente de votre psy.
Incipit.
Ça fait longtemps que je repousse.
Le passage à retenir par coeur.
-Vous racontez beaucoup, monsieur Sfar, mais vous parlez peu.
-Quelle est la différence ?
-Quand on parle on ne s’oblige ni à être juste ni à dire la vérité. Quand on parle, on ignore quel mot viendra après.
À qui l’offrir ?
Si on osait, on dirait à Joann Sfar lui-même. Sinon, à tous vos potes qui ne parlent que d’eux. Mais attention, ça ne les fera pas arrêter. Au contraire.

Si j’étais une femme je m’épouserais, Joann Sfar, éd. Marabout, 342 p., 19,90 €
Partager cet article
Écrit par
La rédaction
Rejoindre la conversation
Rick Perlstein, le prophète qu’on aurait dû écouter
De Barry Goldwater à Ronald Reagan, en passant par Richard Nixon, l’historien américain a décrypté depuis vingt ans la mécanique infernale du conservatisme moderne : une machine à exploiter les peurs, à transformer la rancœur en vote et à renaître plus forte après chaque défaite.
Les écrivains en prison ou l'histoire d'une persécution ininterrompue
Depuis François Villon condamné au bannissement jusqu’à Zoé Sagan traînée en justice et bannie des librairies pour avoir osé critiquer le pouvoir en place, une constante traverse l’histoire française : les puissants n’ont jamais supporté que des mots les mettent en cause.
George Saunders veille sur nos âmes en péril
Avec Vigil, son deuxième roman, George Saunders nous entraîne une fois encore dans l’entre-deux-mondes, au chevet d’un magnat du pétrole agonisant. Entre fantômes bienveillants et bilan implacable, l’auteur signe une méditation sur la rédemption possible, même pour les plus coupables d’entre nous.