Pourquoi elle ?
Parce qu’elle est plus que l’auteur de La Vie sexuelle de Catherine M. Parce qu’elle a écrit un livre unique sur l’enfance. Comme si Michel Butor avait réécrit Les Confessions en imitant le style de l’Étranger. Parce qu’un adulte qui parle de son enfance sans s’en servir pour justifier ce qu’il est devenu, ça donne une dissection atemporelle et amorale.
Parce que l’existence ne s’écrit pas comme un roman, la cohérence n’est construite que par le souvenir.
Où le lire ?
Chez le psy. Il vous croira guéri. Ou dans un jardin d’enfant, parce que rarement livre a été écrit sans béatifier l’enfant.
Le passage à retenir par cœur ?
« L’enfance est heureuse, car la spéculation mentale n’y rencontre pas de contradiction. C’est parvenu à l’âge adulte que nous nous croyons contraint à faire preuve d’une cohérence qui impose de renoncer à certaines aspirations et à certains désirs, sous prétexte qu’ils seraient incompatibles avec d’autres que nous exprimons. Or, nous nous sommes tous fabriqués au hasard des vents qui apportent et emportent pêle-mêle ce qui se trouve sur leur passage, si bien que de devoir choisir et d’être tiraillé entre les pôles naissent des souffrances sans fin. Mais la cohérence n’est pas une vertu en soi, elle n’est qu’une commodité sociale qui bride la plupart des vies multiples dont nous portons en nous le potentiel, et ceux à qui l’on reproche d’avoir une double, voire une triple vie, sont certainement plus fidèles à eux-mêmes, si tant est que cette notion soit aussi une valeur, que ceux qui revendiquent la rectitude de leur conduite ».
À qui l’offrir ?
À personne. On n’offre pas son journal intime.


« Une enfance de rêve », Catherine Millet, Flammarion 2014, 284p., 19,50 €.
Partager cet article
Écrit par
Rejoindre la conversation
D’Ernest Hemingway à Anne Frank: des milliers de livres censurées en Amérique
Ils ont rallumé les flammes, mais sans le panache des sorcières d’antan. 4.239 livres crevés, jetés au ban des écoles US, comme des carcasses qu’on laisse pourrir sous le soleil texan. PEN America a compté, et ça fait 10.046 coups de hache dans le papier, de
L’ancien Prix de Flore 2011 condamné à de la prison pour un « resto basket »
Écrivain-poète à la précocité remarquable, ancienne gloire littéraire du début des années 2010, Marien Defalvard fait aujourd’hui parler la chronique judiciaire pour des faits de toute petite criminalité. Il lui est en effet reproché d’être parti sans payer d’un restaurant orléanais, laissant derrière lui une note de
« Scandale », le nouveau roman de Schiappa est pire que le braquage du Fonds Marianne
Qui arrêtera la plume de Marlène Schiappa ? L’ancienne ministre sort courant mai un roman de « new romance » intitulé « Scandale » aux éditions Fayard. Et le résumé rappelle les grandes heures de « Marie Minelli ». Et si la réelle passion des ministres d’Emmanuel Macron n’était pas la politique, mais l’