Pourquoi lui ?
Parce que si vous avez aimé Rimbaud ne serait-ce qu’une seule fois dans votre vie, vous retrouverez ici cette petite musique inoubliable que tout « Rimbaldien » reconnaitrait en une seconde. Parce qu’à votre tour en lisant cette interprétation autobiographique des mots de Rimbaud vous retrouverez, fatalement, votre propre roman.
Parce qu’après François Bon, François Begaudeau, Yves Michaud et Pierre Jourde, c’est au tour de Philippe Forest de s’attaquer à un nouvel abécédaire (dans l’excellente collection Vingt-six chez Grasset dirigé par la lumineuse Jeanne Garcin).
Où le lire ?
Au fond d’une bibliothèque, assis par terre, le dos contre des livres.
Incipit ?
Un jour, j’ai su lire.
Le passage à retenir ?
« Au commencement était la curiosité. Elle nous met au monde, elle nous maintiens en vie. Par curiosité, j’ai appris à lire. Si j’y réfléchis : c’était certainement par une curiosité de quelque chose qui ne se trouvait pas dans les livres et que pourtant j’ai d’abord cherché en eux. De la curiosité elle-même, j’étais curieux me demandant d’où elle tirait sa puissance, quel était son objet,dès lors qu’il était vite évident qu’il n’y aurait jamais moyen de la satisfaire vraiment. A cette question, sinon à toutes les autres, une réponse existe, je crois. Freud l’a donnée, qui a raison au moins sur ce point – et d’ailleurs beaucoup d’autres aussi- lorsqu’il dit que toute curiosité est d’essence sexuelle. On ne s’intéresse à la science et à la philosophie, à l’art et à littérature que pour poursuivre de ce côté, sous une forme plus prestigieuse et plus présentable aux yeux du monde, l’enquête moins avouable dans laquelle on s’est engagé enfant et qui concerne le corps sexué des êtres. »
A qui l’offrir ?
A tous ceux qui n’osent pas. Aux âmes sans volonté, à ceux qui souhaitent s’écrire sans égo.

Une fatalité du bonheur, Philippe Forest, Grasset Collection vingt-six, 170 pages, 18€.
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