Vous regardez la FIN
Juillet 2019. Ou plutôt fin juin, ce moment précis où tout bascule sans que personne ne s’en rende vraiment compte. Vous regardez la FIN, mais vous pensez que c’est encore le spectacle.
Juillet 2019. Ou plutôt fin juin, ce moment précis où tout bascule sans que personne ne s’en rende vraiment compte. Vous regardez la FIN, mais vous pensez que c’est encore le spectacle.
Le grand show continue, les flashs crépitent, les valorisations explosent, les rétrospectives s’ouvrent comme des mausolées prématurés. Et pourtant, c’est déjà terminé.
Regardez bien.

À Beverly Hills, Louis Vuitton ouvre « Louis Vuitton X », une exposition rétrospective qui étale 160 ans de collaborations artistiques, du passé glorieux aux drops Supreme, comme si la maison sentait le besoin de faire le bilan avant de refermer le livre. Neuf salles immersives, des archives, des pièces iconiques : c’est beau, c’est grandiose, c’est un adieu déguisé en célébration.




À Chicago, le Museum of Contemporary Art consacre une exposition monographique à Virgil Abloh, « Figures of Speech ». Un designer vivant, 38 ans, qui reçoit déjà le traitement réservé aux légendes disparues. Rétrospective. Le mot est là, lourd. Comme si l’histoire avait déjà décidé que le pic était atteint.

À Detroit, StockX dépasse le milliard de dollars de valorisation. Le marché secondaire des sneakers, des sacs, du hype tout entier, touche le plafond. Ce n’est plus une plateforme, c’est un empire. Et quand un empire atteint ce chiffre en trois ans, il ne reste souvent plus beaucoup de marge pour monter.
À Cupertino, Jony Ive annonce son départ d’Apple après presque trente ans. L’homme qui a dessiné l’iMac, l’iPhone, l’iPad, qui a façonné l’esthétique du XXIe siècle naissant, s’en va créer LoveFrom. Apple sera client, dit-on. Mais tout le monde comprend : une page se tourne. L’ère des objets-désir absolus, des lancements messianiques, s’achève doucement.

Et au milieu de tout ça, Karlie Kloss et Joshua Kushner célèbrent leur mariage avec une fête cowboy géante dans le Wyoming. Les élites se déguisent en pionniers, rient fort, posent pour les magazines. C’est l’été 2019, l’apogée du glamour 2.0, de l’influence, du mélange des mondes.
Même la géopolitique s’en mêle : Trump et Poutine, au G20 d’Osaka, plaisantent sur l’ingérence électorale devant les caméras. « Don’t meddle in the election, please », lance Trump en riant. Le sérieux du monde semble lui aussi avoir atteint son point de non-retour.
Tout converge. Tout culmine. Tout s’arrête.
TOUT S’EST PASSÉ.

Le cycle du hype, des collaborations folles, des drops à minuit, des files d’attente virtuelles, des valorisations folles, des designers devenus demi-dieux, des objets transformés en religion : il a atteint son apothéose en juin 2019. Ce n’était pas un début. C’était la fin.
Et maintenant ?
NEXT.
LA PLEINE CONSCIENCE.
Ce qui vient après le grand spectacle, ce n’est pas un autre spectacle plus grand. C’est le silence. La présence. Le retour à l’essentiel. Loin des écrans, des valorisations, des rétrospectives prématurées. Loin du bruit.
Vous regardiez la FIN.
Il est temps de commencer à vivre.