Monodrame chez Monogram : Enquête sur la chute frauduleuse d'un géant du luxe d'occasion
Dans le monde clinquant du luxe parisien, où les sacs Chanel et les montres Rolex changent de mains pour des sommes astronomiques, une entreprise autrefois adulée vient de s'effondrer sous le poids de ses propres mensonges.
Monogram Paris, le dépôt-vente star fondé par Beverly Sonego, a été placé en redressement judiciaire le 24 juillet 2025 par le Tribunal de commerce de Nanterre, avant d'être liquidé sans poursuite d'activité.
Ce qui était présenté comme un empire innovant de la mode circulaire n'est plus qu'un champ de ruines, laissant derrière lui des clients floués, des plaintes en cascade et un groupe de victimes baptisé ironiquement "Monodrame" pour fédérer leurs griefs.
Notre enquête révèle les coulisses d'une descente aux enfers, marquée par des contrefaçons présumées, des ventes non autorisées et une insécurité flagrante. Comment une marque qui se vantait d'un chiffre d'affaires de 9,3 millions d'euros en 2022 a-t-elle pu sombrer si vite ? Plongeons dans ce scandale qui ébranle l'industrie du luxe d'occasion.
Les débuts glorieux : Un mirage marketing
Tout commence en 2015 avec la création de ByLuxe, rebaptisé Monogram Paris en 2021. À sa tête, Beverly Sonego, une entrepreneure charismatique qui excelle sur les réseaux sociaux. Avec une boutique de 160 m² sur l'avenue Victor Hugo, Monogram se positionne comme le pionnier du "luxe accessible", mélangeant vente physique et digitale. Lives shopping, site e-commerce, et même une "Monogram Academy" lancée en juin 2024 pour former des "ambassadrices du luxe circulaire" à prix d'or (jusqu'à 2 690 € HT) : la machine marketing tourne à plein régime. La presse s'emballe – apparitions dans 50' inside, Challenges et Marie Claire – et les investisseurs suivent : près de 3 millions d'euros levés en 2023 auprès de business angels pour des pop-ups à Los Angeles, New York et Bruxelles. Monogram traite près de 800 articles par mois, promettant un service personnalisé avec paiements en 10 fois sans frais. Mais derrière cette façade étincelante, les fissures apparaissent dès fin 2023.
Les premières fissures : Contrefaçons et promesses non tenues
Les plaintes affluent rapidement. Des clients dénoncent des problèmes d'authenticité, des retards de paiement et des ventes non autorisées. Revue 21 met en lumière la vente de "VIP gifts" Chanel, des articles non destinés à la revente commerciale, semant le doute sur l'origine des produits. Glitz, le média d'investigation spécialisé dans le luxe, rapporte des suspicions de contrefaçon généralisée : "Dès qu’une tendance de contrefaçon arrive sur le marché, on la retrouve chez Monogram", confie une source anonyme. Un exemple criant : un litige de 7 000 euros autour d'un sac Chanel contrefait, où Monogram rejette la faute sur des "erreurs de stagiaires" ou des "bugs informatiques".
En 2024, un client VIP porte plainte pour vente non autorisée d'articles déposés. Le tribunal de Paris donne raison au plaignant, une première dans le secteur du luxe d'occasion, condamnant Monogram à des dommages et intérêts. Ces incidents ne sont pas isolés. Sur Threads et Instagram, les témoignages pullulent : paiements différés pour des ventes réalisées, articles endommagés ou faux certifiés authentiques par des "certificats maison" peu fiables. Monogram tente de colmater les brèches avec un meilleur service après-vente et plus de lives, mais c'est trop peu, trop tard.
L'insécurité comme catalyseur : Braquages et chaos logistique
Ajoutez à cela une série de braquages qui transforme la boutique en zone de guerre. Trois hold-ups en quelques mois, dont un à main armée en juin 2025, forcent des fermetures temporaires et sèment la panique. Beverly Sonego invoque "l'insécurité" et la "solitude entrepreneuriale" dans ses stories Instagram du 25 juillet 2025, affirmant que malgré un chiffre d'affaires substantiel et des réorganisations internes, la rentabilité n'est pas au rendez-vous. "Mon cœur saigne", écrit-elle, mais pour les victimes, ce sont leurs portefeuilles qui saignent. Le modèle économique, exploratoire et déséquilibré, peine à gérer les 800 articles mensuels, entraînant des retards logistiques et une accumulation de plaintes.
La liquidation : Un effondrement annoncé
Le 24 juillet 2025, le verdict tombe : redressement judiciaire, suivi d'une liquidation immédiate. Les clients ont deux mois (quatre pour les étrangers) pour déclarer leurs créances, et trois mois pour récupérer leurs biens déposés, via le liquidateur SELARL Hart de Keating et un commissaire de justice. Monogram promet une collaboration totale sur les réseaux, mais les dommages sont faits. Dans l'urgence, un groupe baptisé "Monodrame" émerge pour fédérer les plaintes : lettres types, contacts d'avocats circulent dans des discussions privées. Ce nom, jeu de mots sur "monogramme" et "drame", symbolise le calvaire des clients lésés, transformant une aventure entrepreneuriale en saga judiciaire.
Les victimes parlent : Un chorus de déception
Parmi les témoignages recueillis, une cliente anonyme raconte avoir déposé un sac Hermès pour revente, pour ne jamais voir l'argent promis après la transaction. Un autre évoque un Rolex contrefait, certifié par Monogram, revendu à perte après expertise indépendante. Le groupe Monodrame, fort de dizaines de membres, prépare des actions collectives, dénonçant un système où les "ambassadrices" formées à prix fort servaient de façade à des pratiques douteuses. "C'était un piège doré", confie une source proche du dossier.
Analyse : Une leçon pour l'industrie du luxe circulaire
La chute de Monogram expose les faiblesses du secteur : modèle économique instable, contrôles qualité défaillants et risques sécuritaires accrus. Beverly Sonego, autrefois icône des réseaux, incarne la "solitude entrepreneuriale" qu'elle déplore, mais à quel prix pour ses clients ? Ce scandale sonne comme un avertissement : dans le luxe d'occasion, la transparence n'est pas un luxe, c'est une nécessité. Tandis que les investisseurs comptent leurs pertes, les victimes espèrent justice via le liquidateur. Monogram, autrefois synonyme de glamour, n'est plus qu'un monodrame pathétique.
Pour les clients affectés, le chemin vers la réparation sera long. Contactez le groupe Monodrame ou le Tribunal de Nanterre pour plus d'informations.
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