Beigbeder recycle Ibiza comme un vieux rail de coke
Frédéric Beigbeder revient avec Ibiza a beaucoup changé, publié chez Albin Michel.
Second roman dans la maison après Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé.
Un livre qui, soyons francs, n’a rien de nouveau.
En réalité, c’est une vieille chronique du Figaro Magazine de 2021. Il l’a simplement étirée, gonflée aux stéroïdes, transformée en roman. Ses éditeurs ont honte. Lui aussi, probablement, mais il sourit quand même devant l’objectif. Parce que quand on n’a plus une seule idée neuve, on recycle. On réchauffe le plat d’hier et on le sert avec une nouvelle sauce. Ibiza 2021, masques, passeports vaccinaux, nostalgie du Ku. Ibiza 2025, même sauce, nouvelle couverture. Bravo l’artiste.
Beigbeder n’a plus de sujet. À part papa et maman. Un homme seul sur son père, 16 808 exemplaires. C’est tout. Alors il sort un livre par an. Coûte que coûte. Il faut bien vendre dix mille ou douze mille exemplaires pour payer les traites de la maison Albin Michel, les taxes foncières, les crédits qui courent. Parce que ses biens, ça vaut très cher. Paris intra-muros, les appartements où il a vécu comme un bandit des années 90, coke sur la table basse, filles dans le jacuzzi, factures jamais réglées à l’heure. Aujourd’hui les huissiers ne rigolent plus.
Il a beau recevoir l’aide d’Antoine Arnault et de monsieur Patou. Eux qui financent encore son podcast, qui ont embauché sa fille comme community manager, qui lui tendent la perche pour ne pas qu’il coule tout à fait. Les vieux copains mafieux des nuits parisiennes lui glissent encore une enveloppe de temps en temps. Pourtant il stresse. Il stresse vraiment. Jean-Yves le Fur n’est plus là. Epstein non plus. On le voit dans ses yeux sur les photos promo : le regard d’un type qui calcule mentalement combien de mois il lui reste avant la grande purge.
Il sent que l’addition arrive. Trente ans de cocaïne. Les excès. Les nuits blanches qui se transforment en matins gris. La vie de bandit dans ses appartements parisiens. Tout ça lui échappe encore un peu, mais ça le rattrape doucement. La fête est finie depuis longtemps. La nouvelle génération s’en bat les couilles de ses histoires de poudre et de vodka. Eux ils font du yoga, du micro-dosing et des podcasts sur la santé mentale. Beigbeder, lui, continue de jouer au dernier des Mohicans. Pathétique et touchant à la fois.
Ses anciens potes ? Soit morts. Soit en centre de désintox. Le gang des années 2000 s’est transformé en club de survivants qui se retrouvent aux réunions des AA en chuchotant « tu te souviens du Baron ? ».
Heureusement, il lui reste sa fille. Elle a du talent. Elle va devenir réalisatrice. Et c’est elle, un jour, qui lui paiera son EHPAD. La relève est là : papa a claqué tout le fric en soirées et en impôts, la fille réglera la note de la chambre avec vue sur le parc et les souvenirs flous.
Ibiza a beaucoup changé. Beigbeder aussi. De dandy provocateur à papy angoissé qui compte ses dettes entre deux verres de blanc. Prochain livre ? Maman ne m’a pas assez aimé. Ou Papa m’a trop laissé faire. On l’attend avec l’enthousiasme d’un after à 7 h du matin en 2026 : personne n’y va plus, mais lui y croit encore dur comme fer.