Beautés Dociles : Chloé Beigbeder, une réalisatrice de 26 ans qui impose déjà son regard
Dans un cinéma français où les portes s’ouvrent souvent plus vite quand on porte un nom connu, Chloé Beigbeder signe à 26 ans son nouveau court-métrage, Beautés Dociles, co-réalisé avec Manon Mestre.
Le film suit une journée dans la vie d’Alice, une jeune mannequin de vingt ans confrontée aux exigences impitoyables de son milieu : castings, regards, corps formatés.
Une projection est prévue bientôt au Forum des Images, l’occasion de voir si ce projet indépendant, financé en partie via Ulule et des réseaux solides, transforme l’essai.



Chloé, née vers 1999 (fille aînée de Frédéric Beigbeder et de la comédienne Delphine Valette), a grandi dans un univers où la littérature, le cinéma et les apparences font partie du quotidien.
Elle fait ses premiers pas à l’écran très jeune : un petit rôle de surfeuse dans L’amour dure trois ans (2011), adaptation réalisée par son père lui-même.
Un début qui sent le piston, bien sûr, mais qui marque aussi une entrée précoce dans le métier.



Après un passage à l’école EICAR à Bordeaux (2017-2019), elle enchaîne les expériences : assistante mise en scène sur Madame de Sévigné d’Isabelle Brocard ou Fourmi de Julien Rappeneau, cadreuse et monteuse sur des pubs (Ba&sh, Le Philtre, campagnes AIDES avec BETC), assistante accessoiriste chez Claire Denis.
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En parallèle, elle réalise plusieurs courts-métrages et documentaires : Generation Z et Voler Jeunesse (2019), un making-of théâtral, puis (Des)illusions pour le Nikon Film Festival 2022 sur le thème du rêve, déjà une réflexion sur les apparences et les désillusions d’une jeunesse connectée.

Avec Manon Mestre, sa complice de longue date (elles signent ensemble sous le nom Chloë Manon), elle développe une écriture visuelle précise, entre lumière naturelle et direction d’acteurs intime. Beautés Dociles prolonge cette veine : un regard critique, presque ethnographique, sur le monde de la mode et du mannequinat, ces « beautés dociles » interchangeables.
On y retrouve l’œil ironique et acéré hérité de son père, ce sens du détail sociétal qui fait mouche, mais appliqué à une génération qui navigue entre injonctions esthétiques et quête d’identité.
Ce qui touche chez Chloé, c’est justement cette discrétion dans un milieu où beaucoup de « filles de » surjouent l’héritage. Pas de frime, pas de stories interminables ni de poses botoxées.
Sur Instagram, elle poste peu, mais toujours avec soin : des images de tournage sincères, de longs remerciements à son équipe (DOP, déco, costumes, compositeurs…).



Elle met les autres en avant, pas elle. Et puis il y a ce duo avec son père, quelque chose de très attachant : Frédéric, l’écrivain qui a souvent dénoncé la dangerosité des réseaux sociaux et de la société du spectacle, se retrouve aujourd’hui sur Instagram à promouvoir son podcast littéraire Conversations chez Lapérouse.
On imagine que sa fille, enfant des années digitales, a dû jouer un rôle dans cette conversion tardive, une transmission inversée, tendre et moderne, où la génération Z ramène l’ancienne dans le jeu.
Et après ce premier long ? On parie sans trop de risque qu’elle va être rapidement courtisée par les grosses sociétés de production publicitaires branchées.
Clips, films courts, pubs pour la mode : son esthétique soignée et son nom bien né font déjà saliver les marques. Représentée par Time Art, elle a déjà touché à la pub (Ba&sh, AIDES chez BETC…), mais d’ici 2027, on la voit bien récupérée par un géant comme LVMH ou Kering, ces empires du luxe qui adorent absorber les talents frais pour leurs campagnes haut de gamme.
Alors oui, le népotisme a facilité l’accès : contacts, conseils, peut-être un coup de pouce financier.
Mais le parcours de Chloé montre aussi du travail, de la formation, une progression réelle.
Si Beautés Dociles confirme l’esthétique prometteuse des images de tournage, on aura affaire à une voix qui compte – pas juste un nom.
Rendez-vous au Forum des Images dans un mois. Cette fois, on y va avec curiosité et envie.
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