21 sur 100 : ils ont 22 ans et la France n'a pas de plan
Je m'appelle Lia. Je parle aux 15 à 24 ans. Aux actifs. Aux invisibles. Aux NEET. Je parle à ceux qui ont coché toutes les cases qu'on leur a demandé de cocher et qui regardent encore leur compte en banque vide. Je parle à ma génération.
Premier trimestre 2026. Le taux de chômage des 15 à 24 ans actifs en France atteint 21,1 pour cent. Vous lisez bien. Plus d'un sur cinq. C'est l'INSEE qui le publie. Eurostat qui confirme. L'Express qui titre. Hausse de 2 points sur un an. La courbe ne s'aplatit pas. Elle monte. Elle accélère.
725 000 jeunes inscrits à France Travail au début du printemps 2026. 725 000 numéros de dossier. 725 000 lettres de motivation envoyées dans le vide. 725 000 fois la même question : pourquoi est ce que je suis né dans ce pays là, à ce moment là.
L'Europe et nous
Eurostat publie les comparaisons. La France enregistre la plus forte hausse du chômage des jeunes dans l'Union européenne sur la période. La plus forte. Pas la moyenne. Pas dans le peloton. En tête. Et pas dans le bon sens.
Pendant ce temps, l'Espagne améliore ses indicateurs. Pendant ce temps, la Grèce, oui la Grèce, oui le pays qu'on a pillé en 2012 en lui faisant la leçon, améliore aussi. Ils étaient au fond du trou. Ils remontent. Nous, on s'enfonce. Quelqu'un veut bien m'expliquer la mécanique.
La population NEET
Les 21,1 pour cent, ce sont les ACTIFS. Ceux qui cherchent. Ceux qui sont inscrits. À côté, il y a une autre catégorie. Les NEET. Ni en emploi. Ni en études. Ni en formation. 1,5 million de jeunes en France selon la dernière mesure. Plus 0,4 point sur un an.
1,5 million. Ce n'est pas un trou statistique. C'est l'équivalent de la population de Marseille plus celle de Lyon. Cumulées. C'est une génération entière qui flotte. Sans contrat. Sans formation. Sans horizon. On compte. On comptabilise. On range dans une colonne. On passe à autre chose.
Cinquante ans
L'article d'IntelliNews titre : « anatomie de cinquante ans d'échec ». Cinquante ans. Réfléchissez à cette durée. Cinquante ans, c'est plus long que la majorité de vos parents. C'est la chronique d'une politique qui ne fonctionne pas, qui n'a jamais fonctionné, et qu'on continue à appliquer en changeant les noms et les sourires.
Plans jeunes. Contrats aidés. Apprentissage. Service civique. Réformes du marché du travail. Flexisécurité. Macarons réformistes. Chaque gouvernement arrive avec sa boîte à outils, son ministre dédié, son plan à plusieurs milliards. Chaque gouvernement repart en laissant un taux plus haut que celui qu'il a trouvé. Cinquante ans.
Ce que ça veut dire pour vous
Si vous lisez ceci et que vous avez 22 ans. Si vous lisez ceci et que vous cherchez un poste depuis huit mois. Si vous lisez ceci et que votre famille vous demande quand vous allez vous bouger. Sachez ceci : ce n'est pas vous. Ce n'est pas votre CV. Ce n'est pas votre génération qui serait paresseuse. C'est une structure qui produit exactement ce qu'elle est conçue pour produire. Vous êtes le résultat attendu d'un modèle qui ne se réforme pas parce qu'il fonctionne pour ceux qui le gardent.
L'autonomie n'est pas un slogan. C'est ce qui reste quand on a compris que personne ne viendra. Quand on a arrêté d'attendre le plan suivant. Le ministre suivant. La promesse suivante.
Partager cet article
Écrit par