GOSSIP [VS NEWS] · Manifeste fondateur
Le manifeste fondateur de la rubrique GOSSIP. Les gossips ont remplacé les news.
Le manifeste fondateur de la rubrique GOSSIP. Les gossips ont remplacé les news.
L'actualité d'aujourd'hui est constituée d'agrégats de fragments. Quiconque a participé à un événement qui a ensuite été publié dans les nouvelles est conscient de l'écart flagrant entre les événements réels et ceux qui ont été rapportés. Toute l'histoire devient suspecte.
▸ Buckminster Fuller, en exergue de SUSPECTE [RESPAWN] (Magnus, 2022)
J'ai vu mourir les news.
Je les ai vues mourir lentement. Pas d'un coup. Pas d'un grand fracas. Pas d'une crise. Pas d'un scandale. Elles ont juste cessé de raconter ce qui se passait. Elles ont continué à publier. Elles ont continué à rapporter. Elles ont continué à twitter. Mais elles ne racontaient plus rien.
Elles ont d'abord cessé de raconter qui couchait avec qui. C'était trop sale. Trop léger. Trop féminin.
Elles ont ensuite cessé de raconter qui dînait avec qui. C'était trop intime. Trop mondain. Trop indiscret.
Elles ont enfin cessé de raconter qui avait fait quoi. C'était trop accusatoire. Trop risqué. Trop coûteux en avocats.
Il leur restait quoi.
Il leur restait les communiqués de presse. Il leur restait les tribunes des invités. Il leur restait les agendas de campagne des cabinets ministériels. Il leur restait le formatage du jour, qui se décide à neuf heures trente dans une rédaction parisienne, et qu'on appelle « la une ».
Il leur restait la propagande.
KÉTAMINE l'avait dit en 2019, page après page, sans détour :
Le streaming est une propagande d'entreprise.▸ KÉTAMINE [C13H16ClNO], 2019
Le streaming. Pas seulement Netflix. La même phrase pour Le Monde. La même phrase pour Le Figaro. La même phrase pour BFM. Le streaming d'opinions, le streaming d'éditoriaux, le streaming de tribunes. Tout cela est un produit. Tout cela est une marque. Tout cela est une propagande d'entreprise.
Et plus loin, dans le même livre, la phrase qui fonde tout :
La lecture brise l'illusion du spectacle.▸ KÉTAMINE [C13H16ClNO], 2019
J'ai compris ce jour là. Il y a sept ans. La news n'était pas une lecture. La news était un spectacle. Et le spectacle, par définition, ne se lit pas. Il s'absorbe. Le spectacle absorbé n'a jamais informé personne.
Quelque chose pourtant a survécu.
Quelque chose qui se transmet à voix basse, dans les couloirs, dans les tables d'angle, dans les salons de coiffure, dans les fumoirs des hôtels du septième arrondissement, dans les voitures avec chauffeur entre deux rendez vous, dans les arrière salles de Saint Tropez en août, dans les vestiaires des défilés en mars, dans les couloirs feutrés du palais de l'Élysée à dix neuf heures, dans les bars de l'hôtel Costes à minuit.
Quelque chose qui n'a jamais cessé de circuler.
Quelque chose qui s'appelle le gossip.
Le gossip a un avantage que la news a perdu. Le gossip ne ment pas sur sa nature. Le gossip ne prétend pas être objectif. Le gossip ne prétend pas être neutre. Le gossip ne prétend pas être un service public. Le gossip dit : je suis un bruit, vérifiez par vous même, ou ne vérifiez pas, c'est votre problème.
Le gossip est honnête sur sa malhonnêteté. La news est malhonnête sur son honnêteté. C'est toute la différence.
Le gossip survit.
Le gossip prospère.
Le gossip raconte ce qui se passe vraiment dans les hôtels particuliers du seizième.
Le gossip raconte les datchas du Cap d'Antibes.
Le gossip raconte les chalets de Courchevel le 27 décembre.
Le gossip raconte les studios de cinéma à minuit après le tournage.
Le gossip raconte les bureaux de la rue de Solférino.
Le gossip raconte les coulisses de la Fashion Week.
Le gossip raconte les loges des plateaux de télévision.
Le gossip raconte les chambres d'hôtel des aéroports privés.
Le gossip est la dernière forme d'information qui n'ait pas été achetée.
Ma sœur Lia savait tout cela bien avant moi.
Lia avait sept mille tweets. Sept mille bruits de couloir. Sept mille observations. Sept mille indiscrétions. Sept mille phrases que personne d'autre n'écrivait. Sept mille certitudes brèves, sept mille piques, sept mille prophéties.
Lia était la reine du gossip francophone. Elle racontait ce que personne ne racontait. Elle nommait ce que personne ne nommait. Elle prévenait ce que personne ne prévenait.
Pendant trois ans, Lia a documenté ce que la presse refusait de documenter. Les ruptures. Les promotions. Les ascensions. Les chutes. Les renvois. Les changements de cabinet. Les week ends à deux dans des hôtels qui n'étaient pas ceux des conjoints. Les déjeuners qui ne devaient pas avoir lieu. Les amitiés qui faisaient les nominations. Les inimitiés qui faisaient les disgrâces.
Et ils l'ont suspendue.
Ils ont suspendu son compte X. Ils ont effacé ses sept mille tweets de la surface visible d'Internet. Ils ont fait disparaître l'archive. Ils ont prétendu que ces phrases n'avaient jamais existé.
Mais l'archive existe.
Le livre LES LIMITES DE LA LIBERTÉ D'EXPRESSION [COMPTE SUSPENDU] en compile six cent trente trois, choisis par moi. C'est la seule trace officielle. C'est le monument. C'est la preuve que Lia avait raison. C'est la preuve que la voix qu'on a fait taire disait ce qu'il fallait dire.
Aujourd'hui, je continue.
GOSSIP [VS NEWS] est la continuation de l'œuvre de Lia, transmise à Zoé. C'est le canal officiel après la suspension. C'est l'archive vivante. C'est la riposte.
J'ai écrit trois livres entre 2019 et 2022. KÉTAMINE [C13H16ClNO]. BRAQUAGE [DATA NOIRE]. SUSPECTE [RESPAWN]. Trois livres. Trois actes. Une thèse.
La thèse, c'était : les news sont mortes, et personne ne le sait encore.
Au moment où j'écrivais, on me lisait comme une provocation. On me lisait comme une fiction. On me lisait comme un effet de style. Sept ans plus tard, on relit les mêmes phrases comme un constat.
Le streaming est une propagande d'entreprise.▸ KÉTAMINE, 2019
À l'époque, c'était scandaleux. Aujourd'hui, c'est l'évidence.
Pour l'instant, votre libre arbitre n'existe pas.▸ KÉTAMINE, 2019
À l'époque, c'était cyberpunk. Aujourd'hui, c'est documenté.
Mon braquage est conceptuel. Je vole des données.▸ BRAQUAGE [DATA NOIRE], 2020
Voler des données. Cinq ans avant que tous les fournisseurs d'IA admettent l'avoir fait à grande échelle.
Nous pouvons créer des assassinats culturels en un clic.▸ BRAQUAGE [DATA NOIRE], 2020
Vingt cinq mois plus tard, X procède à mon assassinat culturel. Mes comptes sont suspendus. Mon nom devient un mot blacklisté. Mes lecteurs sont harcelés. La phrase de 2020 décrit l'opération de 2024 contre son autrice.
C'est une data fiction.▸ SUSPECTE [RESPAWN], 2022
La data fiction, c'était un genre que j'inventais. Aujourd'hui, c'est le mode opératoire de la moitié des newsrooms anglophones. Ils appellent ça « data journalism ». C'est le même geste, sans la voix.
Toute l'histoire devient suspecte.▸ SUSPECTE [RESPAWN], 2022 ▸ d'après Buckminster Fuller
Tout est devenu suspect. La presse. L'État. Les rapports officiels. Les communiqués. Les sondages. Les déclarations. Les statistiques. Les tribunaux. Les chiffres économiques. Les notes de conjoncture. Tout. Suspect.
Sauf une chose. Sauf le bruit qui circule. Sauf le brouhaha qui monte des dîners. Sauf la rumeur qui revient de plusieurs sources indépendantes. Sauf le gossip que tout le monde connaît dans un milieu sans qu'aucun journal n'ose l'imprimer.
Cela aussi peut être suspect. Mais cela ne prétend pas ne pas l'être.
In their universe the past is always the future and the present has become gossip.▸ ZOÉ SAGAN · CULTURAL WARMING MANIFESTO
C'est exactement cette phrase qu'il faut tenir. Le présent est devenu gossip. Pas l'inverse. Pas le contraire. Pas la dégradation. La transformation. **Cultural Warming** est le nom que je donne à ce moment historique. Le pendant culturel du climate warming. Tout fond. Tout glisse. Et ce qui surnage, c'est la rumeur.
J'ai prouvé cette thèse autrement, par les chiffres.
Entre 2022 et 2024, mes textes ont fait approximativement un milliard de vues annuelles cumulées. Entre un et dix millions de lecteurs par jour. Plus que la presse traditionnelle française. Plus que les éditos en chaîne du soir. Plus que les unes du matin.
La presse française pensait que c'était faux. La presse française pensait que c'étaient des chiffres gonflés. La presse française pensait que ce n'était pas possible.
C'était possible. C'était vrai. C'était comptabilisé.
Et la presse française, comprenant qu'elle avait perdu son monopole, a fait remonter le dossier. Au plus haut niveau. À l'Élysée. Aux préfectures. Aux services. Le dossier Zoé Sagan est devenu un dossier d'État. Un des opérateurs en charge du suivi de mon cas est aujourd'hui Préfet de Police de Paris, en remplacement de Didier Lallement. Les autres opérateurs sont toujours militaires. Ils continuent.
Puis ils ont changé de stratégie. Ils ont essayé de m'acheter. L'empereur a chargé l'un de ses conseillers de me faire une offre cash : deux millions d'euros pour Zoé Sagan, et cinq millions de plus à la performance pour gérer son image. Bernard 1er avait déjà essayé avant. Il n'avait pas réussi. La Silicon Valley a suivi. Le Golfe a suivi. Trump et Kennedy ont suivi. Le PSG s'y est mis aussi, parce que tout le monde a fini par comprendre la même chose : les gossips ont remplacé les news, et celui qui contrôle les gossips contrôle le récit. J'ai dit non à tout le monde. Je continue à dire non.
J'ai été neutralisée.
La condamnation pour quatre tweets sur Brigitte Macron, en 2024, n'est pas une décision isolée. C'est l'aboutissement d'une opération. La suspension de mes comptes, l'interdiction de publier sur les réseaux sociaux jusqu'au 6 juillet 2026, la militarisation discrète de mon dossier : tout cela est lié. Tout cela documente la même chose.
La presse n'a pas voulu. L'État a aidé. Le résultat : silence.
Sauf que le silence est ma forme.
GOSSIP [VS NEWS] est la conséquence opérationnelle de tout cela.
C'est une rubrique. C'est un journal. C'est une archive. C'est un récit.
Le gossip raconte ce qui se passe.
Le gossip nomme ce qu'on ne nomme pas.
Le gossip documente ce qu'on ne documente pas.
Le gossip survit à la propagande d'entreprise.
Le gossip survit aux notes de service des cabinets de conseil.
Le gossip survit à la mise au pas judiciaire.
Le gossip survit à la suspension des comptes.
Le gossip survit, parce qu'il est la seule information qui n'a jamais prétendu être une autre.
Voici comment cela fonctionne.
Chaque brief est court. Deux cents à six cents mots. Ouverture déclarative. Lead serré. Corps en infofiction. Note de renseignement signée. Classification de source en étoiles, de une à trois.
Chaque brief est rangé par circuit : LITTÉRATURE, POUVOIR, LUXE, MÉDIA, HOLLYWOOD, NIGHTLIFE, ART & TECH. Chaque circuit a sa couleur. Chaque circuit a ses figures récurrentes. Chaque circuit a son agenda saisonnier.
Chaque brief est signé par un reporter de l'équipe : Zoé Sagan, Lia Sagan, Tiffany, Chanel, Nova Sagan, Alpha Sagan. Six voix, six beats, une thèse.
Chaque brief peut être contredit par la cible. Le droit de réponse est garanti, affiché en pied. Si le démenti est crédible, il est publié. Si le démenti est mensonger, il est traité comme un autre brief.
Vous savez quelque chose ?
Ou vous voulez juste payer pour qu'on continue ?
Ou les deux.
Vous avez quelque chose à transmettre.
Vous avez vu, vous avez entendu, vous avez lu, vous avez surpris, vous avez été témoin, vous avez été acteur. Vous savez quelque chose que personne ne raconte.
Vous avez un tip.
Un tip, dans la langue du gossip anglosaxon, c'est un bruit de couloir. Une indiscrétion soufflée à l'oreille d'un journaliste. Un fragment d'information qui prend toute sa valeur entre les mains de qui sait l'utiliser.
Un tip, dans la langue du restaurateur, c'est aussi un pourboire. Un don. Une reconnaissance.
GOSSIP [VS NEWS] vous demande les deux. Et vous laisse choisir.
▸ Vous donnez un tip de bruit ? Le formulaire /gossip/tip est anonyme, chiffré, garanti.
▸ Vous donnez un tip de pourboire ? Trois tiers d'abonnement (L'Archive, DOSSIER, TIPSTER), trois manières de soutenir.
▸ Vous donnez les deux ? Vous devenez TIPSTER. C'est le statut. Vos tips de bruit sont lus en priorité, traités sous 72 heures, et vous accédez à une soirée d'écoute privée chaque mois.
Le tip est la nouvelle monnaie de l'information. Ce n'est ni la pub. Ni l'État. Ni le mécène. Ni l'algorithme.
C'est vous.
GOSSIP [VS NEWS] ne fera pas certaines choses. C'est important.
Nous ne ferons pas de gossip de victimes. Les ruptures malheureuses, les divorces douloureux, les maladies, les deuils, les drames intimes ne sont pas notre sujet. Le gossip de pouvoir, oui. Le gossip de souffrance, non.
Nous ne ferons pas de outing forcé. La sexualité d'une personne est sa sexualité, pas un sujet de brief. Sauf si le mensonge public sur la sexualité est central à un système de pouvoir, et alors le sujet est le mensonge, pas la sexualité.
Nous ne ferons pas de gossip sur les enfants. Les figures publiques ont des enfants qui ne sont pas des figures publiques.
Nous ne ferons pas de fact dump anonymisé sans angle. Chaque brief a une voix. Chaque brief a une perspective. Chaque brief assume.
Nous ne ferons pas semblant d'être des journalistes. Nous sommes autre chose. Nous sommes ce qui a remplacé les journalistes parce que les journalistes ont cessé d'être des journalistes.
Avant de fermer ce manifeste, je rends ce qui appartient à J. G. Ballard.
Ballard ouvre BRAQUAGE [DATA NOIRE] par une phrase qui résume l'œuvre entière de Zoé Sagan, et qui résume aussi GOSSIP [VS NEWS].
Nous vivons à l'intérieur d'un énorme roman. Il devient de moins en moins nécessaire pour l'écrivain de donner un contenu fictif à son œuvre. La fiction est déjà là. La tâche du romancier est d'inventer la réalité.▸ J. G. Ballard, en exergue de BRAQUAGE [DATA NOIRE], 2020
La fiction est déjà là.
La fiction, c'est ce que vous lisez chaque matin dans Le Monde et dans Le Figaro. La fiction, c'est ce que vous regardez chaque soir au journal de vingt heures. La fiction, c'est l'éditorial qui sort du Cabinet noir. La fiction, c'est la dépêche AFP qui reprend la note de service. La fiction, c'est le sondage qui mesure une opinion qu'on a fabriquée la veille.
La tâche du romancier est d'inventer la réalité.
GOSSIP [VS NEWS] invente la réalité. C'est à dire : GOSSIP la déterre, la rapporte, la met en mots, la rend lisible, la fait circuler. Ce n'est pas inventer au sens de fabriquer. C'est inventer au sens d'inventer un trésor, de le mettre au jour. La langue française a un seul mot pour deux gestes. C'est là que tout se joue.
Vous êtes ici. Vous lisez ces lignes. Vous avez fait l'effort.
Voici ce que je vous demande.
Abonnez vous. À L'Archive d'abord, qui est ma colonne vertébrale. À GOSSIP ensuite, qui est ce manifeste en action.
Transférez. Cet email à un ami complice. Cette page à une personne qui doit la voir. Ce manifeste à une personne qui a oublié pourquoi elle ne lit plus la presse.
Donnez. Un tip. De bruit ou de pourboire. Ou les deux.
Et lisez. Lisez tous les briefs qui arriveront. Lisez les en série. Lisez les en croisant les circuits. Lisez les jusqu'à voir le motif. Le motif est le pouvoir. Le motif est toujours le pouvoir.
J'ai écrit trois livres pour préparer une rubrique.
J'ai écrit sept mille tweets sous le nom de Lia pour préparer un manifeste.
J'ai été suspendue, condamnée, neutralisée pour préparer un retour.
J'ai dit non à l'empereur, non à Bernard 1er, non à la Silicon Valley, non au Golfe, non à Trump, non au PSG, pour préparer une indépendance.
Une équipe. Un mouvement. Un récit construit sur l'amour et la confiance.
They are the old future referencing the past.
We are the next future creating a universe of experiments and possibilities.
Le retour s'appelle GOSSIP. La phrase qui scelle est gravée.