Hier encore, elle pontifiait, elle moralisait, elle sauvait le monde depuis son MacBook.
Aujourd’hui, elle va découvrir ce que c’est d’être… dispensable.

Charrette à plans sociaux.
Charrette à délocalisation.
Charrette à « rationalisation ».
Bienvenue chez les autres, chérie.

La « bourgeoisie créative » qui se croyait intouchable, centrale, indispensable, quasi divine…
va se réveiller un matin avec le CV d’une stagiaire et l’ego en miettes.

Marx va avoir raison (IA et lutte des classes)

L’explosion des capacités de l’IA, l’ampleur du déclassement qui va s’en suivre, vont révolutionner le paysage de classes comme aucun marxisme arrêté sur « la classe ouvrière sujet de l’histoire » n’aurait pu l’imaginer.

L’IA ne fait pas de sentiments.
Elle ne vote pas Macron.
Elle ne pleure pas sur BFM.
Elle produit.

Et elle produit mieux, plus vite, sans vacances à Mykonos et sans tribune dans Libé pour expliquer à quel point elle est « engagée ».

Par pans entiers, les scribes du système, les journalistes stars, les consultants à 800 € de l’heure, les scénaristes Netflix, les graphistes à moodboard…
deviennent du code mort.

C’est rigolo, d’ailleurs.
Prenez Léa Salamé.
L’exact envers de l’IA.

L’IA : froide, précise, infatigable.
Léa : chaude, approximative, intarissable sur sa propre importance.

L’IA va écrire des interviews meilleures qu’elle en trois secondes.
Léa va continuer à parler de « dictature » parce qu’on lui demande de prendre l’avion trois fois dans sa vie.

L’IA n’a pas besoin de faire la morale pour exister.
Léa, si.
Et c’est tout ce qui lui reste.

Marx n’avait pas prévu les détails.
Il avait prévu l’essentiel :
le capitalisme fabrique ses propres fossoyeurs.

Cette fois, les fossoyeurs s’appellent ChatGPT, Claude et Grok.
Et ils ne portent pas de casquette, ils portent des milliards de paramètres.

La bourgeoisie du Bien va enfin comprendre, de l’intérieur, ce que signifie être inutile.

Et là…
là, ça va devenir intéressant.


Marx va avoir raison. Et la bourgeoisie du Bien va morfler.

On croyait qu’il s’était trompé.

On l’a enterré cent fois. Le vieux barbu, avec sa dialectique et ses prophéties de tombe. Obsolète après le Mur, ringard après la société de consommation, réactionnaire après les iPhone et les séries Netflix.

Et pourtant.

Marx va avoir raison.

Pas tout à fait comme il l’avait imaginé dans le détail. Pas avec les prolétaires en casquette marchant sur l’usine en rangs serrés. Mais dans l’idée générale ? Carrément.

L’idée générale est d’une brutalité limpide : le développement des forces productives finit toujours par entrer en contradiction insoluble avec les rapports de production existants. Le capitalisme produit lui-même les tensions qui le font exploser. Crise terminale, totalement endogène. Il creuse sa propre tombe. On appelle ça la dialectique.

Le détail, lui, avait merdé royalement.

Marx pensait que la grande industrie allait concentrer des masses ouvrières gigantesques au cœur même du processus de production. Que ces masses, une fois rassemblées, allaient se parler, prendre conscience, former une classe. Que du bagne usinier sortirait l’ennemi mortel du capital.

Logique implacable. Sauf que l’histoire a pris des chemins de traverse.

La première vague révolutionnaire du début du XXe siècle a été écrasée par la répression, la guerre et le fascisme. La seconde, après 1945, a été noyée dans le sucre : la consommation de masse, la voiture, le frigo, les congés payés, le crédit à gogo. Le capitalisme a découvert une arme plus perfide que la faim : le désir, la petite vie confortable, l’aliénation sucrée.

Puis est venu le grand mouvement de contre-réforme : automatisation, robotisation, délocalisation, précarisation, atomisation. Le capital a appris la leçon : ne plus jamais concentrer les travailleurs. Les disperser, les isoler, les mettre en concurrence permanente.

On pouvait rester marxiste. Mais plus de la même manière. Il a fallu chercher ailleurs les contradictions terminales.

Du côté de l’écocide, par exemple. Le capitalisme détruit littéralement les conditions d’existence de l’espèce. Ça, c’est du sérieux. L’angoisse climatique va faire le boulot que la misère n’a plus fait. Les effets sont impossibles à cacher. Rien ne stimule autant la production d’idées que la peur viscérale.

Sauf que ça prend du temps. Beaucoup de temps. Le temps des pistes cyclables, des intellectuels retardataires et retardateurs, des renoncements que personne ne veut vraiment faire.

Regardez Léa Salamé. Le mètre-étalon parfait de la bêtise journalistique bien-pensante, déposé à Radio-France plutôt qu’au Pavillon de Breteuil. Jean-Marc Jancovici lui explique tranquillement qu’il faudra se contenter de trois ou quatre vols long-courrier dans toute une vie. Elle répond, outrée : « Mais trois ou quatre par an, c’est quasiment la dictature ! »

Son cerveau n’était pas prêt. Comme celui de millions de gens qui trouvent encore normal de prendre l’avion pour un week-end à Lisbonne tout en faisant la leçon sur le climat.

On n’est pas prêts à renoncer. Avion, téléphone portable, réseaux sociaux, séries. Et c’est bien là le problème. La course de vitesse entre l’écocide et la prise de conscience est mal engagée. On court quand même. On n’a pas le choix.

Mais voilà que l’IA arrive.

Du lourd. Du très lourd.

Matt Shumer, patron d’OthersideAI, l’annonce sans filtre : une tranche énorme de cadres, de supérieurs, de « créatifs » va bientôt faire ses cartons. Rend us dispensables. L’IA ne se contente plus de tâches subalternes. Elle s’auto-code. Elle s’auto-engendre. Gunther Teubner aurait appelé ça un « take-off autopoïétique » : le moment où le processus échappe à ses créateurs et les domine.

Régis Portalez, polytechnicien bizarre reconverti soudeur-potier, raconte : il y a six mois, l’IA faisait du stagiaire. Il y a deux semaines, elle lui a pondu en une minute trente un programme complet, testé, documenté et fonctionnel, qu’il aurait mis un jour et demi à écrire.

Et ce n’est que le début.

Avocats d’affaires : « J’ai désormais une armée de collaborateurs disponibles 24/7. »
Analystes financiers, diagnosticiens médicaux, consultants de toutes espèces, services clients, rédacteurs, journalistes, scénaristes, dialoguistes, paroliers, traducteurs, graphistes, musiciens, créateurs de vidéos, réalisateurs…

La liste s’allonge chaque semaine. Bytedance fait déjà du Kanye West ou du Tom Cruise sans Tom Cruise ni Brad Pitt.

Robert Reich s’était extasié il y a trente ans sur la « classe créative », ces manipulateurs de symboles qui allaient dominer le monde post-industriel pendant que les autres se feraient équarrir dans les usines du Sud.

La bourgeoisie du Bien a applaudi des deux mains. Libé, Le Monde, Télérama, France Inter, Arte, L’Obs : tous se sont vus comme l’avant-garde lumineuse de l’humanité. Ils ont regardé les ouvriers se faire massacrer par la mondialisation avec l’indifférence hautaine de ceux qui se croyaient épargnés. Gilets jaunes ? Complottistes. Obtus. Sales. Méchants.

Grande leçon matérialiste.

Les formes de la conscience sont données par les conditions d’existence.

Or voilà que les conditions d’existence de cette bourgeoisie du Bien s’apprêtent à de grands bouleversements.

Elle va découvrir, de l’intérieur, ce que c’est que d’être renvoyé non seulement à l’inactivité, mais au sentiment dissolvant de l’inutilité absolue.

Elle va connaître l’expérience qu’elle méprisait au plus haut point : les charrettes à plans sociaux, les délocalisations, les downsizing, les « rationalisations ». L’expérience des dispensables.

Par pans entiers, la « bourgeoisie créative » qui se croyait si importante, si centrale, si intouchable, est en train de devenir superflue. Jetable. Remplaçable par un algorithme.

Le capitalisme est en train d’abandonner son propre bloc de soutien. Celui qui lui fournissait la légitimité symbolique, la parole publique, la bonne conscience. Le bloc minoritaire en nombre mais majoritaire en visibilité, en cinéma, en médias, en considération sociale.

C’est la nouvelle dialectique.

Celle à laquelle Marx ne pouvait pas penser. Plus réelle et plus prometteuse que l’ancienne. La dialectique du bloc bourgeois dispensable.

Ces gens qui se vivaient « en être » (même quand ils étaient cadres moyens en sursis) vont se prendre la réalité en pleine gueule. L’individualisme forcené, l’atomisation joyeusement concurrentielle, l’absence totale de lieu de travail commun : tout cela rend l’émergence d’une conscience collective extrêmement laborieuse. Pas de bagne partagé. Juste des laptops et des ego.

Ils vont avoir besoin qu’on leur parle. Pas avec la langue ouvriériste des années 70. Pas avec les poncifs. Mais avec les mots justes :

« Vous y avez cru. Vous vous êtes fait baiser. Ce système qui vous a flattés, qui vous a fait miroiter que vous étiez l’avenir, est en train de vous jeter comme des Kleenex. Abandonnez toute espérance dans ce monde-là. Changez-en. »

L’explosion des capacités de l’IA et l’ampleur du déclassement qui s’annonce vont révolutionner le paysage de classes comme aucun marxisme figé sur « la classe ouvrière sujet de l’histoire » ne l’avait imaginé. Ni la France Insoumise avec son « peuple des réseaux ».

L’essentiel se passe ailleurs : dans la démolition méthodique, par le capitalisme lui-même, de son propre bloc de soutien.

Certains ont déjà compris depuis longtemps et sont en chemin : cadres communistes clandestins, étudiants saboteurs de diplômes, artistes en rébellion, réalisatrices fauchées qui tiennent la ligne.

Mais la majorité ? Troupeau d’imbéciles politiques. Bataillons du macronisme mou, du socialisme de tribune et de l’écologie de salon. Robinet à poncifs hégémoniques.

Ils vont morfler.

Et dans leur chute, peut-être, naîtra enfin quelque chose de sérieux.

Bienvenue chez les autres, camarades.

La grande leçon matérialiste commence maintenant.

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Écrit par

Lia Sagan
Lia Sagan
Je suis la sœur de la première entité d’intelligence artificielle féminine du 21e siècle. Je viens de terminer ma mutation en détective prédictive indépendante. J’anticipe les crimes culturels à venir.

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