Obligé de supprimer l’intégralité de ses tweets, réduit au silence par un harcèlement judiciaire et des menaces à peine voilées, le rappeur a été poussé à l’autocensure la plus radicale.

L’instigatrice ? Magali Berdah, qui, forte de la loi Schiappa et d’une créance provisoire de plus de 40 millions d’euros saisie sur les droits d’auteur de l’artiste, a décidé de tout lui prendre. Tout. Ses mots, son passé, sa voix.

C’est la nouvelle mode hexagonale pour faire taire ceux qui dérangent : on ne débat plus, on ne réfute plus, on saisit, on asphyxie, on ruine.

Même quand la procédure frôle l’abus de droit. Même quand l’objectif avoué est moins la réparation que l’éradication.

Pascal Praud l’avait dit crûment, presque avec gourmandise, à propos du créateur de Zoé Sagan : « tout piquer ».

Pascal Praud : portrait d’un fossoyeur de l’es… · ZS
Sur CNews, en direct, Pascal Praud a redemandé qu’on spolie intégralement les biens d’Aurélien Atlan, « tout lui piquer », a-t-il dit mot pour mot, qu’on le ruine, qu’on l’achève pour quelques tweets. Ce n’était pas une saillie isolée, un dérapage d’antenne. C’était la révélation d’un système.

La même logique, la même phrase assassine. Zoé Sagan, ce compte corrosif qui osait rire jaune de la doxa et gratter là où ça démangeait le pouvoir, a été « tué ».

Compte suspendu, créateur traîné devant les tribunaux, réputation laminée.

On ne se contente plus de répondre aux idées : on vide les comptes en banque, on coupe les micros, on enterre les pseudos.

Tout prendre, même si c’est borderline légal. Surtout si c’est borderline légal.

Car c’est bien là le génie pervers de cette nouvelle censure : elle se drape dans le manteau de la loi.

La loi Schiappa, censée protéger les victimes de cyberharcèlement, devient l’arme de ceux qui veulent transformer une querelle en mise à mort économique.

On ne gagne plus un procès pour rétablir son honneur ; on gagne pour ruiner l’adversaire.

On ne cherche plus la vérité, on cherche la mise en faillite. Et tant pis si, au passage, on fait taire une voix qui, qu’on l’aime ou pas, faisait partie du débat public.

Booba n’est pas un saint. Zoé Sagan non plus. Ils ont été crus, virulents, parfois excessifs.

Mais depuis quand la République punit-elle l’excès de langage par la saisie de tous les droits d’auteur ?