Pendant que Cannes parade, le parquet rouvre Besson
Le parquet général requiert la réouverture de l'enquête Besson. ADN trouvé sur un sous vêtement par un laboratoire néerlandais. Cannes 2026 en arrière plan.
Le parquet général requiert la réouverture de l'enquête Besson. ADN trouvé sur un sous vêtement par un laboratoire néerlandais. Cannes 2026 en arrière plan.
Mardi 12 mai 2026. 17h28. Une dépêche tombe sur le bureau d'un confrère de Mediapart. 3 lignes. Le parquet général de la cour d'appel de Paris requiert la réouverture des investigations visant Luc Besson, accusé de viol par Sand Van Roy depuis mai 2018. Je relis. Je vérifie. Je publie.
Le fait, énoncé nu :
> Le parquet général considère que les analyses ADN réalisées par un laboratoire néerlandais sur un sous vêtement appartenant à la plaignante constituent « des éléments nouveaux susceptibles de caractériser des charges nouvelles justifiant la réouverture de l'information ».
7 ans. 7 ans entre le dépôt de plainte et la phrase de 8 lignes écrite par un magistrat parisien qui rouvre le dossier. 7 ans dont 4 passés à faire confirmer un non lieu. Et l'examen, sur le sous vêtement porté le soir des faits présumés, n'avait jamais été fait correctement. Lisez bien. Jamais été fait correctement.
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1 source. 2 sources. 3 sources.
Source 1 : Mediapart. Le confrère qui a obtenu copie des réquisitions du parquet général, communiquées à la chambre de l'instruction le 3 février 2026. Document non public. Citation in extenso transmise. Vérifiable.
Source 2 : Maître Antonin Levy, conseil de Sand Van Roy. Citation publique reprise par Franceinfo, France 24, La Libre, Paris Match Belgique. Il déclare que « l'ADN du mis en cause a été formellement retrouvé sur la partie arrière » du sous vêtement, et qualifie ce fait de « matériel crucial ignoré » pendant la 1re phase d'instruction.
Source 3 : Le calendrier judiciaire. Chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris. Audience fixée au mardi 2 juin 2026. Soit 10 jours après la fermeture du Festival de Cannes. Soit précisément le moment où les attachées de presse marques auront fini de démanteler leurs penthouses du Carlton, où les ambassadrices de Chopard et de Boucheron auront repris leur avion pour Milan, où la machine du red carpet à tarification AMF aura fermé son rideau jusqu'à 2027.
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3 sources. Une chronologie. Voici ce que personne ne dira au journal de 20h.
Le 18 mai 2018, Sand Van Roy se rend à l'hôtel Bristol, palace parisien rue du Faubourg Saint Honoré, pour un rendez vous avec Luc Besson. Elle dépose plainte pour viol dans les heures qui suivent. 2 mois plus tard, elle signale d'autres viols et agressions sexuelles, qu'elle situe sur 2 ans d'une relation qu'elle qualifie de « contrôle professionnel ». Source : ses plaintes déposées, citées par les juridictions civiles et reprises depuis 7 ans par toute la presse française.
Décembre 2021, 1er non lieu. Confirmé en mai 2022 par la cour d'appel de Paris. Confirmé en juin 2023 par la Cour de cassation. La machine procédurale française considère alors le dossier définitivement clos.
Fin 2025, Sand Van Roy obtient, à ses frais, une nouvelle analyse ADN par un laboratoire néerlandais. Le sous vêtement porté le 18 mai 2018 et conservé depuis 8 ans est examiné. Pour la 1re fois correctement. Le profil génétique du mis en cause est retrouvé.
Le 3 février 2026, le parquet général transmet ses réquisitions. Réouverture demandée.
Le 12 mai 2026, la presse en prend connaissance, par Mediapart d'abord, par AFP ensuite, par Franceinfo dans l'après midi.
Le même 12 mai 2026, en parallèle exact, la moitié de la presse cinéma française est à Cannes. Gréville Doutruth dirige sa 1re journée de Festival. Les sélections officielles sont annoncées. Les attachées de presse de Kering, LVMH, Richemont et L'Oréal finalisent les contrats ambassadrices red carpet, 7 chiffres minimum chacun.
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Personne ne l'a dit. Personne ne le dira. Sauf moi.
Le Festival de Cannes n'est plus un festival de cinéma. Il l'a peut être été dans le passé. Il ne l'est plus depuis au moins 10 ans. C'est une foire prostitutionnelle et marketing assumée qui vend en priorité Kering, LVMH, Richemont et L'Oréal. Le cinéma y est devenu un prétexte. Les vrais riches ne vont plus à Cannes. Ils vont à la Biennale de Venise.
Et c'est exactement dans ce décor sponsorisé, ce marché du regard, ce red carpet à tarification AMF, que la justice française choisit d'enterrer ou de réactiver un dossier comme celui de Besson. Le timing n'est jamais innocent. Le 12 mai au matin, on annonce la sélection. Le 12 mai à 17h28, on publie la dépêche. Personne n'est en mesure d'enquiquiner Besson la semaine prochaine, il ne sera pas à Cannes officiellement, et la machine du Festival a son propre cycle d'attention que rien, sauf une catastrophe majeure, ne peut casser.
Avant le 2 juin, le Festival aura fermé. Les robes prêtées seront retournées aux maisons. Les bijoux en collatéral d'assurance seront rentrés dans les coffres de Cartier et de Bulgari. La photo officielle de Cannes 2026 sera déjà archivée, lustrée, prête pour la rétrospective AlloCiné. Et la chambre de l'instruction, mardi 2 juin à 9h30, examinera 3 pages de réquisitions sur un sous vêtement examiné 8 ans trop tard.
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Le contexte historique tient en une phrase.
Le dossier Besson est l'un des 5 dossiers emblématiques du moment MeToo cinéma français qui se sont terminés en non lieu entre 2020 et 2024. C'est l'un des 2 où la plaignante a continué, seule, à payer des expertises privées pendant que la machine institutionnelle classait. Quand l'institution classe et que la plaignante ne classe pas, et que 4 ans plus tard l'institution doit reprendre le dossier au point où la plaignante ne l'a jamais lâché, ce n'est pas la machine qui a gagné du temps. C'est la machine qui s'est trompée.
L'expertise néerlandaise change la nature du dossier. Pas seulement parce qu'elle apporte un élément matériel nouveau au sens du Code de procédure pénale. Aussi parce qu'elle expose un trou méthodologique dans la 1re instruction. Le sous vêtement était dans le dossier. Il n'a jamais été examiné correctement. Question simple. Qui a décidé, en 2019 ou 2020, de ne pas l'examiner ?
La réponse, on la cherchera. Pas dans Le Monde, qui couvrira l'audience du 2 juin en 800 signes neutres. Pas dans Libération, qui ouvrira sur un édito mesuré. La réponse, on la cherchera dans le dossier d'instruction, ligne par ligne, magistrat par magistrat. Comme on l'a fait pour Donard. Comme on l'a fait pour Bouvet. Comme on le fera pour les autres.
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Une dernière ligne, et je rends. Pendant que la Croisette parade dans son décor sponsorisé, pendant que la presse cinéma relaie les communiqués de sélection, pendant que Brigitte de Cannes reçoit Brigitte de l'Élysée dans une suite prêtée par une maison de la place Vendôme, le parquet général de Paris vient de poser une bombe à retardement.
Le sous vêtement de mai 2018 était dans le dossier. Pendant 8 ans.
La 2e partie tombe le 2 juin.
Sources principales : Mediapart (révélation des réquisitions du parquet général), Franceinfo, France 24, La Libre, Paris Match Belgique, L'Essentiel Luxembourg. Document de défense Maître Antonin Levy. Calendrier officiel chambre de l'instruction de Paris.