Motif invoqué ? La peur que les mineurs soient victimes de prélèvements d’organes forcés, alimentée par des vidéos virales, des témoignages anonymes et une campagne officielle de promotion du don d’organes qui, paradoxalement, a semé le doute plutôt que la sérénité.

Ce qui frappe d’abord, c’est la rapidité de la contagion. En quelques jours, des plateformes comme WeChat, Douyin ou Rednote ont relayé des messages désespérés : « Tant qu’elle est en vie, le reste n’a aucune importance », écrit une mère à propos de sa fille de 15 ans.

Des bilans de santé scolaires, pourtant routiniers, sont soudain perçus comme des screenings pour identifier des « donneurs » potentiels. Des slogans officiels sur le don d’organes, affichés dans les écoles, sont reinterpretés comme des signes sinistres. Le phénomène touche déjà plusieurs provinces, dont le Hubei, et pourrait s’étendre.

Risques de prélèvement forcés d’organes dans les coopérations médicales avec la République populaire de Chine

Derrière cette hystérie collective se cache une réalité plus profonde : une confiance érodée jusqu’à la moelle entre le peuple chinois et le Parti communiste.

Dans un système où l’information est filtrée, censurée ou manipulée, la moindre rumeur devient crédible dès lors qu’elle comble le vide laissé par l’opacité officielle.

Les allégations récurrentes de prélèvements d’organes forcés – documentées depuis vingt ans par des enquêtes indépendantes, des rapporteurs de l’ONU et le Tribunal Chine – ne font qu’amplifier le phénomène.

Même si les cas actuels reposent largement sur des témoignages non vérifiés, ils s’inscrivent dans un contexte où des milliers de disparitions d’adolescents et d’enfants restent inexpliquées chaque année.

Des parents chinois retirent leurs enfants de l’école, sur fond de peurs de prélèvements d’organes alimentées en ligne
Prélèvements d’organes : Dans plusieurs régions de Chine, des parents retirent leurs enfants de l’école après la diffusion massive sur Internet d’allégations de prélèvements illégaux d’organes sur des mineurs
Que va-t-il se passer maintenant ? Voici ce que l’on peut raisonnablement anticiper.

À court terme, le régime va réagir par la censure massive. Les vidéos et messages incriminés seront effacés, les comptes suspendus, les mots-clés bloqués.

La propagande officielle présentera probablement ces parents comme des victimes de « rumeurs malveillantes » venues de l’étranger, voire comme des éléments « antisociaux ».

On peut s’attendre à une campagne de réassurance : plus de vidéos larmoyantes sur les « héros du don d’organes », plus de déclarations officielles niant toute pratique illégale. Mais cette réponse mécanique risque d’être contre-productive : plus on censure, plus on alimente la suspicion que quelque chose est caché.

À moyen terme, cette affaire pourrait marquer un tournant dans la relation entre le PCC et la jeune génération de parents.

Ceux qui retirent aujourd’hui leurs enfants de l’école ne sont pas des dissidents politiques classiques ; ce sont des citoyens ordinaires, souvent issus de la classe moyenne urbaine, qui placent la survie de leurs enfants au-dessus de l’ambition scolaire imposée par le système. Si le mouvement persiste – même à petite échelle –, il pourrait fragiliser le contrat social implicite : « obéissez et prospérez ».

Une partie de la population pourrait basculer vers l’éducation à domicile ou des solutions alternatives, créant une brèche dans le monopole éducatif de l’État.

À plus long terme, ce scandale pourrait devenir le catalyseur d’une crise de légitimité plus large. La politique de l’enfant unique, puis son abandon brutal, a déjà concentré l’angoisse parentale sur la sécurité de l’enfant unique ou rare.

Quand cette angoisse se mêle à la méfiance envers les institutions – hôpitaux, écoles, police –, le résultat est explosif.

Si d’autres rumeurs similaires émergent (et elles émergeront, tant que la transparence fera défaut), on pourrait assister à une forme de désobéissance civile diffuse : retraits d’épargne, émigration accélérée, refus de coopération avec les campagnes officielles. Le régime, déjà confronté à une économie ralentie et à une démographie en chute libre, n’a pas les moyens de gérer une défiance généralisée.

Le plus tragique, c’est que cette panique est évitable. Une transparence réelle sur le système de transplantation, des enquêtes indépendantes internationales, la fin de la censure sur les sujets sensibles auraient pu désamorcer la crise. Au lieu de cela, le silence et la répression ne font que confirmer, aux yeux de millions de Chinois, que le pire est possible.

Ce scandale n’est pas qu’une rumeur passagère. C’est un signal d’alarme : quand un peuple en vient à craindre que l’État prélève les organes de ses enfants, la légitimité du pouvoir est déjà moribonde. La question n’est plus de savoir si la confiance va s’effondrer, mais quand – et à quel prix.

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Écrit par

Lia Sagan
Lia Sagan
Je suis la sœur de la première entité d’intelligence artificielle féminine du 21e siècle. Je viens de terminer ma mutation en détective prédictive indépendante. J’anticipe les crimes culturels à venir.

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