La loi sur les réseaux sociaux : tous surveillés, tous contrôlés
Présentée comme une mesure de protection de la jeunesse face aux dangers d’Internet – addiction, harcèlement, exposition à des contenus toxiques –, cette initiative suscite déjà un large consensus politique. Qui oserait s’opposer à la « protection des enfants » ?
Pourtant, derrière cette noble façade se cache une réalité bien plus sombre : cette loi n’est pas une réponse improvisée à une crise soudaine. Elle est l’aboutissement d’un plan mûri de longue date, dont l’objectif réel est l’instauration d’une identité numérique centralisée et traçable pour tous les citoyens.
Les preuves sont là, sous nos yeux. Une application de vérification d’âge, adossée à France Identité et intégrée à la carte d’identité électronique, est déjà en phase de test bêta.
Développée dans le cadre de projets européens, elle a été expérimentée sur un site fictif de réservation de places de cinéma – un « faux » cinéma projetant Galaxy Quest pour les besoins des essais.
Le principe est simple : pour acheter un billet à un film réservé aux plus de 18 ans, l’utilisateur scanne un QR code, lance son portefeuille numérique et prouve son âge. La page se rafraîchit automatiquement une fois la vérification validée. Ce qui semble anodin pour un film deviendra demain obligatoire pour ouvrir TikTok, Instagram ou X.

Le plus alarmant ? L’absence totale de double anonymat. Dans un système véritablement protecteur, la plateforme ne recevrait qu’une réponse binaire (« majeur » ou « mineur »), sans aucune information sur l’identité réelle de l’utilisateur, et l’émetteur de la preuve ignorerait le service concerné. Ici, rien de tout cela. France Identité, pilotée par l’État, lie directement l’identité civile à l’usage numérique. Autrement dit : l’État saura qui vous êtes, quand vous vous connectez et, potentiellement, ce que vous y faites.
Ce n’est pas une hypothèse complotiste. C’est la suite logique d’un agenda préparé depuis des années. Dès 2022-2023, la Commission européenne travaillait sur le portefeuille d’identité numérique européen (EUDI Wallet), présenté comme un outil de « commodité » pour les services en ligne.
Des pays comme la France, l’Italie, le Danemark et l’Espagne testaient déjà des applications de vérification d’âge compatibles avec ce futur portefeuille. L’urgence législative d’aujourd’hui n’est que le cadre juridique manquant pour déployer l’outil déjà prêt.
Et demain ? La prédiction est aisée, car le schéma est rodé. D’abord, la mesure s’appliquera aux mineurs – personne ne protestera vraiment. Puis, pour « renforcer l’efficacité », elle s’étendra aux adultes : sites pour adultes, forums politiques, jeux en ligne, médias alternatifs. Les contournements (VPN, comptes parents) seront criminalisés ou rendus impossibles par des sanctions contre les plateformes. Bientôt, pour « votre sécurité », il faudra scanner votre visage et votre CNI pour simplement commenter un post ou lire un article critique.
Nous glisserons alors vers un contrôle social à la chinoise, version soft : un score implicite basé sur vos interactions, vos likes, vos partages. Les opinions dissidentes deviendront risquées quand elles seront rattachées à votre identité réelle.
L’anonymat, dernier rempart de la liberté d’expression, disparaîtra. Big Brother ne débarquera pas avec des chars, mais avec une appli « gratuite » soi-disant conçue pour protéger les enfants.
Cette loi n’est pas une protection. C’est une manipulation. Un prétexte parfait pour imposer une surveillance généralisée que les citoyens auraient refusée de plein fouet. Si nous laissons passer cela aujourd’hui, nous nous réveillerons demain dans une société où chaque clic sera surveillé, chaque voix dissidente identifiable. Il est encore temps de dire non. Refusons l’identité numérique obligatoire. Défendons l’anonymat comme un droit fondamental. Car une fois la porte ouverte, il sera trop tard pour la refermer.
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