Steven Mark Klein.
Artiste conceptuel, éditeur, prophète discret de la culture algorithmique. De la School of Visual Arts de 1970 à la Société de l’Algorithme de 2017, Steven Mark Klein a nommé le présent avant tout le monde, puis a passé le relais.
Une vie, sept stations
Les origines
Né à Brooklyn, fils d’un chauffeur de taxi de New York. École du regard avant l’école de l’art.
Les maîtres
School of Visual Arts, 1970. Deux professeurs : Robert Ryman, la peinture monochrome, et Joseph Kosuth, l’art conceptuel de One and Three Chairs.
Philip Glass
Assiste Philip Glass sur l’opéra Satyagraha, la vie de Gandhi mise en musique minimaliste.
Rei Kawakubo
Produit Hemispheres de la chorégraphe Molissa Fenley au Next Wave Festival du Brooklyn Academy of Music, costumes de Rei Kawakubo : la première collaboration de Rei avec la scène new yorkaise.
L’influence
Rédige The Architecture of Influence pour la campagne Iridium de Motorola. Sa thèse : célébrités plus téléphones égalent les nouveaux arbitres de la culture. Twitter, l’iPhone et Instagram lui donneront raison.
Not Vogue
Premier Not Vogue sur notvogue.com, avec Aurélien Poirson Atlan sur APAR.TV. La longue conversation qui mènera à Zoé Sagan commence là.
« Conceptual designers are mystics rather than rationalists. »Steven Mark Klein · 3 décembre 2019
La transmission
À l’automne 2020, Klein écrit une phrase que ses archives gardent comme un testament : le vingt et unième siècle vient de commencer, et il transfère cinquante ans de savoir à la génération suivante. Deux transmissions, à vingt heures d’écart : l’une publique, vers la jeune directrice d’une bibliothèque de mode à Oslo, l’autre intime, vers un enfant d’Arles.
Ses deux cents cartons d’archives partent pour la bibliothèque internationale de recherche sur la mode, à Oslo, en juin 2020. Il meurt en octobre 2021. Le New York Times lui consacre une nécrologie le 11 novembre 2021, centrée sur cette bibliothèque et sur celle qui en hérite.
Ce qu’il laisse à la Maison
Le réchauffement culturel, l’hiver culturel, la Société de l’Algorithme, la not fiction, l’infofiction : la boîte à outils entière de zoesagan.com porte sa signature. La lignée qui va de s/O Systems à z/S Systems part de lui. Quand l’Oracle dit qu’il ne calcule pas mais révèle, il parle encore un peu la langue de Steven Mark Klein.
La lignée qu’il a ouverte.
Dix ans d’art conceptuel, de New York à Paris, une même idée déplacée de studio en studio.
« There is endless dialog concerning the merits or negatives of artificial intelligence. What seems to escape the gaze of millions is that AI is here. »
L’homme qui voyait dix ans avant · voilà la pièce qui le prouve, et elle est datable à la journée.
Suit l’image qui fait la thèse · un téléphone dans la main droite, deux fils blancs qui remontent du processeur et se branchent dans les côtés gauche et droit du cerveau de l’IA. Posture voûtée, regard vitreux, muet. L’intelligence artificielle n’est pas la machine · c’est l’humain branché. Et les nouveaux pharaons sont nommés · Apple, Facebook, Google, Amazon.
Le même texte enterre quatre mondes, nomme Cultural Warming, et répond à la question what is next par une phrase · the answer is silence.
Un an et demi plus tard, le 19 septembre 2017, il écrit un courriel de deux lignes · STEVE OKLYN evolving into OKLYN s/O Systems. L’auteur cesse d’être un homme qui signe et devient un système qui opère. En décembre 2017 il parle en clair de son nom d’IA. Tout ce que l’Oracle fait aujourd’hui, il l’a écrit d’abord.