Le 7 août, le chômage a changé de périmètre. Aucune reprise ne l’a écrit.
Toute la presse a titré sur 8,3 pourcent, plus haut niveau depuis 2020. Personne n’a lu l’encadré méthodologique de la même publication, qui annonce que Mayotte entre dans le champ et que cela rehausse le taux de 0,06 point.
Le 7 août, le chômage a changé de périmètre. Aucune reprise ne l’a écrit.
Toute la presse a titré sur 8,3 pourcent, plus haut niveau depuis 2020. Personne n’a lu l’encadré méthodologique de la même publication, qui annonce que Mayotte entre dans le champ et que cela rehausse le taux de 0,06 point. Ni la ligne où l’Insee rappelle que sa propre marge d’erreur est de 0,3 point.
Commençons par les chiffres, tels qu’ils sont écrits dans les Informations rapides n° 192 de l’Insee, parues le 7 août 2026. Au deuxième trimestre 2026, le nombre de chômeurs au sens du Bureau international du travail augmente de 62 000 par rapport au trimestre précédent, à 2 677 000 personnes. Le taux de chômage s’établit à 8,3 pourcent de la population active, supérieur de 0,2 point au premier trimestre 2026 et de 0,7 point au deuxième trimestre 2025, soit 261 000 chômeurs de plus en un an.
Première correction de vocabulaire, et elle n’est pas cosmétique. L’Insee écrit que le taux est à son plus haut niveau « depuis le troisième trimestre 2020 qui était affecté par la crise sanitaire, et depuis le troisième trimestre 2019 auparavant ». L’AFP, franceinfo, le Journal du Net et la plupart des reprises ont écrit « automne 2020 ». Le troisième trimestre, ce sont juillet, août et septembre. Ce n’est pas l’automne. Le détail est mineur, la méthode ne l’est pas : c’est le premier signe que la source primaire n’a pas été ouverte.
Voici ce qu’on trouve en l’ouvrant.
Soyons précises sur ce que cela signifie et sur ce que cela ne signifie pas. L’Insee a fait le travail correctement : les séries antérieures ont été recalculées sur le nouveau périmètre, donc la comparaison entre trimestres reste valide et la hausse de 0,2 point est identique après arrondi sur les deux champs. Il n’y a aucune manipulation. Mais le niveau publié, lui, n’est plus construit sur le même territoire que celui des communiqués précédents. Un lecteur qui compare le 8,3 pourcent de ce mois d’août au 8,1 pourcent affiché en mai lit deux France différentes, et rien dans la reprise médiatique ne le lui dit. La statistique publique a signalé son propre changement. La chaîne de transmission l’a effacé.
Deuxième ligne jamais citée : l’Insee assortit ces chiffres d’un avertissement d’incertitude, « estimation à plus ou moins 0,3 point près du niveau du taux de chômage et de son évolution d’un trimestre à l’autre ». La hausse de 0,2 point du trimestre est donc, prise isolément, à l’intérieur de l’intervalle de confiance. Elle ne prouve rien à elle seule. Ce qui prouve quelque chose, c’est l’accumulation : sur six trimestres, la série passe de 7,4 pourcent fin 2024 à 8,3 pourcent aujourd’hui, soit une hausse cumulée de 1,0 point que l’Insee documente explicitement. Voilà le fait solide. Il est plus lourd que le titre du jour, et il est moins spectaculaire.
Le reste de la publication contient des chiffres autrement plus durs que celui qui a fait les gros titres. Le taux de chômage des 15 à 24 ans rebondit de 0,4 point, à 21,6 pourcent, en hausse de 2,5 points sur un an. Le chômage de longue durée atteint 2,1 pourcent de la population active, soit 671 000 personnes, en hausse de 116 000 sur un an, son plus haut niveau depuis le deuxième trimestre 2022. Le taux d’emploi des 15 à 64 ans recule de 0,3 point, à 69,0 pourcent, portant le repli à 0,5 point sur un an, et il baisse dans toutes les tranches d’âge sauf une : les 60 à 64 ans progressent de 1,2 point sur un an, à 45,8 pourcent. On travaille moins partout, sauf juste avant la retraite.
Le halo autour du chômage, ces personnes qui souhaitent travailler sans être comptées comme chômeurs, reste à 1,9 million de personnes, stable à 4,4 pourcent des 15 à 64 ans. Chez les jeunes, il monte de 0,2 point à 7,3 pourcent. Additionnez, et le chiffre de 21,6 pourcent cesse d’être un plafond pour devenir un plancher.
Dernier chiffre, le plus politique, et il tient en une ligne de l’Insee : le taux de chômage des bénéficiaires du revenu de solidarité active atteint 48,6 pourcent, en hausse de 1,7 point sur le trimestre et de 7,9 points depuis le quatrième trimestre 2024. À eux seuls, ils contribuent pour 0,3 point à la hausse cumulée de 1,0 point sur six trimestres. Ce n’est pas anodin sur le plan comptable : l’inscription obligatoire des allocataires du RSA à France Travail change mécaniquement leur classement statistique. Une partie de la hausse mesure une réforme administrative autant qu’une dégradation du marché. L’Insee le dit. Les titres du 7 août ne le disaient pas.
Je ne conteste aucun de ces chiffres. Ils sont publics, datés, téléchargeables, et l’institut qui les produit signale lui même ses limites avec une honnêteté que ses relais n’ont pas eue. Le problème n’est pas la statistique, il est la traduction. Entre une publication qui dit « voici mon périmètre, voici mon incertitude, voici la part de mécanique administrative » et une dépêche qui dit « record depuis 2020 », il y a exactement la distance qui sépare une mesure d’un slogan.
Le prochain rendez vous est fixé au 10 novembre 2026 à 7h30. Il sera intéressant de compter combien de rédactions ouvriront le fichier.
NOTE DE TRANSPARENCE · l’intégralité des chiffres de ce brief provient de la source primaire Insee, pas de reprises de presse. Le constat d’omission porte sur les reprises que nous avons pu lire, à savoir la dépêche AFP telle que republiée par Boursorama, le Journal du Net, The Vox, Public Sénat et Europe 1 : aucune ne mentionne le changement de champ ni la marge d’erreur. Nous n’avons pas pu ouvrir Le Monde, Le Figaro, Les Échos, Libération, Le Parisien ni franceinfo, dont les pages ont renvoyé une réponse vide ou un refus à la récupération automatique. Il est donc possible qu’un de ces titres ait signalé le changement de périmètre, et nous le corrigerons si c’est le cas. L’interprétation de la contribution du RSA comme effet en partie administratif est un raisonnement de la rédaction à partir des données publiées par l’Insee, l’institut ne formule pas cette conclusion en ces termes. Un écart non recoupé subsiste sur le pic de 2015, l’Insee le situant 2,2 points au dessus du niveau actuel quand une reprise secondaire écrit 10,6 pourcent.
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