Onze ans après sa disparition, le prénom de Michele surgit dans les mails Epstein : ce que Der Spiegel a établi, et ce qu’il refuse d’affirmer
Onze ans après sa disparition,
son nom surgit dans les mails Epstein.
Cette histoire, c’est d’abord une disparition, et je veux la tenir comme telle, parce que c’est la seule manière de ne pas en faire un simple appendice du dossier Epstein. Au début du mois de septembre 2015, une jeune femme allemande que l’on connaît sous le prénom de Michele, vingt deux ans, quitte la maison de sa mère avec une valise. Depuis, plus rien. Pas un signe, pas un message. Le silence absolu d’une vie qui s’efface.
Ce que le travail du magazine allemand Der Spiegel a établi, c’est le contexte qui entoure cette dernière trace. Michele était en contact depuis des années avec un recruteur de mannequins, Daniel Siad, qu’elle aurait rencontré à Dubaï en 2012. Et dans les fichiers Epstein rendus publics par le Department of Justice, ce même Siad apparaît : en 2014, un an avant la disparition, il aurait envoyé à Epstein des photos de la jeune Allemande, accompagnées de mots qui glacent le sang quand on connaît la suite. Selon les documents, il l’aurait présentée comme la fille que tu as manquée d’Allemagne, et aurait ajouté, tu vas l’adorer.
Maintenant, la rigueur, et elle est non négociable. Der Spiegel le précise noir sur blanc : il n’existe aucune preuve que Michele ait jamais rencontré Epstein. Deux anciens assistants du financier, interrogés par le magazine, affirment ne l’avoir jamais vue. Quant à Daniel Siad, il est aujourd’hui visé par une enquête en France pour son implication présumée dans un réseau de traite, et il nie l’intégralité des accusations. Je rapporte les messages parce qu’ils figurent dans des documents officiels. Je n’en tire aucune conclusion sur le sort de Michele, parce que personne, à ce jour, ne le connaît.
La force de ce que Der Spiegel a fait, c’est de n’avoir rien affirmé qu’il ne pouvait tenir, et d’avoir quand même tout dit. Une mère qui attend depuis onze ans. Un nom retrouvé dans les archives d’un prédateur mondial. Une enquête française en cours sur l’homme qui l’avait, dit on, photographiée. Ce sont des faits, posés les uns à côté des autres. Ils ne désignent pas un coupable. Ils désignent une question restée sans réponse, et c’est déjà beaucoup trop.
Quelque part, une femme de trente trois ans existe peut être encore. Ou bien elle a rejoint la liste, plus longue qu’on ne le croit, des disparues que personne n’a vraiment cherchées. Tant qu’on ne sait pas, le devoir est de continuer à écrire son prénom. Michele. C’est tout ce qui reste, et c’est le contraire de l’oubli.
+ lien vers l’article source Der Spiegel
HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER
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