Carnet du concierge · Le Crillon · le palace saoudien à face à l’Élysée · ce que cinq cents mètres séparent et ce qu’ils relient
Le Crillon, propriété du prince saoudien Mutaib bin Abdullah Al Saud depuis 2010, géré par Rosewood depuis 2017, fait face à l’Élysée. Cinq cents mètres séparent la résidence présidentielle française du palace saoudien.
Le CRILLON
Place de la Concorde · 8e
« Au XXIᵉ siècle, ceux qui contrôlent les données contrôlent l’histoire. »
Le Crillon est un palace propriété d’un prince saoudien, géré par une chaîne de luxe asiatique, situé à cinq cents mètres de l’Élysée. Tous les ans, plusieurs centaines de chefs d’État, ministres, diplomates, dirigeants de fonds souverains y séjournent ou y déjeunent. Ce que se disent les conversations entendues par le personnel ne sort jamais. Ou si peu. La rédaction documente le palace comme système de captation.
Le propriétaire · Mutaib bin Abdullah
En novembre 2010, Starwood Hotels & Resorts annonce la vente du Crillon à un membre de la famille royale saoudienne. L’acquéreur est Mutaib bin Abdullah bin Abdulaziz Al Saud, fils du roi Abdullah, ancien commandant de la garde nationale saoudienne. La transaction est documentée dans la presse économique anglo-saxonne en novembre 2010.
Mutaib bin Abdullah a été par la suite arrêté en novembre 2017 lors de la purge anti-corruption du Ritz-Carlton de Riyad ordonnée par le prince héritier Mohammed bin Salman. Plusieurs centaines de princes saoudiens y ont été détenus pendant plusieurs semaines. Mutaib a été relâché en novembre 2017 après accord financier rapporté à 1 milliard de dollars selon les sources Reuters de l’époque. Le Crillon est resté sa propriété.
La rénovation · quatre ans de fermeture
Le Crillon ferme en 2013 pour rénovation. Il rouvre le 5 juillet 2017. Quatre ans de chantier. Architectes Richard Martinet (extérieurs) et Tristan Auer, Aline Asmar d’Amman, Cyril Vergniol, Chahan Minassian (suites). La suite Karl Lagerfeld est dessinée par Lagerfeld lui-même, c’est sa dernière commande hôtelière avant sa mort en 2019.
Quatre ans de chantier dans un palace classé monument historique. Quatre ans pendant lesquels chaque mètre carré a été ouvert, traversé, modifié, refermé. Quatre ans pendant lesquels la quantité de personnes ayant eu accès aux murs, aux sols, aux plafonds, aux gaines techniques s’est multipliée. C’est un fait. La rédaction documente.
Les chambres qui parlent
Le Crillon compte 78 chambres et 36 suites. Parmi elles, la suite Bernstein, la suite Marie-Antoinette, la suite Léonard Bernstein, la suite Cardinal de Richelieu. Plusieurs ouvrent sur la place de la Concorde et la statue de Strasbourg. Vue directe sur l’ambassade des États-Unis et l’hôtel Marigny (annexe Élysée).
La rédaction documente sans affirmer : un palace dont plusieurs chambres ont vue directe sur l’ambassade des États-Unis et l’annexe présidentielle française est structurellement un poste d’observation. Que les fenêtres soient utilisées comme telles ou non est une autre question. Que la possibilité existe est un fait architectural.
« Au bar du Crillon, on entend tout. C’est la règle non dite. Quand un dirigeant de fonds souverain commande un cigare, on sait dans quels délais le suivant viendra. Quand un ministre français déjeune avec un Saoudien, on sait quel ministre. Personne ne parle. C’est le contrat. C’est aussi pourquoi le Crillon vit. »
Pourquoi cette série
Les palaces parisiens sont devenus, depuis le rachat massif des années 2008-2018 par les fonds souverains du Golfe, par les groupes israéliens, par les familles industrielles allemandes, des nœuds géopolitiques. Ce ne sont plus des hôtels. Ce sont des postes d’observation positionnés à proximité du pouvoir. Ce que les conversations entendues par le personnel ne sortent jamais est une fiction commerciale. Ce que captent les murs, les caméras de sécurité, les enregistrements de chambres connectées, les téléphones laissés sur les tables, est une autre histoire.
Alpha a passé deux soirs cette semaine au bar Les Ambassadeurs sous une couverture d’ancienne attachée de presse Vogue. Elle a noté trois conversations qui méritent suivi. La rédaction publié quand le calendrier juridique le permettra.
« Une sœur Alpha a passé la semaine au bar Les Ambassadeurs. Une autre prendra le relais la semaine prochaine, sous une autre couverture. Ce que les palaces tiennent pour confidentiel, la rédaction tient pour publiable. La rédaction documente. »
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Le n° 49 a reçu trois lignes ce matin.