Gironde : l’homme qui réclame 2 000 hectares de prévention reçoit deux inspecteurs généraux
Quarante deux mille hectares, le plus grand incendie français depuis 1949. Trois semaines après, le Premier ministre descend en Gironde avec six ministres et une mission d’experts. Sur place, les propriétaires forestiers avaient demandé qu’on ne leur envoie surtout pas d’inspecteurs généraux.
Gironde : l’homme qui réclame 2 000 hectares de prévention reçoit deux inspecteurs généraux
Quarante deux mille hectares. Le plus grand incendie français en superficie depuis 1949. Trois semaines après que le feu a été fixé, le Premier ministre descend à Mérignac avec six ministres et une mission d’experts. Sur place, le président des propriétaires forestiers avait précisément demandé qu’on ne lui envoie pas d’inspecteurs généraux.
Sébastien Lecornu est en Gironde ce lundi 17 août 2026 pour lancer la mission de reconstruction et d’adaptation des territoires sinistrés. Il est accompagné de six ministres, Serge Papin à l’Économie et au tourisme, Mathieu Lefèvre à l’Environnement et à la reforestation, Vincent Jeanbrun au Logement, Françoise Gatel aux Collectivités, Annie Genevard à l’Agriculture et à la forêt, Laurent Nuñez à l’Intérieur et à la sécurité civile, ainsi que des cinq membres de la mission pilotée par l’État (AFP via La Gazette France, 17 août 2026).
Les chiffres d’abord, parce qu’ils tiennent seuls. L’incendie parti de Saumos le 22 juillet et fixé le 1er août a parcouru 42 000 hectares. C’est le plus grand en superficie en France depuis 1949. Les flammes se sont approchées à 15 kilomètres de la métropole bordelaise et plus de 220 000 résidents et touristes ont été évacués. Au Porge, commune littorale de 3 500 habitants, 183 maisons ont été détruites selon l’entourage du Premier ministre. Et l’été n’est pas fini : près de 100 000 hectares de forêt ont déjà brûlé en France en 2026 selon le système européen Effis, un record en vingt ans de mesures satellitaires. Un autre feu a parcouru 1 700 hectares depuis jeudi, à une centaine de kilomètres de Bordeaux, dans un massif des Landes de Gascogne desséché (franceinfo).
La mission est dirigée par Anne Coret, préfète et inspectrice générale de l’Administration, et par Antoine Grézaud, inspecteur général à l’Environnement et au Développement Durable. Retenez ces deux fonctions. Elles sont la réponse de l’État à une phrase prononcée quelques jours plus tôt par Bruno Lafon, président de la DFCI Aquitaine, l’association des propriétaires forestiers, et maire de Biganos.
Il y a une deuxième phrase de Bruno Lafon, et c’est la plus lourde des deux parce qu’elle est arithmétique. « Il vaut mieux perdre 2 000 hectares en prévention, que 40 000 dans un incendie. Je le répète depuis 30 ans », dit celui qui avait déjà interpellé Emmanuel Macron sur ce point fin juillet à Bordeaux. Faites le calcul avec lui. Le rapport est de un à vingt. Trente ans de répétition d’un côté, 42 000 hectares de l’autre. La statistique ne dit pas qui a raison, elle dit seulement que l’une des deux quantités a été réalisée.
Ce que le décompte oublie systématiquement, c’est qui a construit quoi. Fin juillet, pendant le sinistre, la DFCI Aquitaine a érigé plus de 120 kilomètres de pare-feu en abattant en urgence des milliers de pins. Ce n’est pas une mission interministérielle qui a fait cela, c’est une association de propriétaires avec des tronçonneuses et une semaine devant elle. Ce que Bruno Lafon demande aujourd’hui n’est d’ailleurs pas de l’argent en premier lieu : il réclame « des facilitations de réglementation » et des « moyens » pour que les propriétaires acceptent de créer, bien en amont, des zones d’appui aux pompiers dans leurs parcelles.
Matignon promet que « la reconstruction sera accélérée, sans transiger sur la prévention et l’adaptation aux risques futurs », que la priorité sera « donnée aux sinistrés » suivis individuellement pour le relogement puis la reconstruction, et que la « reconstruction de la forêt s’inscrira dans le temps long ». Trois promesses, dont deux portent sur l’avenir et une seule sur maintenant. Au Porge, le maire Martial Zaninetti n’a pas employé le vocabulaire de l’adaptation.
Dans sa commune, les commerçants ont rédigé une lettre de doléances pour obtenir des exonérations de charges et des indemnisations de perte d’exploitation. Un décret instituant une aide temporaire et exceptionnelle aux entreprises de moins de 250 salariés touchées en Gironde, dans les Landes, où le feu de Biscarrosse a parcouru 3 700 hectares, et dans le Var, où celui du Gros Bessillon en a parcouru 6 300, est entré en vigueur samedi. Trois semaines après le pic du sinistre, deux jours avant la visite. La mairie de Saumos, elle, a exhorté le chef de l’État à « écouter » les locaux « avant de décider ».
Le calendrier de la journée dit le reste. Le Premier ministre est venu au Porge dès dimanche, « sans caméras », pour un premier tour avec le maire. Lundi, il rencontre un collectif d’habitants et des pompiers, dont les représentants syndicaux ont appelé à une mobilisation nationale fin septembre, puis participe trois heures à une table ronde à Mérignac. Emmanuel Macron reçoit le même jour à Brégançon des maires varois. Fin juillet à Bordeaux, il opposait aux critiques le fait d’avoir « quasiment doublé le budget de la sécurité civile » en dix ans.
C’est l’argument qui revient toujours après un incendie : le budget de ceux qui éteignent. Jamais celui de ceux qui empêchent. Bruno Lafon compte en hectares sacrifiés d’avance, l’État compte en euros de moyens d’extinction, et ces deux comptabilités ne se rencontrent pas. Le feu, lui, a tranché : 42 000 contre 2 000, avec vingt ans de mesures satellitaires pour arbitre.
NOTE DE TRANSPARENCE · le chiffre de 183 maisons détruites concerne la seule commune du Porge et provient de l’entourage du Premier ministre, rapporté par l’AFP ; le bilan consolidé des habitations détruites sur l’ensemble du sinistre n’a pas pu être vérifié à la source, les communiqués de la préfecture de la Gironde renvoyant une page vide à la consultation automatisée. Aucune déclaration de Bruno Lafon, de Martial Zaninetti ou de Matignon postérieure à la dépêche AFP du 17 août n’a été localisée, et aucun de ces propos n’a pu être rattaché à un enregistrement ou à un communiqué primaire : ils sont cités tels que rapportés par l’agence. Le bilan de la journée du 17 août, mission installée et annonces éventuelles, n’était pas connu au moment de la publication.
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