« On vit une accélération jamais connue » : à Marseille, le crack rejoue la scène que Paris n’a jamais réussi à refermer
A Marseille, la fermeture du Sleep In et l’explosion de la consommation de crack dans la rue rejouent, avec huit ans de retard, le scenario que Paris n’a jamais reussi a refermer : porte de la Chapelle, Stalingrad, jardins d’Eole, square Forceval. La Ville en appelle a l’Etat, l’Etat n’a jamais trai
« On vit une accélération jamais connue » : à Marseille, le crack rejoue la scène que Paris n’a jamais réussi à refermer
Porte de la Chapelle. Place Stalingrad. Jardins d’Éole. Rue Riquet. Square Forceval. Bercy Charenton. Quartier Rosa Parks. Gare Saint Charles. Rue Marcel Sembat. Centre ville de Marseille. Neuf noms de rues, deux villes, une scène qui se rejoue avec près de huit ans de retard.
Le titre est de la rédaction du Monde, publié le 5 août 2026 : « on vit une accélération jamais connue ». Ce que le titre ne dit pas, c’est que la phrase a déjà été prononcée ailleurs, dans une autre ville, il y a huit ans. Le diagnostic marseillais est confirmé par le dispositif Tempo de Médecins du Monde, qui associe des équipes de rue, des structures médico sociales et des associations de réduction des risques. « La consommation dans l’espace public connaît une accélération marquée sur les six derniers mois », écrit ce dispositif dans son diagnostic le plus récent, relayé par Maritima (dépêche AFP du 18 juillet 2026). Le rapport TREND de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, publié en juin 2026, documente officiellement cette hausse (Info.fr).
Le déclencheur immédiat porte un nom : le Sleep In. Ce centre d’accueil du quartier de la gare Saint Charles, géré par le Groupe SOS au 8 rue Marcel Sembat, offrait une quinzaine de places d’hébergement d’urgence et des consultations médicales (Maritima). Il a fermé fin mai 2026 pour insalubrité et ne rouvrira pas avant plusieurs mois. Plusieurs centaines de personnes, de plus en plus jeunes, de plus en plus souvent des femmes, se retrouvent sans point d’ancrage. « Il y a des personnes qui voudraient être mises à l’abri, être hébergées, mais aujourd’hui, on n’a rien à leur proposer », résume Marianne Poisson. Le maire de Marseille Benoît Payan dit partager ce constat et affirme avoir « récemment saisi le Premier ministre pour solliciter un engagement renforcé de l’État à travers la mise en place d’un plan interministériel dédié à la prise en charge des scènes de consommation et de la grande exclusion à Marseille » (Maritima). En avril, la ministre de la Santé Stéphanie Rist s’était dite favorable à une expérimentation locale, à condition que « tous les élus locaux soient d’accord sur un endroit », position que dit partager le préfet Jacques Witlowski, si elle fait consensus.
Ce chapitre là, Paris l’a déjà écrit. Dans les années 2000, la scène de crack s’installe sur un terre plein de l’échangeur de la porte de la Chapelle, vite surnommé « la colline du crack ». Elle est évacuée plus d’une quinzaine de fois, la dernière en 2019, sans qu’aucune de ces évacuations ne règle rien : les usagers migrent vers la station Rosa Parks, puis vers la place Stalingrad, puis vers les jardins d’Éole en mai 2021, puis rue Riquet quand les riverains des jardins obtiennent leur expulsion, puis vers le square Forceval le 24 septembre 2021 sur décision du ministre de l’Intérieur d’alors. L’État va jusqu’à murer un tunnel pour empêcher les usagers de rejoindre Pantin, un dispositif que la presse locale surnomme « le mur de la honte » (Wikipédia, Colline du crack, sourcé sur Le Monde et Le Parisien). En janvier 2022, nouveau transfert vers une friche du douzième arrondissement. Fin 2022, le constat tombe, glacial, dans un reportage de France 3 : « on est revenu au point de départ », les consommateurs de retour dans les rues du nord est parisien qu’ils avaient quittées quatre ans plus tôt (Wikipédia, Crise du crack à Paris).
PHOTO · la colline du crack, porte de la Chapelle, Paris, 26 novembre 2018, avant son expulsion et son reboisement · Cagibi54, Wikimedia Commons, licence CC0
Ce que huit ans de dossier parisien enseignent, ce n’est pas qu’il faut évacuer plus vite. C’est que déplacer une scène de consommation sans lui substituer un lieu de soin ne la fait pas disparaître, elle se redépose deux stations de métro plus loin, sur le dos d’un autre quartier, d’une autre école, d’un autre maire. Marseille n’a, à ce jour, jamais ouvert de Halte Soins Addictions, alors que Paris et Strasbourg en disposent depuis 2016. Un projet marseillais existait pour 2024 ; il a été abandonné face à l’opposition d’une partie des riverains, malgré des évaluations validant les bénéfices sanitaires de ce type de dispositif (Maritima). Ce que Marseille répète aujourd’hui, sans le vouloir, ce n’est pas seulement une crise sanitaire. C’est un scénario dont Paris a déjà tourné les treize saisons, changement de lieu à chaque nouvel épisode, sans qu’aucune ne se conclue.
NOTE DE TRANSPARENCE · aucun post X ou Telegram original et vérifiable de Benoît Payan, Stéphanie Rist ou Jacques Witlowski sur ce dossier précis n’a pu être localisé au moment de la rédaction. Les citations attribuées à ces trois personnes sont reprises et vérifiées via les dépêches et articles cités ci dessus, jamais embarquées en widget natif, pour ne jamais faire passer une citation de seconde main pour un lien direct. L’article du Monde du 5 août 2026 est cité pour son titre et son angle, la restriction d’accès n’ayant pas permis la lecture du corps du texte : les faits développés dans cet article s’appuient sur les sources ouvertes ci dessus, qui documentent la même situation.
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