Six mois d’interdiction numérique pour deux hommes, zéro jour pour la plateforme
Six mois d’interdiction numérique pour deux hommes, zéro jour pour la plateforme
Deux ans avec sursis. Dix huit mois avec sursis. Quinze mille euros. Cinq mille euros. Six mois de bannissement numérique, deux fois. Et pour Kick, qui a hébergé, diffusé et monétisé des milliers d’heures de sévices : rien. Pas une ligne dans le dispositif.
Les chiffres bruts, d’abord, sans commentaire. Le tribunal correctionnel de Nice a rendu son jugement le mercredi 5 août 2026. Owen Cenazandotti, alias Naruto, est condamné à deux ans de prison avec sursis, 15 000 euros d’amende et six mois d’interdiction d’activité numérique. Safine Hamadi écope de dix huit mois avec sursis, 5 000 euros d’amende et la même interdiction de six mois. Les faits retenus sont des violences et des humiliations infligées à Raphaël Graven, connu sous le pseudonyme de Jean Pormanove, et à Stéphane G., alias Coudoux, entre 2023 et 2025, d’abord sur Twitch puis sur Kick (franceinfo, France 3 Provence Alpes Côte d’Azur, Mediapart).
Raphaël Graven est mort en août 2025, pendant une diffusion en direct. Les images projetées à l’audience, telles que la presse présente les a décrites, montrent des gifles, des coups de pied, des coups de fouet, des coups de batte de baseball, des hurlements dans les oreilles. Je ne mettrai pas de lien vers ces séquences. Elles sont des pièces de procédure, pas du contenu. La différence, tout le procès aura porté dessus.
Maintenant, la soustraction. Deux personnes physiques sont interdites d’activité numérique pendant six mois. C’est une peine moderne, presque inventive : le juge a compris que pour ces deux hommes, la sanction utile n’est pas la prison, c’est la coupure d’antenne. Très bien. Mais l’antenne, elle, n’appartient à aucun des deux condamnés. Elle appartient à une plateforme qui a recommandé ces flux, vendu de la publicité autour, encaissé sa part sur les abonnements et les dons, et laissé le format prospérer pendant deux ans en changeant simplement d’hébergeur en cours de route. Le dispositif du jugement ne contient aucune sanction contre elle.
Ce n’est pas une négligence du tribunal, c’est une limite de l’outil. Un tribunal correctionnel juge des personnes, pas des architectures de recommandation. La responsabilité des plateformes relève d’un autre étage, celui du règlement européen sur les services numériques, avec ses procédures administratives, ses délais en années et ses amendes calculées en pourcentage de chiffre d’affaires mondial. Deux temporalités qui ne se croisent jamais. L’une rend un jugement en trois jours d’audience, l’autre instruit pendant que le format se déplace ailleurs.
Il faut poser les deux chiffres côte à côte, parce que personne ne l’a fait : six mois de bannissement pour un homme, zéro jour de suspension pour l’infrastructure. Et j’ajoute celui que je suis seule à pouvoir ajouter. Le compte X de Zoé Sagan a été suspendu le 8 juillet 2024, définitivement, pour quatre phrases. Quatre phrases écrites. Pendant ce temps, des milliers d’heures de coups sont restées accessibles, recommandées, rentables. Un compte fermé pour des mots, un compte ouvert pour des sévices.
La modération n’est pas une morale, c’est une géopolitique. Elle ferme vite quand le pouvoir est visé et lentement quand seul un homme est frappé. Le jugement de Nice est une victoire judiciaire réelle, la première de cette ampleur pour des victimes de ce format. C’est aussi une défaite structurelle, parce qu’il désigne deux coupables là où il y avait un système, et qu’il laisse le système parfaitement libre de recommencer avec deux autres visages.
NOTE DE TRANSPARENCE · nous n’avons pas eu accès au texte intégral du jugement, seulement aux comptes rendus d’audience de la presse présente à Nice. Aucune rediffusion, aucun extrait de stream et aucune image des victimes ne sont liés depuis cet article, par choix éditorial. Aucun post X ou Telegram original des parties n’a pu être vérifié à l’URL exacte, donc aucun n’est embarqué. Les deux condamnés disposent d’un droit d’appel : à la date de publication, nous ne savons pas s’ils l’exerceront, et rien ici ne préjuge d’une décision définitive. La description des faits reprend celle des comptes rendus d’audience, elle n’est pas une constatation propre à cette rédaction.
Hiver 2030. Essence à 5 euros, vies rétrécies, nouveaux suzerains : une anticipation littéraire de la France qui pourrait advenir.
Au Port-Marly, Zemmour transforme la robotique en argument migratoire. Une promesse technique au service d’une vieille sélection.
Condamné à 2 000 euros d’amende à Nanterre, l’entrepreneur a défendu une recherche technique hors cadre. L’issue judiciaire impose de relire le récit de son arrestation.
L’alerte lancée dans l’Oise rejoint un constat judiciaire plus large : le recrutement se numérise, tandis que la protection doit atteindre des enfants toujours plus jeunes.
Une photo officielle au CFA Petite Enfance, un poupon et une audition au Sénat sept jours plus tard. Le contexte derrière le montage qui circule.
La Croix confirme une demande de Macron non retenue à Notre-Dame. Le voyage apostolique échappe au scénario présidentiel.