Ce qui reste vert
Le 10 août 2026, l’agence de l’Union européenne pour le programme spatial publie trois images de la France prises par le même satellite à trois étés d’écart. 2024, 2025, 2026. Le pays brunit. Une phrase de la légende, que personne n’a reprise, dit où le vert a tenu · dans les forêts et les
Climat · Enquête
Ce qui reste vert
Le 10 août 2026, l’agence de l’Union européenne pour le programme spatial publie trois images de la France prises par le même satellite à trois étés d’écart. 2024, 2025, 2026. Le pays brunit. Une phrase de la légende, que personne n’a reprise, dit où le vert a tenu · dans les forêts et les reliefs. La France en a 32 % du territoire. Mal répartis. Et malades.
I · La pièceTrois images, un seul satellite, trois étés
La rubrique s’appelle Image of the day. Elle est tenue par l’Agence de l’Union européenne pour le programme spatial. Le 10 août 2026, elle met en ligne une composition intitulée Severe drought affects France. Trois vignettes côte à côte, acquises par le même instrument, Copernicus Sentinel 3, en lumière naturelle · 11 août 2024 à gauche, 12 août 2025 au centre, 8 août 2026 à droite.
Le dispositif est bête et redoutable. Même capteur, même saison, trois ans de suite. À gauche, la France est verte. Au centre, des plaques brunes s’installent sur l’Ouest et le Bassin parisien. À droite, le beige domine. Une image isolée se discute (heure de passage, nuages, colorimétrie), une série au même instrument à la même date se mesure.
Chiffres de l’Observatoire européen de la sécheresse (EDO), service du Copernicus Emergency Management Service, cités dans la légende du 10 août 2026. Moins de 2 % du territoire en 2024, un été sans sécheresse généralisée. En deux ans, la surface concernée a été multipliée par plus de quarante.
Et puis il y a la phrase. Elle est au milieu du paragraphe descriptif, sans emphase, dans l’anglais plat des agences.
In the image on the right, acquired on 8 August 2026, beige and ochre tones dominate the landscape from the Atlantic coast to the northern plains, with greener areas largely confined to forests and uplands.
Légende officielle · EUSPA · Copernicus Image of the Day · 10 août 2026
Traduction · les zones restées vertes sont pour l’essentiel les forêts et les reliefs. Ce n’est pas une image de la sécheresse, c’est une carte de ce qui tient. Les reprises françaises que nous avons pu lire (Le HuffPost le 11 août, ICI, la presse régionale) ont toutes retenu le même angle · la France jaunie vue de l’espace, le spectaculaire. Aucune n’a mis en avant la seconde moitié de la phrase. Traité comme une illustration météo, c’était une donnée d’aménagement du territoire.
II · Le terrainL’été qui a fabriqué cette image
La couleur d’une image satellite n’est pas une opinion, c’est un résultat. Météo-France, point du 18 août 2026 · juin 2026 est le mois de juin le plus chaud jamais enregistré, vague de chaleur de quatorze jours plus intense que celle d’août 2003. Juillet 2026 affiche 24,9 °C de moyenne, 3,8 °C au dessus de la normale · mois le plus chaud jamais mesuré en France depuis 1900, devant août 2003 et ses 24,8 °C. Côté pluie, juin a reçu la moitié de son dû (sixième juin le plus sec depuis 1959), juillet environ 70 % de moins que la normale.
La sécheresse des sols suit une courbe qui se lit sans commentaire · 4 % du territoire touché au 1er juin, 30 % au 1er juillet, 65 % au 1er août, 77 % à la mi août. À Dunkerque, 47 jours consécutifs sans pluie · le record précédent, 38 jours, datait de 1962.
Sous terre, même signal. Le bulletin du BRGM sur la situation au 15 août 2026 relève 92 % des niveaux de nappes en baisse et 64 % des points d’observation sous les normales mensuelles. Les nappes réactives passent de bas à très bas dans les calcaires du Jura, le socle limousin et la Côte des Bars.
Au robinet, un chiffre qu’on n’avait jamais vu à cette échelle. Au 20 août 2026, selon le relevé VigiEau repris par la presse agricole, 74 départements sont classés en crise, 16 en alerte renforcée, 7 en alerte, 3 en vigilance. La crise est le niveau maximal · elle interdit tous les prélèvements non prioritaires, irrigation comprise.
Voir sur YouTube · Commission européenne, comment fonctionne l’Observatoire européen de la sécheresse (EDO), la source des 85 %
III · Le coûtCe que la couleur beige a coûté au champ
Le brunissement n’est pas une nuance. C’est une récolte. Agreste, service statistique du ministère de l’Agriculture, publie le 7 août 2026 son estimation du maïs grain · 9,0 millions de tonnes, contre 13,7 en 2025, proche de la moyenne quinquennale. Recul de 35 % en un an, rendement moyen de 70,3 quintaux par hectare.
Le plus bas niveau depuis 1980. Les surfaces ont reculé de 20 %, à 1 281,2 milliers d’hectares · beaucoup de parcelles ont été retournées ou basculées en ensilage avant récolte. Source · Agreste, Infos rapides grandes cultures, 7 août 2026.
Le maïs fourrage, celui qui nourrit les troupeaux l’hiver, tombe à 9,8 tonnes de matière sèche par hectare, 24,2 % de moins qu’en 2025. La production totale, 11,3 millions de tonnes, chute de 30,3 % par rapport à la moyenne 2021 à 2025. Trois départements seulement dépasseraient 13 tonnes par hectare · la Manche, la Seine-Maritime et le Calvados. Agreste parle de « conditions de cultures particulièrement défavorables cette campagne, caractérisées par une sécheresse persistante et des épisodes de chaleurs intenses, notamment pendant la phase critique de floraison ».
Et l’herbe. Au 20 juillet 2026, la pousse cumulée des prairies permanentes représente 52 % de la production annuelle habituelle, contre 70 % dans la référence 1989 à 2018 et 58 % en 2025. Le déficit atteint 50 % dans l’ouest du Massif central. Traduction pour un éleveur · acheter du fourrage, l’année où tout le monde en achète.
Le Centre commun de recherche de la Commission européenne écrit le 12 août 2026 que 505 683 hectares avaient brûlé dans l’Union au 5 août, contre 379 392 à la même date en 2025. En France, Laurent Nuñez annonçait fin juillet 115 000 hectares parcourus par le feu depuis janvier, dont 42 000 en Gironde. Record depuis le début des mesures.
IV · Le mécanismePourquoi la forêt est restée verte, et ce que ça fabrique
Un arbre ne stocke pas l’eau. Il la fait circuler. C’est la distinction qui manque à peu près partout dans le débat public. Premier mécanisme · l’évapotranspiration. L’European Forest Institute chiffre la transpiration des forêts européennes à environ 400 millimètres par an, soit à peu près la moitié des précipitations du continent. Un grand chêne peut transpirer jusqu’à 1 600 litres par jour. Cette vapeur ne disparaît pas · elle repart, se déplace, retombe ailleurs.
Deuxième mécanisme · le recyclage continental. Ruud van der Ent et ses collègues à Delft, dans Water Resources Research en 2010 · 40 % des précipitations qui tombent sur les continents proviennent de l’évaporation continentale, et 57 % de l’évaporation continentale retombe en pluie sur les terres. Ellison, Sheil et vingt et un coauteurs reprennent la même valeur dans Trees, forests and water: Cool insights for a hot world (Global Environmental Change, vol. 43, 2017, p. 51 à 61). Autrement dit · deux pluies sur cinq, sur terre, ont déjà été de la sève. Détruire un couvert végétal, ce n’est pas supprimer de l’ombre, c’est couper une pompe qui alimente la pluie de quelqu’un d’autre, plus loin, sous le vent.
Une forêt ne consomme pas de l’eau · elle en fait tourner. Elle prend dans le sol, rend à l’air, et 57 % de ce qu’elle rend redescendra sur des terres. Le champ nu ne prend rien et ne rend rien · il laisse l’eau glisser, il chauffe, il renvoie de la chaleur sèche.
La question « faut il planter des arbres, ils boivent trop » est donc mal posée. La vraie question est · à quelle densité. Et la science a une réponse précise, qui n’est pas « le plus possible ».
Troisième mécanisme · l’infiltration. On lit souvent que l’eau s’infiltre « cinq fois plus vite » en forêt qu’en champ cultivé. Le chiffre circule sans référence. Ce qui est réellement documenté est plus intéressant.
Ulrik Ilstedt, Aida Bargués Tobella, Douglas Sheil et leurs coauteurs, dans Scientific Reports en 2016, mesurent sur un parc arboré cultivé du Burkina Faso une infiltrabilité médiane de 40 millimètres par heure sous couvert, contre moins de 10 en terrain ouvert. Facteur supérieur à quatre. Le drainage réel à 1,5 mètre de profondeur atteint 16 % des pluies annuelles près de la lisière du houppier, contre 1,3 % en zone ouverte éloignée. Facteur douze.
En climat tempéré, les ordres de grandeur montent. Le guide de preuves du gouvernement britannique sur la gestion naturelle des inondations cite Chandler et ses coauteurs (2018) en Écosse · conductivité hydraulique de 1 239 millimètres par heure sous pin sylvestre, 379 sous sycomore, 32 sous pâture. Et l’étude de Pontbren, au pays de Galles, où l’infiltration mesurée sous des boisements de moins de cinq ans plantés sur prairie améliorée est jusqu’à 67 fois supérieure à celle de la pâture voisine, avec un ruissellement réduit de 78 %. Monger et ses coauteurs (Hydrological Processes, 2022) trouvent une perméabilité de surface 11 à 20 fois plus élevée sous boisement feuillu que sous pâture.
Selon le sol, l’âge du peuplement et l’usage comparé. « Cinq fois » n’est pas faux · c’est le bas de la fourchette. En sol tempéré compacté par le piétinement ou les engins, l’écart est d’un ordre de grandeur, parfois deux. Sources · Ilstedt et al., Scientific Reports 6:21930, 2016 · Chandler et al. 2018 et Marshall et al. (Pontbren), cités par GOV.UK · Monger et al., Hydrological Processes, 2022.
Nuance essentielle, de la même équipe · Ilstedt démontre que la recharge des nappes est maximale à une densité intermédiaire d’arbres. En dessous de l’optimum, chaque arbre supplémentaire apporte plus d’infiltration qu’il ne consomme d’eau. Au dessus, l’inverse. Dans leur scénario, l’optimum se situe autour de dix arbres par hectare, environ 10 % de couvert, avec une recharge de 47 millimètres par an contre 9 sans arbre.
Ce n’est pas un détail. C’est la différence entre reboiser et planter n’importe quoi n’importe où. Haie, agroforesterie, bosquet, ripisylve font une partie du travail hydrologique que la futaie dense ne fait pas mieux.
V · La géographie32 %, oui, mais pas là où il faudrait
La forêt française se porte bien en surface, seule bonne nouvelle du dossier. IGN, Inventaire forestier national, résultats 2025 · 17,6 millions d’hectares en France hexagonale et en Corse, près d’un tiers du territoire. L’édition 2024, sur les moyennes 2019 à 2021, donnait 17,5 millions d’hectares, soit 32 % du territoire, plus 8 millions en Guyane, environ 26 millions au total avec l’outre mer. Quatrième forêt d’Europe. La surface s’étend de 90 000 hectares par an depuis quarante ans, contre 50 000 entre 1908 et 1985. Elle a doublé depuis 1900.
La propriété · 75 % privée, entre les mains d’environ 3,5 millions de propriétaires, 16 % aux collectivités, 9 % à l’État. Un pays où l’essentiel de l’infrastructure hydrologique appartient à trois millions et demi de particuliers ne pilote pas grand chose par décret.
La répartition est le vrai sujet. L’IGN la pose en une ligne · sept départements dépassent 60 % de boisement (Corse-du-Sud, Alpes-Maritimes, Var, Alpes-de-Haute-Provence, Haute-Corse, Ardèche, Landes) et quatre restent sous 10 % · la Manche, la Vendée, la Mayenne, les Deux-Sèvres.
Manche, Mayenne, Vendée, Deux-Sèvres. L’Ouest bocager, celui du maïs fourrage et de l’élevage laitier. Exactement la zone que la légende Copernicus décrit en beige, « de la côte atlantique aux plaines du nord ». La thèse qui circule avec cette image avance que l’ouest est peu boisé · la donnée IGN lui donne raison, et plus nettement que la formule ne le laissait croire. Ce n’est pas « peu boisé », c’est sous 10 %, dans quatre départements qui font une part majeure du lait et de la viande du pays.
Ironie totale · les trois seuls départements où le maïs fourrage tiendrait au dessus de 13 tonnes par hectare en 2026 sont la Manche, la Seine-Maritime et le Calvados. La Manche, sous 10 % de forêt, tient parce qu’il y pleut encore un peu. Pas parce qu’elle est armée.
In 2022, #drought has affected the whole of Europe. Observe how our continent has changed with this mosaic of images acquired by #Copernicus #Sentinel2 between 1 July and 31 August.
· Copernicus EU (@CopernicusEU), 5 septembre 2022
Voir le post sur X · Copernicus faisait déjà la même comparaison avant et après en 2022. L’image de 2026 n’est pas un événement, c’est une série.
VI · Le contre exempleUn million d’hectares de forêt qui ne protège pas de grand chose
Il y a un endroit où la France a fait exactement ce que la thèse recommande · elle a planté massivement. Le résultat mérite d’être lu avant de réclamer des hectares. Le massif des Landes de Gascogne, environ un million d’hectares, est né d’une loi de 1857 sous Napoléon III · fixer la dune, assainir, drainer. Le pin maritime y représente 80 à 90 % du couvert, jusqu’à 87 % dans le seul département des Landes. C’est une culture, pas un écosystème · des rangs, un âge, une essence, des fossés qui évacuent l’eau au lieu de la retenir.
En juillet 2022, 30 000 hectares brûlent en Gironde, à Landiras et à La Teste-de-Buch · cinquante mille personnes évacuées, une trentaine de bâtiments détruits, cinq campings, la moitié des surfaces brûlées en France cette année là. En 2026, pire · 42 000 hectares en Gironde, 3 600 à Biscarrosse au 27 juillet.
Les travaux cités sur ce point (Jactel sur l’homogénéité forestière, Bousfield et ses coauteurs dans Nature Communications en 2025 sur le risque de feu en plantation, Revertegat en 2025 sur la combustibilité du pin maritime) pointent tous la même variable · l’homogénéité. Un massif d’une seule essence, d’un seul âge, drainé, sous étage sec, ne freine ni le feu ni la sécheresse. Il les transporte.
Donc non, « planter des arbres » n’est pas une réponse. « Planter du pin maritime en rangs sur sol drainé » est une réponse industrielle à une question industrielle, et son coût est apparu deux fois en quatre ans.
VII · Le retournementLa solution est malade
Voici la partie que la thèse populaire n’intègre pas, et qui devrait la réécrire entièrement. IGN, résultats 2025 · la mortalité des arbres est passée de 7,4 millions de mètres cubes par an sur 2005 à 2013 à 16,7 millions sur 2015 à 2023. Hausse de 125 % en dix ans. Le bois mort sur pied représente désormais 5 % du volume total, 159 millions de mètres cubes.
Huit pour cent des arbres, environ 193 millions d’individus sur 2,3 milliards évalués, présentent des signes d’altération. Frêne, 26 %. Châtaignier, 21 %. Chêne pédonculé et épicéa commun, 10 %. L’épicéa, mangé par les scolytes, meurt à 2,4 millions de mètres cubes par an à lui seul. Et la croissance ralentit · 87,8 millions de mètres cubes par an sur 2015 à 2023 contre 91,5 sur 2005 à 2013, soit 5,3 mètres cubes par hectare et par an au lieu de 5,8.
Millions de tonnes de CO₂ absorbées par an · 63 sur 2005 à 2013, 39 sur 2015 à 2023. La forêt française a perdu 38 % de sa capacité d’absorption en une décennie, pendant qu’elle gagnait 90 000 hectares par an. Elle grandit et elle absorbe moins. Source · IGN, résultats 2025.
Mettez ce chiffre en face de l’économie générale. Le Citepa, rapport Secten 2026, chiffre les émissions françaises à 367 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2024 et 359 en 2025. Le puits du secteur des terres et forêts est estimé à moins 52 millions de tonnes, environ 14 % des émissions compensées. L’IGN, sur le périmètre plus étroit des forêts et sols forestiers, retenait 9 % dans son mémento 2024. Le Citepa attribue l’affaiblissement du puits aux « sécheresses répétées », aux maladies forestières, au ralentissement de la croissance et à l’augmentation des prélèvements.
Ce qui reste vert sur l’image du 8 août meurt plus vite qu’avant. Le refuge est lui même en soins intensifs.
Voir sur YouTube · IGN, comment l’Inventaire forestier national mesure la santé des arbres, plot par plot
VIII · L’additionVingt à trente pour cent de plus · combien, et en combien de temps
La thèse qui circule réclame 20 à 30 % de surfaces boisées supplémentaires. Faisons le calcul, puisque personne ne le fait. Vingt à trente pour cent de 17,6 millions d’hectares, cela fait 3,5 à 5,3 millions d’hectares à planter · le taux de boisement passerait de 32 % à une fourchette de 38 à 42 %.
Où. La surface agricole utilisée est de 26,9 millions d’hectares, 49 % du territoire métropolitain. Les 3,5 à 5,3 millions demandés représentent donc 13 à 20 % de la surface agricole du pays. Ce n’est pas un programme forestier, c’est une réforme agraire.
Combien de temps. Au rythme d’extension actuel, 90 000 hectares par an, il faudrait 39 à 59 ans. Et cette extension se fait surtout par déprise, en montagne et sur terres pauvres · pas dans la Manche ni dans les Deux-Sèvres, où le foncier est occupé et cher.
Combien d’argent. Le renouvellement forestier durable est chiffré par l’association Canopée, dont le directeur Sylvain Angerand donne l’ordre de grandeur, à 8 000 à 10 000 euros par hectare. Appliqué à 3,5 à 5,3 millions d’hectares · 28 à 53 milliards d’euros. Le volet « renouvellement forestier » de France 2030 ouvert en juillet 2023 mobilisait 150 millions d’euros pour environ 30 000 hectares.
Coût de renouvellement durable de 8 000 à 10 000 euros par hectare (estimation Canopée) appliqué aux 3,5 à 5,3 millions d’hectares que représentent 20 à 30 % de forêt en plus. Soit 187 à 353 fois l’enveloppe du guichet « renouvellement forestier » de France 2030 en 2023.
Où en est l’État. Le plan France Relance, volet forestier, a dépassé sa cible · 46 628 hectares renouvelés et 58 millions d’arbres pour 203,7 millions d’euros, contre 45 000 hectares et 150 millions prévus. Réponse du ministère de l’Agriculture à une question écrite, avec la précision qui compte · plus de 60 % des demandes aidées portaient sur des peuplements sinistrés, surtout par les scolytes, et 89 % consistaient en une replantation complète après coupe sanitaire. On n’a pas ajouté de la forêt. On a remplacé de la forêt morte.
Et sur l’objectif du milliard d’arbres d’ici 2032, Reporterre met côte à côte, le 28 juillet 2026, la communication gouvernementale (« près de 300 millions d’arbres plantés depuis 2021 ») et le tableau de suivi du Secrétariat général à la planification écologique (90,3 millions). Côté surfaces, 75 000 hectares aidés depuis 2021 pour un objectif de 300 000 en 2030 · les incendies de 2026 en ont détruit 115 000.
La France plante environ 90,3 millions d’arbres en cinq ans et en perd 16,7 millions de mètres cubes par an par mortalité. Elle a aidé 75 000 hectares de renouvellement depuis 2021 et vu brûler 115 000 hectares dans le seul été 2026.
Un chêne planté en 2026 rendra son service hydrologique complet vers 2056. La décision d’acheter le foncier, elle, se prend cette année. C’est le seul vrai problème du dossier · le temps de l’arbre n’est pas le temps du mandat, et personne n’a encore inventé l’institution qui tienne les deux.
Le rapport « cinq fois » entre l’infiltration en forêt et en champ cultivé, qui circule avec cette image, n’a pas de source identifiable. Nous l’avons remplacé par les rapports publiés · Ilstedt et al., Scientific Reports, 2016 (facteur supérieur à quatre), Chandler et al. 2018 et Marshall et al. (Pontbren), cités par GOV.UK (facteur 12 à 67 selon les cas), Monger et al., Hydrological Processes, 2022 (facteur 11 à 20). Ces mesures portent sur des pâtures ou des sols tropicaux cultivés · elles ne sont pas transposables telles quelles à une parcelle de blé beauceronne.
La thèse d’origine circulait via un post Facebook · nous ne l’avons pas utilisée comme source. Toutes les données viennent de l’EUSPA, du Centre commun de recherche de la Commission européenne, de Météo-France, du BRGM, d’Agreste, de l’IGN, du Citepa et de la littérature référencée ci dessous.
IX · La sortieUne carte, pas une alerte
L’image du 8 août ne dit pas que la France meurt. Elle dit où l’eau reste dans le paysage à la fin d’un été à 24,9 °C de moyenne en juillet. Elle dit que ce qui tient, ce sont les forêts et les reliefs. Elle dit, par soustraction, que la Manche, la Mayenne, la Vendée et les Deux-Sèvres n’ont presque rien pour tenir. Et elle dit une dernière chose · ce qui tient tient de moins en moins bien. Mortalité en hausse de 125 % en dix ans, puits de carbone passé de 63 à 39 millions de tonnes, 8 % des arbres altérés. La couleur verte n’est pas une garantie, c’est un sursis mesuré.
Trois leviers, qui ne coûtent pas la même chose. Étendre (3,5 à 5,3 millions d’hectares, quarante à soixante ans, des dizaines de milliards, un conflit d’usage frontal avec l’agriculture). Diversifier (rompre les monocultures d’un âge et d’une essence · presque rien à l’hectare, et ça change le comportement au feu). Densifier là où c’est vide (haies, agroforesterie, ripisylves, à des densités proches de l’optimum d’Ilstedt, dans les quatre départements sous 10 %). Les deux derniers tiennent dans un mandat. Le premier non, et le réclamer sans le chiffrer, c’est le meilleur moyen de ne rien faire.
L’image est parfaitement calme. Prise par un instrument qui n’a pas d’avis. C’est pour ça qu’elle est opposable.
La France est beige. Ce qui reste vert dessus, c’est ce qu’elle a mis trente ans à faire pousser, et douze à commencer à perdre.
Appareil de preuvesLes pièces, une par une
- « Severe drought affects France », Image of the Day, Agence de l’Union européenne pour le programme spatial (EUSPA), 10 août 2026 · images Copernicus Sentinel 3 du 11 août 2024, 12 août 2025 et 8 août 2026 · eu-space.europa.eu
- « Low water level across Europe’s major rivers », Image of the Day, EUSPA, 5 août 2026 · Loire, Pô, Rhin, Danube, Sentinel 2, images du 1er au 3 août 2026 · eu-space.europa.eu
- « Worsening drought and record heat grip Europe, fuelling extraordinary wildfires and extremely low river flows », Centre commun de recherche de la Commission européenne (JRC), 12 août 2026 · joint-research-centre.ec.europa.eu
- « Sécheresse en France : les sols n’ont jamais été aussi secs depuis le début des mesures », Météo-France, 18 août 2026 · meteofrance.com
- « 2026 : les bilans climatiques », Météo-France, mis à jour le 13 août 2026 · juillet 2026 à 24,9 °C, mois le plus chaud depuis 1900 · meteofrance.fr
- « La ville de Dunkerque a enregistré 47 jours sans pluie », franceinfo, août 2026 · franceinfo.fr
- « Nappes d’eau souterraine au 15 août 2026 », BRGM, publié le 20 août 2026 · brgm.fr
- « Sécheresse 2026 : 74 départements en situation de crise », Réussir, relevé VigiEau au 20 août 2026 · reussir.fr
- Agreste, « Forte chute de la production de maïs attendue en 2026 », Infos rapides grandes cultures n° 98, 7 août 2026 · agreste.agriculture.gouv.fr
- Agreste, estimations de rendement en maïs fourrage 2026, reprises par Agri Mutuel, 11 août 2026 · agri-mutuel.com
- Agreste, « Prairies. Au 20 juillet 2026, la pousse de l’herbe devient fortement déficitaire », bulletin du 28 juillet 2026 · agreste.agriculture.gouv.fr
- IGN, « Découvrez les résultats 2025 de l’Inventaire forestier national » · mortalité, santé des arbres, puits de carbone, forêts plantées · ign.fr
- IGN, « Résultats 2024 de l’Inventaire forestier national », mémento 2024 · 17,5 millions d’hectares, 32 % du territoire · ign.fr
- IGN, « La forêt française continue à gagner du terrain mais subit lourdement les effets du changement climatique » · taux de boisement par département · ign.fr
- Citepa, rapport Secten édition 2026, synthèse et messages clés, juin 2026 · émissions 2024 et 2025, puits UTCATF · citepa.org
- R. J. van der Ent, H. H. G. Savenije, B. Schaefli, S. C. Steele-Dunne, « Origin and fate of atmospheric moisture over continents », Water Resources Research, 2010 · agupubs.onlinelibrary.wiley.com
- D. Ellison, C. E. Morris, B. Locatelli, D. Sheil et al., « Trees, forests and water: Cool insights for a hot world », Global Environmental Change, vol. 43, 2017, p. 51 à 61 · hal.science · synthèse FAO · fao.org
- U. Ilstedt, A. Bargués Tobella, D. Sheil et al., « Intermediate tree cover can maximize groundwater recharge in the seasonally dry tropics », Scientific Reports 6:21930, 2016 · nature.com
- GOV.UK, « Natural flood management evidence : woodland management » · Chandler et al. 2018, Marshall et al. (Pontbren) · gov.uk
- H. Monger et al., « The impact of semi-natural broadleaf woodland and pasture on soil properties and flood discharge », Hydrological Processes, 2022 · eprints.whiterose.ac.uk
- European Forest Institute, « Quel est le rôle joué par les forêts dans le cycle de l’eau ? » · 400 mm de transpiration annuelle des forêts européennes · efi.int
- Géoconfluences (ENS de Lyon), « Un an après, retour sur les incendies forestiers en Gironde de 2022 » · geoconfluences.ens-lyon.fr
- Sophie Kloetzli, « Forêt des Landes : pourquoi ça flambe aussi fort ? », Bon Pote, 29 juillet 2026 · surfaces 2026, part du pin maritime, références Jactel, Bousfield, Revertegat · bonpote.com
- Ministère de l’Agriculture, « France 2030 : ouverture du guichet et résultats de l’AMI renouvellement forestier », 6 juillet 2023 · agriculture.gouv.fr
- Assemblée nationale, question écrite n° 16661, « Bilan du volet renouvellement forestier du plan France Relance », réponse du ministère de l’Agriculture · questions.assemblee-nationale.fr
- « Arbres replantés : on est très loin du milliard promis par Emmanuel Macron », Reporterre, 28 juillet 2026 · écart entre communication gouvernementale et tableau de suivi du SGPE · reporterre.net
- Agreste, recensement agricole 2020, superficie agricole utilisée · vizagreste.agriculture.gouv.fr
- « Incendies : 115 000 hectares parcourus depuis le début de l’année », déclaration de Laurent Nuñez, franceinfo, 25 juillet 2026 · franceinfo.fr
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